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Une année électorale pour plusieurs communautés francophones

Crédit image: Élections Canada

Il n’y a pas seulement qu’au niveau fédéral que l’année 2019 sera marquée par des élections. En Alberta, à l’Île-du-Prince-Édouard, à Terre-Neuve-et-Labrador ainsi que dans les Territoires du Nord-Ouest, les électeurs seront appelés aux urnes. Pour les communautés francophones, les récents changements de gouvernement observés en Ontario et au Nouveau-Brunswick n’incitent pas nécessairement à l’optimisme.

BENJAMIN VACHET
bvachet@tfo.org | @BVachet

ALBERTA

En 2015, le Nouveau Parti démocratique (NPD) de Rachel Notley avait créé la surprise en mettant fin à 44 ans de règne progressiste-conservateur. Quatre ans plus tard, les électeurs, qui se rendront aux urnes d’ici au 31 mai au plus tard, lui renouvelleront-ils leur confiance? Rien n’est moins sûr, car désormais, les conservateurs sont regroupés au sein du Parti conservateur uni (PCU), avec à sa tête l’ancien ministre conservateur fédéral, Jason Kenney.

Pour la communauté franco-albertaine, l’arrivée au pouvoir des néo-démocrates a notamment permis l’adoption d’une Politique sur les services en français, en 2017, et le dévoilement, récemment, du Plan d’action 2018-2021 qui vise entre autres à améliorer les services et les mesures de soutien en français.

«Nous avons une relation bien établie avec le gouvernement néo-démocrate. Ils ont posé plusieurs gestes ces deux dernières années, comme la reconnaissance officielle du drapeau franco-albertain et la mise sur pied d’un conseil consultatif en matière de francophonie», explique le président de l’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA), Marc Arnal.

La première ministre de l’Alberta, Rachel Notley. Gracieuseté

L’ancien doyen du campus Saint-Jean connaissait déjà la première ministre quand elle était dans l’opposition, puisque l’institution se trouvait dans la circonscription de Mme Notley. Il n’a en revanche pas encore rencontré l’ancien ministre conservateur fédéral.

«Ce sera un défi de consolider une relation avec le Parti conservateur uni», reconnaît-il. «Mais il y a des élus qui peuvent nous aider à faire le lien, comme Laila Goodridge [députée de Fort McMurray-Conklin] qui est une ancienne diplômée du Campus Saint-Jean et qui parle très bien le français.»

M. Arnal se souvient que la compréhension de la réalité franco-albertaine n’était pas toujours facile avec les gouvernements progressistes-conservateurs passés.

«On avait toujours l’impression que chaque avancée était une faveur énorme. Les progressistes-conservateurs semblaient ne pas vouloir comprendre que le français à un statut différent.»

 

ÎLE-DU-PRINCE-ÉDOUARD

À l’Île-du-Prince-Édouard, les jours du gouvernement de Wade MacLauhlan sont peut-être eux aussi comptés. Au plus tard le 7 octobre, les électeurs devront se prononcer sur l’avenir du Parti libéral provincial. Le Parti vert compte parmi ses potentiels successeurs, selon les sondages.

La nouvelle présidente de la Société Saint-Thomas-d’Aquin (SSTA), Colleen Soltermann, envisage de changer d’approche pour le prochain scrutin.

«Avant, on envoyait un questionnaire à tous les partis, mais tous ne répondaient pas. On veut donc voir comment être sûr de bien informer les gens pour qu’ils exercent leur droit de vote.»

Le premier ministre de l’Île-du-Prince-Édouard Wade MacLauchlan de l’Île-du-Prince-Édouard. Archives #ONfr

Organisme non partisan, la SSTA ne donnera aucune consigne. Concernant le gouvernement actuel, la présidente souligne quelques bons coups.

«Il y a eu des progrès avec de nouveaux services désignés en vertu de la Loi sur les services en français», explique-t-elle. «Notre objectif, c’est de pérenniser ces services et d’en avoir davantage.»

En septembre, le gouvernement a notamment désigné le service à la clientèle au centre Accès Île-du-Prince-Édouard à Wellington, le Programme de partenariat culturel communautaire et les services d’accompagnement offerts aux éducateurs de la petite enfance.

Mais le gouvernement libéral s’est aussi distingué de moins belle manière. Depuis plusieurs mois, il est à couteaux tirés avec la Commission scolaire de langue française (CSLF) de l’Île-du-Prince-Édouard qui menace de l’attaquer devant les tribunaux pour une utilisation jugée inadéquate des fonds fédéraux versés pour l’éducation en français.

«C’est sûr qu’il y a une relation à rebâtir», reconnaît Mme Soltermann, qui nomme l’éducation comme une priorité du prochain scrutin. «Il y a des besoins alarmants en éducation et en petite enfance, où on manque de personnel. La demande est là, mais nos écoles datent de plusieurs décennies et il faudrait penser aux besoins futurs. Nos écoles n’ont pas toujours l’équivalent de ce qu’ont les écoles anglophones.»

Face à l’éventualité d’un nouveau gouvernement, la présidente de la SSTA insiste sur l’importance de bien faire connaître les besoins de la communauté auprès tous les partis. Avec le Congrès mondial acadien, qui aura lieu du 10 au 24 août à l’Île-du-Prince-Édouard et dans le Sud-Est du Nouveau-Brunswick, et le 100e anniversaire de la SSTA, nul doute que les élections à venir seront sa priorité.

 

TERRE-NEUVE-ET-LABRADOR

Les électeurs seront aussi appelés aux urnes à Terre-Neuve-et-Labrador. Le scrutin est prévu le 8 octobre. Le libéral Dwight Ball, élu en 2015, essayera de rester en poste, alors que les progressistes-conservateurs tenteront de regagner un pouvoir qu’ils avaient occupé pendant 12 ans.

La Fédération des francophones de Terre-Neuve-et-Labrador (FFTNL) indique ne pas avoir encore réfléchi à une stratégie pour cette campagne électorale. L’organisme n’a pas souhaité répondre aux demandes d’entrevues de #ONfr, mais nul doute que le dossier de l’éducation et des services de santé en français sera sur le radar de la FFTNL au moment d’étudier les différentes plateformes électorales.

Saint-Jean de Terre-Neuve. Archives #ONfr

En cas de changement de couleur politique du gouvernement, les Franco-Terre-Neuviens se souviendront que c’est sous les conservateurs de Paul Davis qu’a été adoptée une Politique sur les services en français.

 

TERRITOIRES DU NORD-OUEST

Dans les Territoires du Nord-Ouest, la situation est bien différente, rappelle la directrice générale de la Fédération franco-ténoise (FFT), Linda Bussey. À Yellowknife, l’Assemblée législative fonctionne sur la base d’un système de gouvernement de consensus.

«Nous n’avons pas de partis politiques ici, même si on parle d’un regroupement de candidats sous une même plateforme pour la prochaine campagne.»

Cette situation rend la tâche parfois difficile, souligne Mme Bussey, quand vient le temps de se faire entendre. Mais depuis 2011, le gouvernement mené par Bob McLeod fait preuve d’une belle collaboration, précise-t-elle.

«La ministre responsable du Secrétariat aux affaires francophones [Carolin Cochrane, également ministre de l’Éducation, de la Culture et de la Formation] a toujours été présente quand on la sollicitait, comme son prédécesseur. Il y a une grande communauté francophile ici.»

La ville de Yellowknife et ses aurores boréales. Source: Tourisme Yellowknife

Un éventuel changement n’inquiète donc pas Mme Bussey. «Nous sommes une des onze langues officielles des territoires. Je ne prévois pas de gros changements avec les élections.»

La FFT compte toutefois profiter de son assemblée générale annuelle, en janvier, pour peaufiner sa stratégie électorale pour le scrutin du 1er octobre. Déjà, certaines priorités s’imposent.

«La priorité, ce sont les services de santé en français. Il y a encore beaucoup de travail à faire pour avoir du personnel bilingue dans ce secteur. Mais je dirais que c’est vrai aussi dans tous les départements.»

 


POUR EN SAVOIR PLUS:

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Benjamin Vachet
Benjamin Vachet
bvachet@tfo.org @BVachet

Originaire de France, Benjamin Vachet vit au Canada depuis plus de douze ans. Titulaire d'un baccalauréat en Administration économique et sociale et d'une maîtrise de journalisme, il a commencé sa carrière en France, avant de la poursuivre au Canada. Il a travaillé pour les hebdomadaires Le Reflet, puis L’Express Ottawa et pour la radio francophone d’Ottawa, Unique FM. Il a rejoint le Groupe Média TFO en 2014. Passionné de politique ontarienne, fédérale et internationale, Benjamin cumule plus de treize années d’expérience en presse écrite, radio et télévision.