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Budget 2020 : la francophonie de l’Ontario retient son souffle

Temps de lecture : 4 minutes

TORONTO – À moins de 24 heures du dépôt du budget de l’Ontario, les leaders francophones espèrent voir se réaliser plusieurs avancées mais restent sur leur garde. En situation de crise, les besoins de la minorité sont rarement en haut de la pile. Relance économique, éducation sécuritaire, système de santé et vitalité communautaire sont dans le viseur.

Le président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), Carol Jolin, annonce la couleur : « La priorité, c’est la survie des organismes sans but lucratif ».

Dans la lignée de ses actions de lobbying menées ces derniers mois auprès des députés provinciaux, il exhorte une ultime fois le gouvernement à poser les gestes qui sauveront des dizaines d’organisations menacées de fermeture.

« On risque de perdre 11 % d’entre elles d’ici Noël si on ne fait rien sur le plan des finances. On a besoin d’aide. »

Carol Jolin, président de l’AFO. Archives ONFR+

Le président réclame 12,5 millions dollars d’aide directe.

« On espère quelque chose dans le budget de demain. Si on commence à perdre ces organisations qui sont, particulièrement en milieu rural, le milieu de vie en français aux côtés de l’école, c’est courir le risque de fragiliser la francophonie et ouvrir la voie à l’assimilation. »

Relance économique : pas « sans nous »

Mettre l’accent sur le développement économique sera indispensable dans ce budget, selon Hosni Zaouali, le président du Conseil de la coopération de l’Ontario.

« L’entrepreunariat francophone peut bénéficier à tous les Ontariens grâce aux ponts établis avec l’Europe et l’Afrique, surtout aux anglophones qui n’ont aucune idée que ça existe. »

Hosni Zaouali, chef d’entreprise et président du CCO. Capture YouTuble

Se priver de tels marchés, alors que la province traverse une crise majeure et cherche à relancer ses industries, serait inconcevable à ses yeux.

« La crise est une opportunité pour les francophones de se repositionner dans une économie sociale et saine, mais aussi pour les anglophones d’avoir accès à une plateforme (mondiale) qui représentera plus de 850 millions d’habitants d’ici 2050. »

L’homme d’affaires torontois revendique « une place privilégiée » pour la francophonie économique dans ce budget, capable de jouer un rôle dans la relance ontarienne. « Sans nous, l’Ontario anglophone est condamné à faire du business avec les États-Unis et on a vu à quel point c’est fragile et qu’il est important de se diversifier. »

Le président de la Société économique de l’Ontario, Denis Laframboise, renchérit : « On veut la parité avec les anglophones. On veut voir davantage de stimulus pour les entreprises francophones et que ce soit constant ».

Éducation et aînés : « l’opportunité d’investir davantage »

D’après l’Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens (AEFO), ce budget est l’opportunité d’investir davantage dans la sécurité des élèves et des travailleurs en éducation dans les écoles, particulièrement dans les régions d’Ottawa, Toronto, Peel et York.

« Nous nous attendons aussi à ce que le gouvernement réserve des fonds pour mettre en œuvre les recommandations du Groupe de travail sur la pénurie du personnel enseignant de langue française en Ontario, lorsque celles-ci seront déposées », prévient la présidente Anne Vinet-Roy. Elle espère enfin que « le budget s’attaquera à l’amélioration des services de soins de santé mentale pour les jeunes ».

Anne Vinet-Roy, présidente de l’AEFO. Archives ONFR+

« On continue à revendiquer un investissement dans les services en français au niveau résidentiel », rappelle pour sa part Gilles Fontaine. Le directeur général de la Fédération des aînés et des retraités francophones de l’Ontario (FARFO) déplore la faiblesse en investissement dans les soins de longue durée au Canada et voudrait que l’Ontario profite de ce budget pour rattraper son retard par rapport aux autres pays.

Il espère voir apparaître, dans le document budgétaire, plusieurs projets d’aile francophone de foyers de soins de longue durée. C’est aussi, dit-il, « le temps de voir ce qu’on peut faire pour appuyer les municipalités pour qu’elles puissent offrir des services en français aux aînés et rompre leur isolement dans chacune des régions ».

Santé, justice, immigration : maintenant ou jamais, selon l’opposition

Dans un échange de courriels avec ONFR+, le ministère des Affaires francophones se fait avare de détails dans l’ensemble de ces dossiers mais garantit que « les besoins des francophones ont été pris en compte dans ce budget ».

Depuis le début de la crise sanitaire, l’approche du gouvernement dans la santé, l’éducation et l’économie a été une approche globale avec des bénéfices indirects escomptés sur la francophonie, couplée parfois à des subventions ciblées à l’image du Programme d’appui à la francophonie ontarienne (PAFO). Les précédents énoncés économiques n’ont guère fait de soubresauts depuis le couperet de novembre 2018.

Le porte-parole de l’opposition néo-démocrate aux Affaires francophones, Guy Bourgouin, qui compare le jeudi noir à « des bons coups de pied dans le corps », ne s’attend à aucune révolution budgétaire demain, mais il ne désespère pas de voir le gouvernement adopter une « loupe francophone » dans toutes ses prévisions financières, que ce soit en éducation, santé, immigration ou justice.

Guy Bourgouin, porte-parole de l’opposition aux Affaires francophones. Archives OFNR+

« On ne peut pas faire face à une pénurie d’enseignants avec des peanuts. Ça nous prend des investissements. On ne réglera pas le problème avec des salons d’emploi. Dans les soins de longue durée, c’est la même chose. On ne peut pas attendre », poursuit le député néo-démocrate de Mushkegowuk-Baie James, prenant pour exemple les files d’attente pour accéder à un lit médicalisé dans le Nord.

Enfin, « le gouvernement doit arrêter de surfer la vague fédérale et prendre position sur l’immigration francophone en Ontario », clame-t-il. « On a besoin de monde pour remplacer la main d’œuvre et remplir nos écoles. »

Le député demande un doublement du PAFO, ainsi qu’un soutien urgent aux petites entreprises et aux organismes et franco-ontariens, égratignant au passage l’action de la ministre Mulroney. « Elle est là pour défendre les droits des francophones. C’est son devoir. On entend parler du ministère des Transports mais les Affaires francophones, c’est silencieux. »

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