Le Grand Sudbury adopte sa nouvelle politique sur les services en français
SUDBURY – Le conseil municipal du Grand Sudbury a adopté sans opposition, mardi soir, une nouvelle politique sur les services en français. Ce document met à jour un cadre datant de 2001, une révision demandée par la communauté francophone depuis plusieurs années.
Cette nouvelle mouture remplace officiellement la politique de 2001 et vise à accroître l’accès aux services en français en misant sur l’offre active et sur le renforcement de la capacité bilingue de l’administration municipale.
Pour la directrice générale de l’ACFO du Grand Sudbury, Karine Tellier, cette adoption conclut un processus amorcé il y a plusieurs années.
« Ça faisait longtemps qu’on l’attendait », souligne celle qui entre en fonction officiellement ce mercredi, précisant que la révision était initialement prévue pour 2024, quelques mois après qu’une ébauche avait été présentée au conseil.
Selon le rapport présenté au conseil, ce délai est attribuable au roulement de personnel au sein du département des Initiatives stratégiques et des Communications. Ce service, dont la direction est occupée par Brigitte Pilon depuis août dernier, détient désormais le pouvoir de décision interne pour l’application quotidienne du cadre.
« Il y a eu beaucoup de consultations avec différents groupes importants de la francophonie à Sudbury, et je suis heureuse de voir qu’ils ont écouté », ajoute Mme Tellier. La Place des Arts, le Collège Boréal ou encore le Réseau du Nord font partie des groupes consultés.

Une révision au besoin
L’un des changements notables réside dans la structure de suivi de la politique. Contrairement au cycle de révision fixe de trois ans initialement envisagé, la politique sera désormais révisée « au besoin ».
Selon les précisions fournies par la Ville, cet examen pourra survenir « en réponse à des changements organisationnels, à une modification de l’orientation municipale ou à un changement dans la désignation de la Ville ».
Pour encadrer la mise en œuvre, la municipalité s’appuiera sur un « plan d’implantation » qui sera révisé tous les cinq ans afin d’évaluer les progrès réalisés et de déterminer les mesures additionnelles nécessaires pour assurer une amélioration continue des services.
« Ça me fait peur que ça puisse tomber dans l’oubli », affirme Mme Tellier, rappelant que le cadre précédent est resté inchangé pendant plus de deux décennies.
Le plan de mise en œuvre, dont les fonds proviendront des budgets existants qui couvrent jusqu’en 2031, impose également un certain délai.

Emphase sur l’offre active
Le cœur de cette nouvelle politique repose sur le principe de l’offre active. La Ville s’engage à ce que les services de première ligne soient « visibles » et offerts « proactivement », sans que le citoyen n’ait à solliciter le français.
Concrètement, cela se traduira par une identification claire du personnel bilingue (insigne ‘’je parle français’’), une signalisation bilingue cohérente et des communications publiques (appels, courriels, médias sociaux) diffusées simultanément dans les deux langues.
Toutefois, la politique précise que les documents techniques et juridiques resteront produits en anglais seulement, avec une version française fournie « au besoin » ou selon l’impact désiré.
Lors des discussions, le conseiller René Lapierre – instigateur du renouvellement de la politique – a souligné que des outils modernes comme l’intelligence artificielle (IA) pourraient désormais permettre de traduire davantage de documents, comme les ordres du jour des comités, sans coûts additionnels majeurs.
Les résultats d’un sondage mené à l’automne 2025 sur la plateforme À toi la parole ont lourdement pesé dans la balance. L’enquête, qui a recueilli plus de 240 réponses, révèle un fossé entre les intentions de la Ville et la réalité des citoyens.
Seulement 21 % des répondants estiment que la Ville procure avec efficacité une offre active. La peur des retards, l’ignorance de la disponibilité des services ou des refus essuyés par le passé sont les principales raisons invoquées par ceux qui n’utilisent pas le français.
« Il y a des gens qui ne demandent pas de services en français parce qu’ils ne savent pas que ça existe ou parce qu’ils ont déjà essuyé des refus », explique Mme Tellier. « Le fait que les services soient visibles et offerts automatiquement est une priorité. »
Pas de date pour le comité
Le nouveau cadre repose sur quatre piliers : l’offre active, la consultation des francophones, l’amélioration continue et le renforcement de la capacité bilingue.
Parmi les autres priorités, on souligne qu’un « engagement plus ferme » est requis pour la désignation de postes de langue française et que le service municipal doit impérativement intégrer une « composante culturelle ».
Le document insiste également sur la nécessité d’accorder une plus grande attention au recrutement, au maintien en poste et à l’avancement des employés francophones au sein de l’appareil municipal.
Un défi de taille que reconnaît la directrice générale de l’ACFO : « C’est sûr qu’on ne peut pas changer une équipe complètement anglophone en une équipe parfaitement bilingue du jour au lendemain ».
Par ailleurs, la date de création d’un comité sur les services en français, réclamée par plusieurs intervenants pour assurer une reddition de comptes, demeure incertaine. « La création d’un comité, sous une forme ou une autre, reste une option envisagée par le maire. Cela dit, le maire Lefebvre continue de rencontrer régulièrement les responsables francophones de la communauté », peut-on lire dans un courriel envoyé par la Ville à ONFR.