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Women Deliver : une conférence internationale au Canada… juste en anglais

Temps de lecture : 3 minutes

VANCOUVER – Le premier ministre Justin Trudeau participe, cette semaine, à la conférence Women Deliver 2019. Une cinquième édition qui réunit, du 3 au 6 juin, plus de 8 000 personnes provenant de 160 pays, mais où le français sera très discret, malgré la participation financière du gouvernement fédéral.

L’Alliance des femmes de la francophonie canadienne (AFFC) ne décolère pas après avoir étudié le programme de la conférence Women Deliver 2019. Aucune activité élaborée « pour et par les femmes francophones du Canada » ne figure dans la programmation de « la plus importante conférence du 21e siècle dans le monde sur les droits des femmes et l’égalité des sexes », déplore l’organisme.

« Ça fait deux ans qu’on sait que ça s’en vient à Vancouver et que nous travaillons pour qu’il y ait des activités en français. J’en avais parlé avec des représentants de Women Deliver à l’ONU, en 2018. J’en ai aussi parlé avec la ministre Monsef [ministre du Développement international et ministre des Femmes et de l’Égalité des genres], et en octobre, avec la ministre Joly [ministre du Tourisme, des Langues officielles et de la Francophonie] lors du Sommet international de la Francophonie à Erevan, en Arménie, car je m’inquiétais… Je suis fâchée et déçue ! », témoigne la présidente de l’AFFC, Lily Crist, à ONFR+.

En ce 50e anniversaire de la Loi sur les langues officielles, elle souligne « une occasion manquée ».


« On nous dit à nouveau que le bilinguisme n’existe pas » – Lily Crist, présidente AFFC


Cette semaine, Women Deliver offrira une panoplie de conférences et discussions, sur des thèmes très variés, allant de la santé des femmes, des questions économiques, d’éducation et d’entrepreneuriat au féminin ou encore, d’inégalités.

« Une conférence comme celle-ci est un vecteur de changement important, une occasion d’apprendre et de dialoguer. Mais on va encore être marginalisé parce qu’on parle français », regrette Mme Crist.

Site bilingue et traduction simultanée

L’organisme international Women Deliver se défend d’avoir ignoré le français dans un pays officiellement bilingue.

« Nous avons intégré le français autant que possible. Nous aurons, par exemple, de l’interprétation en français lors de toutes les sessions plénières, les conférences de presse et dans un certain nombre de séances. Plusieurs de nos modérateurs interviendront en français, notre application et le site internet de la conférence sont également disponibles en français et en anglais… », énumère notamment l’organisme à ONFR+.

Un argument qui ne convainc pas la présidente de l’AFFC.

« Ce n’est pas la traduction qu’on veut ! Ce qu’on veut, c’est une place pour les femmes francophones, qu’on puisse intervenir et avoir une voix, pas qu’on parle à notre place ! », s’insurge Mme Crist, qui souligne également qu’à 500 $ US  l’inscription, les organismes de son réseau ne pourront participer.

Pourtant, explique-t-elle, l’AFFC avait proposé son aide.

« J’ai dit à Women Deliver que nous avions déjà des ateliers, des gens sur le terrain et des bénévoles prêts à participer sans qu’ils aient besoin d’investir un sou. Mais rien n’a été fait… »

Manque de leadership

La présidente de l’organisme porte-parole des femmes francophones en contexte minoritaire reproche au gouvernement fédéral son manque de leadership. 

« Si le gouvernement peut faire en sorte que mon paquet de céréales Kellogg’s est dans les deux langues officielles, je ne vois pas pourquoi il ne serait pas capable de faire comprendre qu’il faut des activités en français ! C’est un événement international, dans un pays bilingue. Le gouvernement du Canada y est associé, certains ministres y participent… On est là, on a une communauté vivante, d’une grande diversité et ce qu’on nous dit, c’est que notre voix ne compte pas ! » 

Le premier ministre Justin Trudeau a prévu plusieurs apparitions lors de la conférence. Ce mardi, il fera une annonce concernant la recherche sur la santé des femmes. Son épouse, Sophie Grégoire Trudeau, fait elle aussi partie des intervenantes à la conférence.

Juste un commanditaire

Le gouvernement du Canada soutient l’événement, notamment via le Centre de recherches pour le développement international (CRDI) qui a versé 50 000 $ pour cette conférence qui reçoit également du financement de nombreux gouvernements et organismes à travers le monde.

« Le CRDI n’est pas organisateur de Women Deliver, mais un commanditaire parmi d’autres », précise l’institution à ONFR+. « Notre commandite nous assure notamment un vaste espace d’exposition où nous tiendrons des événements toute la semaine. À titre de commanditaires, nous n’avons pas le pouvoir d’imposer la Loi sur les langues officielles à l’organisateur, que l’événement se tienne au Canada ou ailleurs. »

De son côté, le bureau de la ministre du Tourisme, des Langues officielles et de la Francophonie, Mélanie Joly, promet que le gouvernement assurera une présence bilingue.

« Notre gouvernement s’assure que les représentations du gouvernement fédéral soient faites dans nos deux langues officielles. Bien qu’il ne s’agisse pas d’un événement du gouvernement du Canada, les organisateurs de l’événement s’efforcent d’être aussi inclusifs que possible et offriront plusieurs séances plénières en français. Les organisateurs ont également invité des jeunes de partout au Canada, y compris du Québec et des communautés francophones hors Québec. Une session sera d’ailleurs consacrée exclusivement aux déléguées francophones, et accessibles à travers le monde via vidéoconférence. »

Pour combler cette absence d’activités en français, l’AFFC a décidé de présenter, en partenariat avec le Réseau-Femmes Colombie-Britannique (RFCB), sa propre programmation, reprenant plusieurs thématiques abordées lors de la conférence Women Deliver 2019. Une programmation parallèle « élaborée pour et par les femmes francophones en milieu minoritaire », souligne l’organisme.

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