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Un moment charnière pour les libéraux ontariens

Temps de lecture : 2 minutes

[ANALYSE]

TORONTO – Quatre années de purgatoire, c’est ce qu’avaient récolté les libéraux ontariens après l’échec aux élections de juin 2018. Avec sept députés, la formation en lambeaux perdait son statut de parti officiel à Queen’s Park. Mais les trois premiers mois de l’année 2020 offrent au Parti libéral de l’Ontario la possibilité d’une relance.

Les possibles arrivées de nouveaux députés vont apporter un peu d’oxygène. La semaine dernière, le ralliement pour les libéraux de l’élue indépendante de Glengarry-Prescott-Russell, Amanda Simard, est allée dans ce sens. Nimbée d’un statut d’icône francophone depuis la crise linguistique de l’automne 2018, l’ancienne progressiste-conservatrice est une pioche intéressante.

Dans les prochaines semaines, les regards seront tournés vers les élections partielles dans Ottawa-Vanier et Ottawa-Orléans. Deux scrutins pour remplacer respectivement Nathalie Des Rosiers et Marie-France Lalonde, parties vers de nouveaux défis, au courant de l’été.

Dans Ottawa-Vanier, on voit mal comment la candidate libérale Lucille Collard échappe à la tradition historique voulant, depuis 1971, que les libéraux provinciaux l’emportent. Du côté d’Orléans, Stephen Blais, investi par la formation, partira avec une petite longueur d’avance sur la conservatrice Natalie Dimitra Montgomery.

Course à la chefferie

Mais plus que le nombre d’élus, c’est surtout le chef choisi le 7 mars prochain qui déterminera l’avenir du parti. Ils sont six à vouloir succéder à Kathleen Wynne : un ancien ministre, Steven Del Duca, deux actuels députés et anciens ministres, Mitzie Hunter et Michael Coteau, et trois « nouveaux », Alvin Tedjo, Brenda Hollingsworth et Kate Graham.

Et ces aspirants entrent dans le vif du sujet dès ce lundi, avec un premier débat tenu à Ottawa.

L’absence d’un meneur se fait sentir pour les libéraux. Loyal mais très discret, le chef intérimaire John Fraser a eu au moins le mérite de commencer à rebâtir avec les miettes de la déconfiture de juin 2018.

Les libéraux pourront-ils dès lors remonter la pente ? Un sondage de la firme Pollara, paru récemment, plaçait le parti en tête avec 33 % des intentions de vote, contre 29 % pour les progressistes-conservateurs au pouvoir, et 27 % à l’opposition officielle néo-démocrate.

Ces données flatteuses ne doivent pas faire oublier l’essentiel. D’une, les sondages ne sont pas une science exacte. En dépit d’une forte contestation contre le gouvernement Ford, les libéraux devront aussi s’employer à gommer leur réputation de dépensiers et gaspilleurs d’argent.

Pour beaucoup d’observateurs, les parfums de scandales qui ont émaillé la fin des mandats de Dalton McGuinty et de sa successeure Kathleen Wynne pourraient pénaliser les libéraux lors des prochaines élections au printemps 2022.

Il faudra enfin trouver des candidats avec un profil intéressant et un minimum d’expérience dans une centaine de circonscriptions. Ce ne sera pas une mince affaire.

Équilibre des forces pour les dossiers francophones

Une chose certaine : la venue d’Amanda Simard, celle probable de Lucille Collard, et la possible arrivée du francophile Stephen Blais, équilibreraient les rapports de force entre les partis sur les enjeux francophones. Depuis les départs de Mmes Lalonde et Des Rosiers, les libéraux ont mis le drapeau franco-ontarien de côté, laissant le champ libre au Nouveau Parti démocratique (NPD) pour s’opposer à la ministre des Affaires francophones, Caroline Mulroney.

À défaut de devenir la seconde opposition officielle – il faudrait, selon les critères, 12 députés – le Parti libéral a aujourd’hui la possibilité de s’armer un peu mieux. Et à défaut d’être audible, de redevenir pleinement crédible pour certains électeurs.

Cette analyse est aussi publiée dans le quotidien Le Droit du 20 janvier. 

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