Rentrée musclée : Doug Ford attaqué sur son sens des priorités
TORONTO – La reprise parlementaire à Queen’s Park s’ouvre sous haute tension. Alors que les attaques fusent contre les changements au régime d’aide financière des étudiants (RAFEO), le gouvernement Ford annonce sa mainmise sur l’aéroport Billy Bishop de Toronto. Les partis d’opposition sont unanimes : Doug Ford ne met pas les priorités là où il le devrait.
Un retour en chambre qui met en relief les tensions des dernières semaines. Avec les changements apportés au RAFEO et le dégel des frais de scolarité dans le postsecondaire, les reproches ont fusé des bancs de l’opposition vers le gouvernement.
« Ce gouvernement a décimé le RAFEO, a accusé la cheffe néo-démocrate Marit Stiles en chambre. Les étudiants vont devoir faire face à des dettes. Pourquoi condamnez-vous les jeunes générations ? Ferez-vous ce qu’il faut, rétablirez-vous OSAP ? »
« Le RAFEO ne s’en va nulle part », a défendu Nolan Quinn, le ministre des Collèges et Universités.
« C’est notre gouvernement qui a gelé les frais de scolarité pendant 8 ans, a-t-il assené. Nous serons toujours là pour que l’argent du contribuable soit dépensé de façon responsable. »
« Après huit longues années, le premier ministre rend la vie plus difficile pour les Ontariens. Pourquoi rajouter ce fardeau pour les jeunes familles ? », a insisté le chef du Parti libéral, John Fraser.
La nouvelle cible de Doug Ford : l’aéroport du centre-ville de Toronto
Une rhétorique des partis d’opposition largement alimentée aujourd’hui par l’annonce du nouveau projet d’agrandissement de l’aéroport Billy Bishop au centre-ville de Toronto pour permettre l’atterrissage de jets et augmenter la capacité de 2 à 10 millions de passagers.
Ce matin même, Doug Ford a en effet confirmé le dépôt d’un projet de loi pour mettre ce projet à bien, visant ainsi à évincer la Ville de Toronto de l’accord de gestion et à exproprier les terrains municipaux. Pour y parvenir, il compte utiliser les fameuses nouvelles zones économiques spéciales.
Introduit via le projet de loi 5 en décembre dernier — la Loi de 2025 pour protéger l’Ontario en libérant son économie —, cet outil permet au gouvernement de s’affranchir de certaines réglementations provinciales et municipales pour accélérer des chantiers jugés stratégiques.
Si le gouvernement évoque des retombées de 140 milliards sur 25 ans, le flou persiste sur le chèque que la province devra signer immédiatement pour dédommager la Ville de Toronto. Le coût de l’expropriation ou encore les investissements requis pour accueillir des avions à réaction pourraient s’avérer dispendieux.
Des priorités « sur les mauvaises choses », tacle l’opposition
« Le premier ministre ne se concentre que sur les mauvaises choses […] alors qu’il devrait s’assurer que les gens aient accès aux études postsecondaires et qu’ils ne soient pas écrasés par les dettes », a déploré M. Fraser en scrum média.
Construire un nouveau centre des congrès sur le lac Ontario, autoriser l’alcool personnel dans les festivals, ou encore légaliser le port du poivre de cayenne, celui-ci a alors pointé du doigt la non-pertinence des dernières priorités du gouvernement Ford.

« Ce que le Premier ministre doit faire, c’est comprendre son rôle : s’occuper des choses qui sont les plus importantes pour les citoyens et ce n’est pas Billy Bishop », a-t-il conclu.
« Personne n’a réclamé ça, a elle aussi réagi la leader de l’opposition officielle en scrum. Nous avons déjà l’aéroport Pearson. C’est un aéroport international (…) Ce premier ministre cherche toujours des moyens de faire diversion. »
« Pendant ce temps, il coupe dans les prêts et réduit les bourses qui aident nos jeunes à obtenir l’éducation dont ils ont tant besoin, s’est-elle désolée. J’entends des jeunes de toute la province me dire n’ont plus les moyens d’aller à l’école. Des familles me disent que leurs rêves dépendent de cet organisme (RAFEO). »
Le chef du Parti vert, Mike Schreiner, a fustigé une vision gouvernementale qu’il juge « déconnectée de la réalité ».

« Les gens ont du mal à se loger et à mettre de la nourriture sur la table, et de quoi parle le premier ministre? Il parle de construire des tunnels, de prendre le contrôle d’aéroports et de bâtir des îles imaginaires pour des centres de congrès, au lieu de parler de construire des logements abordables, d’aider les familles à se nourrir et de répondre à leurs préoccupations économiques. »