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Une fin d’année scolaire frustrante pour les parents et les enseignants

Temps de lecture : 4 minutes

TORONTO – Parents partenaires en éducation (PPE) et l’Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens (AEFO) se disent déçus du plan Lecce de retour en classe. Les deux instances franco-ontariennes, représentant les parents pour l’une et les enseignants pour l’autre, se posent de sérieuses questions sur la qualité de la prochaine rentrée scolaire.

« On finit l’année scolaire avec encore plus de questions que de réponses », regrette Rémi Sabourin, le président de l’AEFO. « Le gouvernement a pris la balle pour la donner aux conseils scolaires. Tout le monde part en vacances sans savoir ce qu’il va se passer. À quoi va ressembler cette rentrée au niveau pédagogique ? » interroge-t-il, qualifiant le plan Lecce d’« adéquat mais incomplet ».

Tout juste reconduite à la tête de PPE pour un mandat de deux ans, la présidente Badrieh Kojok, se pose la même question.

« On voulait quelque chose de précis. Malheureusement, ça n’a pas répondu à nos attentes. Il y a plusieurs options mais rien de concret. On aurait préféré une réponse du style : oui, les écoles vont ouvrir ou non, les écoles vont rester fermées. »

Dans son plan de retour en classe, le gouvernement a opté pour trois scénarios de rentrée à l’automne prochain : un apprentissage classique, à distance ou hybride combinant présence physique et cours en ligne, laissant les conseils scolaires se préparer aux trois options avant de prendre la décision la mieux adaptée au contexte épidémique du moment.

École à distance : où sont les données ?

Deux des trois scénarios prévoient de poursuivre l’école à la maison. Or, les deux leaders critiquent l’absence de bilan et de données concernant les trois mois écoulés d’apprentissage à distance.

« Pour la majorité des élèves, ça n’a pas du tout fonctionné », affirme même Mme Kojok. « Je vois autour de moi, partout dans la province, des parents qui me disent que leurs enfants ne font pratiquement rien de leur journée. Les parents ne sont pas des enseignants de formation et ils ont leur propre emploi du temps. Avec deux ou trois enfants à la maison, c’est presque impossible. »

Rémi Sabourin, président de l’Association des enseignantes et des enseignants de franco-ontariens (AEFO). Archives ONFR+

Elle constate que l’isolement physique et social a entraîné un dommage collatéral largement sous-estimé : la santé mentale qui se serait dégradée, particulièrement chez les adolescents.

« Chacun a fait de son mieux », juge M. Sabourin au nom des enseignants. « Mais il y a eu tellement d’iniquité. Certains élèves n’ont pas participé pour mille et une raisons. L’accès à internet aussi a été un enjeu. »

Avant d’aborder la nouvelle année scolaire, « il faut rendre accessibles les données sur tout ça et en tirer des leçons » , exhorte-t-il.

Un déficit de consultation et de collaboration

Le président de l’AEFO s’inquiète pour les apprentissages essentiels qui n’ont pas été abordés et s’interroge sur le travail de collaboration qui devra être fait dans la communauté éducative pour accueillir chacun de ces élèves et l’amener à son plein potentiel, d’ici la rentrée. Une mission ardue.

« L’accueil pédagogique des élèves risque d’être réduit à une journée. Est-ce suffisant ? Absolument pas », déplore-t-il. L’annonce hier de la refonte du programme de mathématiques est venue un peu plus brouiller les cartes d’un timing inextricable, selon lui.

M. Sabourin aurait voulu que les travailleurs en éducation soient impliqués dans l’élaboration du plan de retour.

« On a fait partie de quelques petits groupes de travail et le ministre m’a appelé quelques heures avant l’annonce, mais c’était plutôt des conversations. Les consultations sont faites pour travailler sur des ébauches et aboutir à la meilleure décision. On se retrouve où on est aujourd’hui. »

Badrieh Kojok, présidente de Parents partenaires en éducation. Gracieuseté

Mme Kojok abonde : « Consulté, c’est beaucoup dire. On a été informé en mars, avant une première annonce. On nous a aussi demandé notre rétroaction », se souvient-elle. Rien de comparable à des consultations en tant que telles.

« Il y avait un paquet de solutions », croit Rémi Sabourin. Par exemple, « on aurait pu arrêter la prestation des cours en ligne une semaine ou deux, au mois de juin, pour ensuite commencer un travail de collaboration pour se préparer pour la nouvelle année. On se retrouve dans une situation très difficile où le temps manque : ça va être notre plus grand ennemi pour la rentrée. Si on choisit la formule hybride avec 15 élèves à la maison et 15 en classe, comment ça va se vivre de façon pédagogique et familiale ? »

Prochaines annonces début août

Badrieh Kojok craint que l’absence d’une décision uniforme et respectée émanant du ministère ne crée « des écarts préjudiciables à la réussite scolaire des élèves », d’un conseil scolaire à l’autre. Elle réclame des réponses durant l’été, en amont de la rentrée.

La prochaine ronde d’annonces, prévue au début du mois d’août, pourrait dissoudre quelques malentendus et lever des incertitudes.

Stephen Lecce, ministre de l’Éducation de l’Ontario. Archives ONFR+

« On espère que tout va être concrétisé au mois d’août », escompte-t-elle. « C’est bien d’informer les parents avant la fin de l’année scolaire mais il y a beaucoup d’incertitude et ça cause du stress chez les parents. Ils ont besoin de savoir sur quel pied danser à l’avance. »

« Après un an et demi difficile avec le gouvernement, la confiance doit être rétablie, on doit travailler ensemble à des solutions », martèle M. Sabourin en référence à la négociation des conventions collectives laborieusement finalisée au début de la pandémie. Les prochaines semaines seront décisives.

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