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« Attaquer les enseignants, c’est chercher la bataille »

Temps de lecture : 3 minutes

TORONTO – « Manque de direction », « enseignants démoralisés », « plus de questions que de réponses »… L’Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens (AEFO) réagit fermement, au lendemain de l’annonce du ministre de l’Éducation, Stephen Lecce. Les conseils scolaires évaluent quant à eux les possibilités de sécuriser, un peu plus, une rentrée encore nébuleuse sur bien des points.

« Que le ministre s’attarde à insulter les enseignants comme il l’a fait, hier lors de la conférence de presse, est inacceptable. Du haut de son podium, attaquer les enseignants, c’est chercher la bataille. Je peux vous dire que ce matin, ma boîte vocale était remplie de messages d’enseignants qui sont démoralisés, alors qu’on n’a même pas commencé l’année scolaire. »

Rémi Sabourin ne mâche pas ses mots au lendemain de l’annonce de Stephen Lecce. Le président de l’AEFO n’a pas apprécié les sous-entendus à l’endroit de ses membres et dénonce un plan qui manque de direction.

« Plus les parents et les enseignants parlent fort, plus le gouvernement change son fusil d’épaule », relève-t-il. « Ce sont des choses qui ne se produiraient pas si, dès le début, ces acteurs avaient été autour d’une table pour trouver des solutions. »

M. Sabourin reproche surtout au ministre Lecce son « manque de leadership » qui aurait fait perdre beaucoup de temps à la communauté scolaire pour se préparer à cette rentrée hors du commun.

Et de prendre en exemple l’idée d’une rentrée progressive, évoquée hier en fin de conférence de presse, en réponse à la question d’un journaliste.

« La rentrée progressive, les syndicats en parlent depuis le mois d’avril, car une ou deux journées pour préparer les lieux physiquement et les employés mentalement, ça ne sera pas suffisant. Pourquoi n’utilise-t-il pas son rôle de leader pour dire que c’est possible. Ça a toujours été ignoré. »

Ce vendredi, en conférence de presse, le ministre de l’Éducation a semblé ouvrir la porte à une discussion en cas de demande des conseils scolaires.

Grignoter les fonds de réserve : une bombe à retardement ?

Le gouvernement a annoncé, hier, le déblocage de 500 millions de dollars, en autorisant les conseils scolaires à utiliser leurs fonds de réserve pour garantir une rentrée scolaire sécuritaire, recruter du personnel et favoriser les mesures de distanciation.

« Tout argent est le bienvenu  », convient le leader syndical, néanmoins « ce n’est pas de l’argent qui provient du budget du gouvernement, mais des contribuables. Ça pourrait être un problème pour plus tard, car ces fonds auraient pu être utilisés pour autre chose. On espère que le gouvernement va penser à ça et ne pas remettre en cause des projets importants que les conseils scolaires pourraient avoir ».

Puiser dans les fonds de réserve signifie que l’argent dépensé maintenant pour les mesures anti-COVID-19 sera de l’argent en moins pour d’autres projets, d’autant que la plupart des conseils scolaires francophones ont vu leurs projets d’immobilisations 2019-2020 rejetés par le ministère et réfléchissent à financer eux-mêmes les chantiers vitaux pour l’éducation de langue française.

« J’aurais souhaité que le ministère de l’Éducation investisse ces sommes-là à même son budget », lâche Réjean Sirois, le directeur de l’éducation du Conseil des écoles catholiques du Centre-Est (CECCE). « Pourquoi l’argent vient-il des conseils scolaires quand il devrait venir du gouvernement ? »

De l’argent, mais pour embaucher qui ?

Yves Lévesque, directeur général de l’Association franco-ontarienne des conseils scolaires catholiques (AFOCSC) salue ce financement supplémentaire, mais « ça ne règle pas le fait qu’on est toujours en mode de pénurie de personnel », ajoute-t-il.

Selon lui, l’annonce de Stephen Lecce est une solution pour les conseils scolaires anglophones qui n’avaient pas l’argent pour recruter, mais pour les écoles francophones, « il n’y a pas plus de monde disponible ».

Il regrette que la formation ne soit pas plus accessible.

« Par exemple, on ne peut pas former des enseignants en français, à Toronto. Il faut qu’ils aillent à Ottawa. »

Il souligne, par ailleurs, que les conditions économiques jouent un large rôle dans le choix d’installation des enseignants.

« Or, les salaires ne sont pas modulés en fonction du lieu de travail. Que ce soit à Hearst ou à Toronto, le salaire ne tient pas compte de ça. On est toujours devant la même situation de pénurie en Ontario. »

Le directeur général de l’AFOCSC met aussi le doigt sur une autre variable inextricable : les locaux disponibles.

« Il n’y a plus d’écoles francophones qui ont des locaux additionnels. Quand on construit une nouvelle école ou qu’on nous donne une ancienne école, généralement, après un an ou deux, elle déborde déjà. Les locaux disponibles, c’est illusoire. Et même quand on y arrive, c’est une belle idée qui demande du personnel. Ces gens-là ne sont tout simplement pas là. »

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