Le PDG d’Air Canada convoqué à Ottawa pour sa vidéo en anglais sur la tragédie à LaGuardia
OTTAWA – Le PDG d’Air Canada Michael Rousseau devra s’expliquer devant les élus à Ottawa pour sa vidéo uniquement en anglais où il offrait ses condoléances aux familles des deux pilotes qui ont perdu la vie lors d’une collision à l’aéroport LaGuardia dimanche soir à New York.
Le Comité des Langues officielles a adopté de façon unanime mardi en fin d’après-midi une motion visant à faire témoigner ultérieurement M. Rousseau pendant une heure pour qu’il vienne s’expliquer.
Lundi, dans une allocution diffusée sur les réseaux sociaux de la compagnie, Michael Rousseau a confirmé le décès des deux employés. Il a également présenté ses condoléances aux familles et a assuré qu’Air Canada collaborera aux enquêtes menées par les autorités.
« Bonjour » au début du message et « merci » à la fin sont les deux seuls mots dans la langue de Molière qu’a prononcés le PDG de la compagnie aérienne assujettie à la Loi sur les langues officielles.
Cette allocution a été dénoncée à Ottawa par le gouvernement et les partis de l’opposition. Interrogé sur le caractère acceptable de la situation, le ministre fédéral des Transports, Steven MacKinnon, a répondu par la négative, ajoutant que « je m’attends à ce qu’ils (Air Canada) remplissent leurs obligations ».
« Air Canada, ils savent mieux que ça. Ils ont une responsabilité : communiquer avec l’ensemble de la population et leurs intervenants dans les deux langues officielles », a-t-il dit mardi avant une réunion du conseil des ministres au Parlement.
Son collègue, le ministre des Finances, François-Philippe Champagne, a exprimé le souhait que M. Rousseau « s’exprime plus souvent en français ».

Pas « les capacités » de s’exprimer en français, justifie Air Canada
Dans une déclaration, Air Canada soutient que son PDG, « malgré ses efforts, ses capacités à s’exprimer en français ne lui permettent pas de communiquer, comme il le souhaiterait, un message aussi délicat dans cette langue ».
« Dans les circonstances dramatiques de l’accident du vol AC8646, M. Rousseau a tenu à s’adresser en personne à nos clients, nos employés et ceux de Jazz, leurs familles et tous ceux qui étaient touchés de près ou de loin. Il a donc enregistré un message en priorité avant de partir pour le site de l’accident », a indiqué un porte-parole de la compagnie aérienne.
Est-ce que M. Rousseau devrait démissionner? À cette question, le député conservateur Joël Godin préfère ne pas s’avancer, il ajoute « je serais très mal à l’aise d’être à sa place aujourd’hui ».
« Il ne semble pas être affecté et démontre encore une fois qu’il se fout du français au Canada », a-t-il déploré quelques instants avant le début du comité.
« C’est presque de la provocation, s’est insurgé de son côté le député bloquiste Mario Beaulieu en comité mardi. C’est rire du monde, ça n’a pas de bon sens. On peut confronter M. Rousseau, mais c’est vraiment déplorable qu’on n’ait pas de moyens d’agir ».
Le député acadien Guillaume Deschênes-Thériault a aussi soutenu que le haut dirigeant de la compagnie aérienne « a manqué de sensibilité envers les francophones ».
« Dans des moments de crise ou des moments aussi importants que la tragédie que nous avons vécue, il est tout à fait inacceptable de s’exprimer uniquement en anglais », soutient-il.
Les députés ont également prévu une deuxième heure de séance pour entendre des experts. L’objectif est de trouver des moyens législatifs permettant au gouvernement d’intervenir concernant le sort du président d’Air Canada, indique le texte de la motion.
Près d’une centaine de plaintes
Le Commissariat aux langues officielles nous a indiqué avoir reçu, en date de mardi après-midi, 84 plaintes au sujet du message de condoléances, confirmant aussi qu’il allait analyser les plaintes pour déterminer si elles sont recevables.
Ce n’est pas la première fois qu’un discours seulement en anglais de Michael Rousseau attire l’attention. Celui de novembre 2021 devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, prononcé quasi exclusivement en anglais, avait attiré un nombre record de milliers de plaintes au Commissariat aux langues officielles du Canada.
Après ce discours, le président de la compagnie canadienne avait aussi provoqué l’indignation en affirmant qu’il avait pu vivre à Montréal pendant 14 ans sans parler français, un fait qu’il jugeait « tout à l’honneur de Montréal ».
Par la suite, ce dernier s’est engagé à apprendre le français, mais en octobre 2025, la compagnie soutenait que son plus haut dirigeant avait un français toujours « limité ».
Air Canada reçoit régulièrement des plaintes concernant son service en français et en anglais, la compagnie aérienne étant une abonnée constante des rapports annuels du commissaire aux langues officielles.