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La communauté noire LGBTQ+ peine toujours à se faire une place

Bien que l’orientation sexuelle soit déjà un motif de discrimination au Canada, les difficultés d’intégration et la perception péjorative de l’homosexualité sont des réalités d’autant plus accablantes pour les immigrants venus d’Afrique et des Caraïbes. En marge du défilé de la Fierté à Ottawa, ce dimanche, rencontre avec des acteurs et militants… 

« Chez nous, au Burundi, on ne peut pas être noir et gai, et surtout pas transsexuel, c’est un blasphème », déclare d’un ton dubitatif, Maël, un intervenant transgenre.

En 2017, les résultats d’un sondage sur les minorités sexuelles, mené par la Fondation Jasmin Roy, dévoilaient que les communautés ethnoculturelles avaient plus de difficultés à vivre et accepter leur orientation sexuelle que les autres.

En cause : 29 % admettaient que leur orientation sexuelle de genre était plutôt mal ou très mal acceptée dans leur famille immédiate contre 19 % pour les LGBT de type caucasien.

Les LGBTQ+ enthoculturelles lors du défilé de la Fierté à Toronto, en juin 2019. Source : Facebook FrancoQueer

Deux ans plus tard, il semblerait que les choses n’aient pas beaucoup évolué.

« De façon générale, les sous-groupes de la communauté LGBT, surtout les personnes transsexuelles, intersexes et non binaires vivent beaucoup de défis. Mais les gens comme moi, qui sommes noirs, homosexuels et queer, nous ne vivons pas les mêmes réalités que les autres. Par conséquent, nous subissons plus de discrimination liée au logement et nous sommes plus exposés à la violence à tous les niveaux », témoigne un intervenant qui préfère garder l’anonymat.

En effet, d’après une enquête récente de la Commission ontarienne des droits de la personne, les personnes transgenres sont plus exposées à des stéréotypes, à du harcèlement ou à des remarques humiliantes qui rendent souvent l’accès au logement impossible.

« Quadruple discrimination »

Pour Dada Gasirabo, directrice générale d’Oasis Centre des Femmes, on pourrait même parler d’une quadruple discrimination.

« La violence n’a pas de classe, mais lorsqu’elle s’ajoute à une minorité, elle s’intensifie. En tant que femme, nous sommes déjà discriminées. Lorsqu’on rajoute de la violence, elle devient double. Le fait que nous soyons noires, elle triple et si en plus, on est homosexuelle, on vit une quadruple discrimination », laisse entendre la directrice de l’organisme qui œuvre dans la région du Grand Toronto et Halton-Peel pour les femmes touchées par la violence sous toutes ses formes.

Pour l’activiste homosexuel et président d’Action Positive VIH/SIDA, Carlos Idibouo, les responsabilités quant à la discrimination vécue iraient dans les deux sens :

« Par exemple, quand vient l’événement Fierté, partout au pays, on constate une grande disparité des personnes noires. Ça se justifie par le fait qu’on vit dans un pays où il y a une forte présence des personnes blanches, mais ça n’exclut pas la question de la diversité et de l’inclusion, et il serait nécessaire de s’assurer de la présence de chaque communauté ethnoculturelle afin que tout le monde s’approprie l’événement. »

L’activiste homosexuel et président d’Action Positive VIH/SIDA, Carlos Idibouo. Source : Facebook

Et d’ajouter : « D’autre part, il y a la responsabilité des personnes immigrantes. C’est à eux de comprendre comment ça marche et de se battre pour prendre leur place et non attendre qu’on la leur donne. »

Dada Gasirabo, qui a pris l’habitude d’aider les minorités sexuelles d’Afrique et des Caraïbes, justifie cette difficulté à prendre sa place par le manque de soutien dans l’environnement immédiat. « La discrimination peut être systémique, mais souvent, elle vient des personnes qui doivent être le premier secours, comme la famille, les amis ou l’Église. »

Pour Karine Myrgianie Jean-François, activiste LGBTQ+, le problème vient souvent du regard des autres.

« Le problème est souvent le qu’en-dira-t-on. Pour ma part, mes parents m’ont dit : si « tu es heureuse alors nous le sommes aussi pour toi », mais j’ai souvent remarqué que les familles ont plutôt peur de ce que vont penser les gens à leur sujet. »

Pour Carlos Idibouo, il s’agit d’homophobie intériorisée : « Même si les gens vivent dans un pays où manifestement les droits des homosexuels sont avancés, il y a un bagage d’homophobie qui est relié à la terre d’origine. Les gens se disent : je vais aller au village gai, me faire des amis et m’impliquer, sauf que c’est possible que je rencontre une personne de ma communauté qui communique avec ma famille dans mon pays d’origine et risquerait de me causer un préjudice. »

Et de conclure : « C’est pour cela que certaines personnes préfèrent rester dans le placard ou ne pas côtoyer le village gai. »

Une visibilité importante pour sensibiliser les gens

Depuis 2015, l’organisme torontois FrancoQueer offre un programme d’intégration financé par le gouvernement pour aider les réfugiés LGBT francophones.

Mais les activistes veulent plus d’organismes et d’actions partout au Canada.

« Il faut éduquer les jeunes et leur apprendre à revendiquer leurs droits. Et il faut aussi parler aux leaders communautaires pour qu’ils assurent la sécurité de chaque personne », souhaite Dada Gasirabo.

Karine Myrgianie Jean-François aimerait que les gens soient sensibilisés aux inégalités liées à la pauvreté. « Je sais que les acquis légaux sont là, mais il faut qu’ils deviennent des réalités juridiques. Je souhaite une plus grande représentation à des événements et que les organismes refléchissent au VIH/Sida. »

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