Queen’s Park réagit à l’urgence des feux : l’opposition dénonce une sous-préparation
TORONTO – Alors que près de 200 feux de forêt se propagent dans le Nord et que la qualité de l’air reste irrespirable jusque dans les centres urbains, Queen’s Park cherche l’appui du fédéral. Si Doug Ford affirme ne pas lésiner sur les dépenses contre les incendies, 271 millions en 2025, le Parti vert et le NPD accusent le gouvernement ontarien d’improvisation face à l’urgence, pointant du doigt un sous-budget chronique qui nuit à la préparation et à la prévention.
Alors que Toronto, siège de l’Assemblée législative de l’Ontario, est plongée sous un voile d’épaisses fumées, conséquence des incendies à plusieurs centaines de kilomètres de là, le gouvernement Ford a demandé au fédéral un déploiement de ressources supplémentaires – incluant des Forces armées canadiennes – pour appuyer les évacuations dans le Nord de l’Ontario.
« La situation évolue rapidement. Les résidents touchés doivent suivre les directives des autorités locales et respecter les ordres d’évacuation. La priorité absolue de notre gouvernement est d’assurer la sécurité de la population », a déclaré la ministre de la Protection civile et de l’Intervention en cas d’urgence, Jill Dunlop.
Lors d’une conférence de presse à Windsor, ce jeudi, Doug Ford a affirmé que « le gouvernement ne financera jamais à la baisse la réponse aux urgences des incendies ».
« Nous avons un budget de 150 millions, mais chaque année, nous dépensons bien plus. L’année dernière, nous avons dépensé 271 millions de dollars et nous ne lésinerons pas sur les moyens. »
Celui-ci a souligné qu’aucun décès n’était à déplorer, que 150 équipes de près de 50 aéronefs étaient déployées, avant d’ajouter que l’Ontario a besoin d’avions-citernes par le biais du gouvernement fédéral.
La sous-budgétisation mène à la sous-préparation, dit Mike Schreiner
Pour Mike Schreiner, le chef du Parti vert en entrevue avec ONFR, le gouvernement sous-finance sciemment le budget d’urgence et attend la crise pour réagir au lieu de la financer correctement dès le départ.
En 2025, le Parti dénonçait une coupe de 42 millions de dollars.
« On a assisté à une réduction de la part du budget consacré à la lutte contre les feux de forêt. Et ce, même si les scientifiques, les pompiers forestiers eux-mêmes, les experts en gestion des forêts disaient que cette saison risquait d’être particulièrement difficile », s’afflige M. Schreiner.
« En 2025, le gouvernement avait budgétisé 135 millions de dollars pour le fonds d’urgence de lutte contre les feux de forêt. Ils ont finalement dépensé 271 millions. Or, le budget de cette année n’affiche que 150 millions, c’est-à-dire plus de 120 millions de moins que ce qu’ils ont réellement dépensé l’année dernière! »

Selon lui, en ne fournissant pas ces ressources à l’avance et en se contentant de réagir après coup, les chances de réussite sont considérablement réduites.
M. Schreiner soutient que les pompiers forestiers sur le terrain ont besoin de cet argent dès le départ pour pouvoir se préparer, constituer des équipes complètes, correctement équipées et enfin avec des salaires équitables : « Actuellement, les pompiers forestiers ont tendance à être sous-payés, ce qui fait que nous perdons nos éléments les plus expérimentés, qui partent vers des emplois plus lucratifs ».
En plus d’avoir un plan d’urgence pleinement financé, basé sur données probantes et l’expérience de terrain des pompiers forestiers eux-mêmes, il défend la nécessité de miser sur les énergies renouvelables. « Nous savons que ces événements météorologiques extrêmes sont alimentés par la crise climatique, elle-même nourrie par les énergies fossiles ».
« Aujourd’hui, nous respirons tous un air toxique. Mon cœur est avec les communautés du Nord-Ouest de l’Ontario qui sont en cours d’évacuation, et avec ces pompiers et autres premiers répondants qui sont aux premières lignes pour assurer notre sécurité ».
Provincial et fédéral : appel du NPD à faire front commun pour l’évacuation des Premières Nations
Face à une situation dramatique avec les maisons de la Première Nation de Namaygoosisagagun (Collins) réduites en cendres, le chef adjoint du NPD, Sol Mamakwa, a exhorté jeudi le gouvernement Ford à déclarer formellement l’état d’urgence provincial. « Aujourd’hui, il ne s’agit pas de savoir à quel parti politique vous appartenez (…). Le Nord de l’Ontario brûle », a-t-il lancé, implorant Queen’s Park et Ottawa de faire front commun.
Appuyés par leurs collègues nord-ontariens Lise Vaugeois (Thunder Bay-Superior-Nord) et Guy Bourgouin (Mushkegowuk-James Bay), les néo-démocrates soutiennent la demande des Chefs de l’Ontario : faire sauter immédiatement les barrières juridictionnelles entre le provincial et le fédéral. L’objectif étant de coordonner sans délai les évacuations, le transport, l’hébergement et les soins de santé pour les communautés menacées par les quelque 200 brasiers actifs.
Le député Bourgouin a rappelé qu’il aura fallu « près de deux semaines à la province pour intervenir lors des inondations » en avril dernier et que le Nord ne pouvait se permettre un tel retard face aux flammes.

Un constat alarmiste partagé par Lise Vaugeois, qui prévient que malgré leurs efforts acharnés face à des incendies d’une vélocité inédite, les pompiers forestiers manquent cruellement d’effectifs et de ressources nécessaires pour freiner la catastrophe.
Deux jours plus tôt, celle-ci avait demandé au gouvernement Ford de renouveler les contrats à long terme pour les hélicoptères afin de lutter contre les feux de forêt.
« Sans ce contrat, le service doit louer des hélicoptères de manière ponctuelle, ce qui rend toute planification préalable impossible. En raison de la négligence de Ford, les pompiers forestiers sont toujours en train de courir après le temps. »
« En ce moment, deux bombardiers d’eau sont cloués au sol en raison d’un manque de pilotes. Nous devrions compter 200 équipes de pompiers, mais nous n’en avons peut-être que 150. Doug Ford et ses conservateurs doivent cesser de traiter le Nord comme une préoccupation secondaire et fournir l’aide nécessaire pour faire face à l’immensité des feux de forêt qui touchent les familles, les communautés et les Premières Nations dans tout le Nord », avait-elle décrié, par voie de communiqué.