Actualité

Un projet de librairie francophone prend forme à Hearst

HEARST – Un peu plus d’un an après la fermeture de la Librairie Le Nord, les Médias de l’Épinette noire s’engagent à revitaliser l’offre littéraire en français à Hearst en ouvrant une nouvelle librairie communautaire. Le projet vise à répondre à une demande persistante dans la communauté tout en soutenant les revenus du journal et de la radio locaux, affectés par la baisse des publicités et la récente guerre des tarifs avec les États-Unis.

La fermeture de la Librairie Le Nord, survenue en mai 2024 suite au décès de son fondateur Omer Cantin, a laissé un vide culturel à Hearst. En réponse, les Médias de l’Épinette noire ont décidé de relancer une librairie francophone dans la ville.

« Depuis qu’on a annoncé le projet, les commentaires affluent. Les gens ont tellement hâte que ça ouvre », confie Steve McInnis, directeur des Médias de l’Épinette noire.

Pour les Médias de l’Épinette noire, la librairie n’est pas seulement un lieu culturel : c’est aussi un moyen de renforcer la stabilité financière des médias locaux. Le Franco-Ontarien estime que la guerre des tarifs a fait craindre à plusieurs commerçants une hausse des coûts et a entraîné une diminution de leurs investissements publicitaires.

« Ça fait peur à beaucoup de commerçants. Ils prennent moins de publicité, et le gouvernement n’en achète pratiquement plus dans nos journaux ou à la radio », explique-t-il. « On ne pouvait plus compter uniquement là-dessus. Il fallait trouver une autre source de financement. »

Plutôt que de recourir à de nouvelles campagnes de financement, souvent jugées répétitives par la population, l’équipe a opté pour une solution où le public peut obtenir un service concret : acheter ou emprunter des livres en français.

Des locaux réaménagés

La librairie prendra place à l’avant des locaux des Médias de l’Épinette noire. Un bureau sera retiré et deux murs supprimés afin de créer un espace accueillant pour les lecteurs. Les services du journal et de la radio resteront à l’arrière.

« Les gens vont entrer directement dans une librairie. Ça va être un autre monde », se réjouit M. McInnis. Le choix de rester sur place permet aussi de limiter les coûts, tout en bénéficiant de la visibilité offerte par les médias déjà en place. 

La librairie prendra place à l’avant des locaux des Médias de l’Épinette noire. Photo : Gracieuseté des Médias de l’Épinette noire

La Caisse Alliance appuie le projet et contribuera au financement nécessaire pour aménager l’espace. M. McInnis espère une ouverture officielle en octobre, afin que la librairie puisse profiter de la période des Fêtes.

Une synergie avec le journal et la radio

Pour garantir un large choix de livres, l’équipe s’appuie sur l’expertise d’une ancienne employée de la défunte Librairie du Nord, qui a transmis ses contacts auprès des distributeurs.

« Quand je les appelle, ils sont prêts à nous aider solide. Il y a encore beaucoup de monde qui veut lire un livre papier », assure Steve McInnis. Malgré une baisse générale des ventes de livres papier, le promoteur reste convaincu que la demande locale est suffisante pour assurer la viabilité de la librairie.

La proximité avec les médias locaux constitue un avantage stratégique. « On va inviter des auteurs, en parler à la radio, écrire des articles dans le journal. Tout ça, on peut le faire sans frais publicitaires supplémentaires. Si je me plante avec tout ça, c’est que je n’ai vraiment pas fait mon travail », affirme le patron de presse.

Pour lui, l’un des grands atouts du projet est sa simplicité financière. « C’est ça qui fait que c’est gagnant pour moi parce que j’ai pas d’autres locaux à louer et j’ai pas d’autres d’employés à payer », explique-t-il.

Cette visibilité quotidienne permettra, selon lui, de créer un engouement autour des auteurs et des titres disponibles, et de fidéliser la clientèle dès le lancement.

Peu d’inquiétudes

Conscient des difficultés rencontrées par d’autres librairies francophones dans le Nord, M. McInnis insiste sur l’importance de commencer localement et d’étendre la portée progressivement.

« On commence à Hearst, puis on verra plus loin après. Mais on va mettre beaucoup d’énergie dans les trois premières années », dit-il.

Le projet prévoit également la création d’un site internet pour permettre la vente de livres à distance, ce qui pourrait étendre l’accès à d’autres communautés francophones du Nord ontarien.

Rappelons que la pandémie de COVID-19 a entraîné la disparition du Salon du livre de Hearst en 2023, mettant fin à cet événement bisannuel, et que pour combler ce vide, le Salon du livre de Sudbury se tient désormais chaque année.

Ailleurs, la Librairie Panache de Sudbury, ouverte en janvier 2024, avait annoncé devoir suspendre ses activités en juillet dernier afin de repenser son modèle économique et assurer sa viabilité à long terme.

Toutefois, du côté de Hearst, il n’y a pas vraiment d’inquiétudes. « C’est un projet qui ne peut qu’être gagnant », conclut Steve McInnis.