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Un burger et une coupe de cheveux : reprise de l’économie sudburoise

Temps de lecture : 4 minutes

SUDBURY – Dans le Nord de l’Ontario relativement épargné par l’épidémie, les restaurants, les salons de coiffure et les centres commerciaux se préparent à rouvrir leurs portes. C’est la deuxième étape du plan de déconfinement de la province, annoncée par Doug Ford lors de sa conférence de presse de lundi. Alors que les entrepreneurs se réjouissent de cette nouvelle étape, certaines inquiétudes persistent.

À Sudbury, le Laughing Buddha et la Townehouse Tavern accueillent la nouvelle avec enthousiasme.

« Nous sommes super excités », affirme la gérante de l’entreprise familiale, Véronica Desjardins. « Nous attendions cette annonce depuis des semaines. »

Ces établissements seront parmi les premiers à rouvrir dès ce vendredi, assure-t-elle. Toutefois, ils devront d’abord engager plus de personnel.

« Nous avons quelques employés qui travaillent avec nous en ce moment, pour la livraison à domicile et les plats à emporter, mais ce ne sera pas suffisant pour la réouverture de la terrasse », souligne la gérante.

La terrasse de la taverne Townehouse retrouvera vie, ce vendredi. Gracieuseté : Townehouse Tavern

« Nous allons donc réembaucher certaines personnes que nous avions dû licencier à cause des mesures d’urgence, mais nous allons aussi chercher de nouveaux employés. »

Mme Desjardins n’est pas inquiète quant à la santé et la sécurité de ses employés et de sa clientèle.

« Nous allons prendre toutes les précautions nécessaires », note-t-elle. « J’ai beaucoup lu au sujet des meilleures pratiques mises de l’avant là où les restaurants ont déjà rouvert, comme en Colombie-Britannique et aux États-Unis. Nous allons mettre en place un bon protocole. »

Toutefois, certains restaurants ne s’égayent pas autant de l’annonce de lundi, car seule la réouverture des terrasses est d’actualité. Les restaurants devront attendre la troisième étape afin de pouvoir rouvrir leur salle à manger intérieure.

Prudence justifiée pour le bureau de santé publique

La Dre Penny Sutcliffe, médecin hygiéniste de Santé publique Sudbury et district, estime que cette prudence est justifiée.

« Même s’il n’y a plus de cas confirmés dans la région, il serait hâtif de rouvrir les salles à manger », explique-t-elle. « Il faut aller tranquillement pour déterminer si on est sur la bonne piste et si les gens suivent les lignes directrices. »

Soixante-quatre résidents ont contracté la COVID-19 sur le territoire du Grand Sudbury, deux en sont morts. Des chiffres bien en dessous de la moyenne provinciale.

La brasserie Spacecraft, située sur la rue Notre Dame à Sudbury, n’a pas de terrasse. Elle ne pourra donc pas rouvrir.

La brasserie sudburoise Spacecraft ne pourra pas rouvrir ce vendredi. Gracieuseté : Spacecraft Brewery

Bien que le propriétaire veuille tirer avantage de cette réouverture régionale, il ne croit pas avoir les ressources pour aménager une terrasse.

« C’est un investissement qui nécessite beaucoup de liquidités », explique Daniel Carnovale. « Il y a quelques mois, nous étions en mesure d’investir, mais après tout ce qui s’est passé, nous n’avons plus les mêmes possibilités. »

Même si les nouvelles lignes directrices permettent d’économiser un peu d’argent, le risque financier est trop important, dit-il.

« Si nous avions la pleine coopération du propriétaire de l’immeuble, ce serait peut-être une autre histoire. Mais là où nous en sommes en ce moment, je ne vois pas comment ce serait possible. »

Les salons de coiffure en situation précaire

Le salon de coiffure Hair Central, au centre-ville sudburois, se prépare à ouvrir en toute hâte.

« Nous avons entendu la nouvelle en même temps que tout le monde », explique la coiffeuse Danielle Côté. « Personne ne nous a donné de préavis ou de directives. Nous ne savons donc pas trop comment procéder à ce stade. »

Cependant, Mme Côté ne s’inquiète pas particulièrement des risques pour sa santé.

« Nous sommes déjà formés pour le contrôle des infections », indique-t-elle. « C’est quelque chose que nous apprenons lorsque nous suivons notre cours pour devenir coiffeurs. Nous allons prendre les mesures nécessaires. »

« De toute façon, il n’y a pas de cas à Sudbury depuis plusieurs semaines », lance-t-elle.

En dépit de l’affiche, Hair Central n’acceptera plus de clients sans rendez-vous. Gracieuseté : Hair Central Sudbury

Toutefois, c’est la situation économique qui retient plus son attention.

« Avec les nouvelles contraintes, je travaillerai autant d’heures, mais je ne pourrai pas prendre autant de clients », explique-t-elle.

« En coiffure, le temps, c’est de l’argent. Normalement, je peux travailler avec plusieurs clients en même temps. Je commence à teindre les cheveux de quelqu’un, par exemple, puis je fais une coupe de cheveux rapide pendant que la couleur s’installe. Mais maintenant, on ne pourra plus passer d’un client à l’autre comme ça. »

Le salon ne pourra plus prendre de client sans rendez-vous non plus. Afin de respecter la distanciation physique, ils devront contrôler attentivement le nombre de clients dans la salle d’attente.

Du côté du salon Alchemy on Lorne, la propriétaire Sabrina Byrnes se réjouit de l’annonce. Elle aurait toutefois aimé que la province adopte une approche régionale plus rapidement.

« Nous travaillons dans une industrie où la marge de profit est très petite », explique-t-elle. « Ça me fait de la peine de voir qu’il y a des gens qui ont dû fermer leur entreprise pour de bon au cours des trois dernières semaines, alors que nous n’avions plus de cas dans la région. »

Elle s’inquiète toutefois que peu de mesures soient prises pour restreindre le mouvement d’une région à l’autre de la province.

« J’espère vraiment que le gouvernement fera en sorte que les gens de Toronto ne puissent pas venir à Sudbury pour se faire couper les cheveux », partage-t-elle.

C’est une préoccupation que partage aussi la médecin hygiéniste de Santé publique Sudbury et district.

« Selon la conférence de presse de M. Ford, j’ai cru comprendre qu’il n’y a pas de limite. Les gens peuvent voyager partout en Ontario », note la Dre Penny Sutcliffe. « De notre part, nous recommandons fortement de limiter les déplacements. »

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