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Compagnons des francs loisirs à North Bay: un édifice en péril

Norman St-Amour, directeur régional de la Caisse populaire Alliance, dans la salle Castor des Compagnons des francs loisirs de North Bay. Crédit image: Didier Pilon

NORTH BAY­­– Le jeudi 12 avril, le conseil d’administration des Compagnons des francs loisirs ­­– l’organisme culturel francophone de North Bay – consultait les membres de la communauté francophone quant au futur de leur édifice. Selon leur analyse financière, le centre de l’organisme n’est plus rentable. La décision inquiète les divers organismes francophones de la région qui utilisent l’édifice comme lieu de rassemblement.

DIDIER PILON
dpilon@tfo.org | @DidierPilonONFR

Depuis que l’ACFO de Nipissing-Ouest a fermé ses portes en 2006, les Compagnons des francs loisirs sont devenus le point de ralliement des 7 500 francophones de North Bay.

«Le Centre des Compagnons, en plus d’être un lieu de rassemblement, c’est vraiment le noyau de la communauté», a expliqué Norman St-Amour, directeur régional de la Caisse populaire Alliance, présent lors de la consultation. «C’est eux qui organisent les soirées, les spectacles, les carnavals. C’est par les francophones, pour les francophones et les francophiles. On ne peut pas non plus négliger l’importance de l’organisme pour les nouveaux arrivants francophones. C’est un pied à terre pour tous les gens qui veulent vivre en français à North Bay.»

La décision se voit particulièrement difficile puisqu’elle risque d’avoir un impact important sur les autres organismes communautaires francophones de la région.

«En faisant cette recherche, on a remarqué que nous, Les Compagnons, nous ne nous servons pas beaucoup de l’édifice», a avoué Michel Pagé, président des Compagnons. L’an dernier, des 383 réservations de la salle Castor – un vaste hall doté d’un bar pouvant accueillir 180 personnes – seulement 20 étaient pour des événements des Compagnons. Les organismes francophones de la région ont quant à eux réservé les pièces de l’édifice 72 fois.

«On ne veut pas brusquer la communauté ou mettre des gens à la porte», a confié M. Pagé. «On veut vraiment entamer un dialogue avec les gens pour trouver des solutions.»

Le président pense particulièrement au club Les bons amis. Fondés de pair avec Les Compagnons en 1965, Les bons amis desservent les aînés francophones de la région. Puisqu’ils résident dans le sous-sol de l’édifice depuis plus de 50 ans, cette décision les affectera grandement.

«Ils louent la pièce des Compagnons», a affirmé M. Pagé, «mais c’est plus un partenariat qu’une relation propriétaire-locataire.»

Lors de la présentation, des membres du club Les bons amis étaient réunis au sous-sol du 327, avenue Dudley, pour jouer aux cartes. Crédit photo : Didier Pilon

Un déficit annuel de 20 000 $

Selon l’analyse financière des quatre dernières années, l’édifice qui rapporte près de 90 000 $ par année en coûterait environs 110 00 $ à maintenir, soit un déficit annuel de près de 20 000 $. À ce déficit se rajoute aussi les dépenses en ressources humaines et les rénovations prévues pour les prochaines années. Si les Compagnons choisissent de demeurer au 327, avenue Dudley, il leur faudra refaire la toiture et le stationnement.

«On a regardé le fardeau de l’édifice sur notre employée, Lou Gagné», a expliqué M. Pagé. «Selon ce que nous avons remarqué, elle passerait plus de 50 % de son temps à gérer l’édifice. On préférerait certainement que ce temps-là soit passé à faire de la programmation, des demandes de subvention ou à songer à la vision de l’organisme.»

Michel Pagé, président des Compagnons des francs loisirs. Crédit photo : Didier Pilon

Le président note cependant que les données financières ne sont pas les seules préoccupations.

«Le quartier n’est pas visible, l’acoustique est horrible, la pièce est trop petite pour les gros spectacles, mais trop grosse pour accueillir les artistes de la région… Si nous avions à bâtir un édifice aujourd’hui, bien des choses seraient différentes.»

 

Quatre recommandations se font concurrence

Quatre membres de la communauté ont présenté des idées distinctes et incompatibles.

Des représentants du Conseil d’administration du club Les bons amis ont plaidé pour que les Compagnons maintiennent l’édifice en identifiant des subventions gouvernementales qui pourraient venir combler le déficit.

«C’est de la bonne recherche», a avoué Nicole Fournier, vice-présidente des Compagnons, «mais c’est quelque chose que nous avons déjà considérée. Le problème, c’est que c’est des subventions ponctuelles pour des rénovations. Même si ça couvre la toiture et le stationnement, ça ne règle pas notre problème de fonctionnement. C’est bien, mais on se retrouvera où dans cinq ans?»

Alors que Jules-Pierre Fournier, membre de la communauté francophone, proposait d’autres lieux qui pourraient mieux combler les besoins des Compagnons, le Club Richelieu a remis en cause l’idée même d’avoir un lieu physique.  «Les Richelieu existent à North Bay depuis longue date et n’ont d’ailleurs pas de lieu physique», a acquiescé M. Pagé. Il note toutefois que le Club Richelieu fait partie des organismes qui utilisent fréquemment l’édifice des Compagnons.

Finalement, Norman St-Amour a assuré que la Caisse populaire Alliance, un des bailleurs de fonds principal de l’organisme culturel, soutiendra les Compagnons à travers le processus.

«Nous ne voulons pas influencer la décision du Conseil», a affirmé M. St-Amour. «Je suis ici pour leur dire que peu importe la décision qu’ils prennent, ils peuvent compter sur l’appui et le soutien financier de la Caisse populaire Alliance pour les cinq prochaines années. Nous voulons qu’ils puissent prendre leur décision en connaissance de cause.»

Suite aux présentations, le Conseil d’administration des Compagnons des francs loisirs discutera des propositions. La communauté peut s’attendre à une décision dans les prochaines semaines.

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Didier Pilon
dpilon@tfo.org

Originaire de Rockland, Didier Pilon baigne depuis longtemps dans la vie culturelle et communautaire de l’Ontario français. Il est diplômé d’une maîtrise en philosophie politique de l’Université d’Ottawa, où il s’est initié au journalisme au journal indépendant La Rotonde. Il a aussi collaboré avec de nombreux journaux et blogues culturels avant de se joindre à l'équipe d'#ONfr en 2017 pour poursuivre sa passion, l’actualité politique.