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UOF : « On fait des miracles mais on arrive au bout » – Jason Luckerhoff

Temps de lecture : 3 minutes

[ENTREVUE EXPRESS]

QUI  :

Jason Luckerhoff, vice-recteur au développement des programmes à l’Université de l’Ontario français.

LE CONTEXTE  :

La première école d’été de l’université a permis une réflexion autour de la mobilisation des connaissances.

L’ENJEU  :

Les discussions gouvernementales sur le financement de l’université pourraient aboutir avant les élections d’octobre, confirmant ainsi l’ouverture d’un campus temporaire en 2021.

« Que faut-il retenir de ces deux journées de travail  ?

Des experts nous ont présenté les meilleures pratiques et des chercheurs nous ont montré des projets concrets de mobilisation des connaissances. Les partenaires étaient invités. Ça nous a permis d’identifier ensemble les projets, de baliser les responsabilités de chacun et de clarifier les objectifs. 

En quoi la pédagogie de l’UOF est-elle novatrice  ?

On n’est pas dans une logique de transmission, d’examen. On est dans une logique de projets dans le cadre desquels, les étudiants vont développer des compétences. Sur le plan pédagogique, c’est complètement différent de ce qui se fait dans la grande majorité des universités. Sur le plan des connaissances, on ne se confinera pas à ce qu’une discipline porte comme regard sur un objet mais comment elle interagit avec son environnement de connaissances. C’est une approche transdisciplinaire.

Qu’entendez-vous par transdisciplinarité ?

Par exemple, si on s’intéresse à l’environnement, on va le faire dans la perspective de la science politique, de la communication, de la sociologie, de l’économie. C’est la raison d’être de nos créneaux d’excellence (Pluralité humaine, Environnement urbain, Culture numérique et Économie mondialisée).

Ces créneaux, non-conventionnels, seront-ils attractifs aux yeux des étudiants et des employeurs ?

Ils ont été conçus à partir de consultations d’étudiants potentiels, de diplômés et de professeurs. Ils ont été aussi identifiés par rapport au besoin de main d’œuvre. La transdisciplinarité est perçue par les employeurs comme un élément important. Ça correspond à des compétences qu’on recherche chez les futurs employés. Ce qui ne veut pas dire qu’on ne travaille pas sur le développement de programmes professionnels, en partenariat avec d’autres universités.

Pourquoi les partenaires sont-ils au cœur de votre démarche  ?

On a une approche inductive et expérentielle. Les partenaires vont s’identifier au créneaux dans lesquels ils sont à l’aise et développer des projets en lien avec eux. Plus on se détache du cadre strict d’une discipline plus la mobilisation des connaissances est facile car les partenaires n’ont pas à rentrer dans une case mais peuvent déployer leur expertise dans plusieurs domaines. Ce travail sera complémentaire à celui des enseignants et des chercheurs.

Les enseignants-chercheurs vont-ils devoir bouleverser leur façon de travailler ?

Il va falloir embaucher les bonnes personnes et les évaluer différemment et valoriser leur recherche partenariale. On reçoit des CV de partout dans le monde d’enseignants qui se sentent confinés dans leur discipline et qui croient en ce projet. La deuxième chose, c’est qu’on va les former. C’est le but du Certificat de la pédagogie en enseignement supérieur qu’on a créé.

Avez-vous des craintes quant à la valeur des diplômes de cette université naissante ?

Je n’ai aucune inquiétude là-dessus. Les autres universités partout au Canada et au-delà nous soutiennent et envient notre démarche. Elles aimeraient faire pareil mais changer l’existant prend des années. Démarrer de zéro nous ouvre au contraire toutes les portes. On sent aussi que la francophonie canadienne désire cette université. On s’est aussi associé des chercheurs de grande crédibilité comme Linda Cardinal. C’est une équipe solide qui porte un projet innovant.

Les cours à distance sont très critiqués… Ne craigniez-vous pas un taux élevé d’abandon comme ailleurs  ?

On veut être flexible, agile, s’ajuster aux besoins des apprenants, mais on ne va pas offrir de cours en ligne. Ce seront des cours en comodalité. Ce n’est pas la même chose. Il y aura toujours un professeur en classe. Ceux qui auront envie d’interagir avec leur professeur le feront. Par contre, ceux qui le souhaitent pourront, sans en demander la permission, suivre leur cours depuis chez eux à partir d’une technologie de pointe, comme à l’habitude.

Quelles vont être les prochaines étapes  ?

Dès automne 2019, on offrira un certificat d’enseignement supérieur. On vise ensuite une ouverture en 2021 au sein d’un campus temporaire au centre de Toronto. Mais n’oublions pas que l’université sera présente partout en Ontario là ou nos universités partenaires voudront mettre en place des cohortes d’étudiants. Dans les mois qui suivront l’entente provincial-fédéral et après l’évaluation gouvernementale de nos programmes, on sera capable de concrétiser le campus permanent et une quinzaine de programmes. Le campus permanent viendra plus tard, dans un horizon de sept à dix ans.

Comment accueillez-vous le récent rapprochement entre gouvernements fédéral et provincial pour collaborer dans le financement de l’Université  ?

On est très heureux de voir qu’il y a une communication entre les deux gouvernements. On se retrouve à un moment où il faut que ça se règle. On est une petite équipe qui travaille sept jours sur sept. On fait des miracles mais on arrive au bout. Pensons aussi aux étudiants aussi franco-ontariens. On ne peut pas perdre encore une année et les voir quitter le continuum francophone pour aller dans les universités anglophones. Je n’ai aucun doute qu’ils vont parvenir à une entente très vite. Personne n’y gagnerait à ce que cela devienne un enjeu de campagne. »

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