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COVID-19 : Internet moins accessible que jamais en région rurale

Temps de lecture : 3 minutes

En temps de confinement social, les Ontariens comptent de plus en plus sur Internet pour vivre leur quotidien. Cette nouvelle réalité présente cependant des défis particuliers dans les régions rurales où l’accès peut être limité.

« L’accès à Internet à haut débit et son coût sont depuis longtemps un sujet de litige dans les régions rurales de l’Ontario », note le porte-parole néo-démocrate en Développement rural, John Vanthof. « Avec la pandémie de COVID-19, ce qui n’était auparavant qu’une réalité désagréable est devenu un déterminant de la qualité de vie des résidents ruraux. »

Dans la circonscription du député néo-démocrate, à Thorne, Claudie Morin a longtemps choisi d’élever ses enfants de six et huit ans sans Internet à la maison. Son choix était en partie motivé par des valeurs personnelles et, en partie, par des contraintes économiques.

Maintenant que ses enfants doivent poursuivre leur éducation en ligne, elle s’est vu forcée de s’adapter.

« Je paye désormais 130 $ par mois juste pour que mes enfants puissent faire les cours à distance », raconte-t-elle. « Il n’y a qu’un fournisseur dans la région. Non seulement, c’est cher, la connexion n’est pas vite-vite. Habituellement, on atteint une vitesse entre 1 et 2 Mbp/s. »

Pour suivre leurs cours à distance, ses enfants ont reçu des tablettes du conseil scolaire. Toutefois, elle souligne que bien des exercices présupposent l’accès à d’autres technologies, comme une imprimante. 

Une initiative créative à Dubreuilville

Les failles dans la couverture Internet haute vitesse dans certains secteurs de la province ont donné des maux de tête à Marc Gauthier, directeur de l’éducation du Conseil scolaire public du Grand Nord de l’Ontario (CSPGNO). Dubreuilville, une communauté de 600 personnes, est l’une de ces municipalités où Internet n’est pas assez fiable pour permettre de suivre des cours en ligne.

« On a développé une stratégie où l’on mise sur les cellulaires comme borne Wifi. On distribue donc des cellulaires à ceux qui en ont besoin parmi les 23 élèves de notre école secondaire », explique-t-il.

Mais ça ne veut pas dire que les élèves n’ont pas eu des travaux à faire au cours des deux dernières semaines. Pour leur amener leurs devoirs, il a été décidé de miser sur les autobus scolaires.

« Les compagnies d’autobus livrent à domicile. Plutôt qu’aller chercher les jeunes, là, elles transportent les choses, notamment des documents ou du matériel scolaire », révèle-t-il.

La petite communauté doit profiter d’une connexion Internet par fibre optique en 2021, mais en attendant, il faut être débrouillard, affirme M. Gauthier. Et attention, l’accès à Internet n’a pas nécessairement à voir avec la géographie, insiste le directeur de l’éducation.

« Les familles défavorisées sont aussi une priorité pour nous. Dubreuilville, c’est particulier, mais tu peux aussi être en plein centre-ville de Sudbury et ne pas l’avoir. On doit aider tout le monde », lâche M. Gauthier.

Un problème répandu

Il ne faut pas nécessairement s’éloigner très loin des grands centres pour voir le prix d’Internet augmenter et la vitesse ralentir, explique Sean Rosairo, un analyste économique à l’Institut des politiques du Nord.

« Il y a des régions à Chelmsford, dans le Grand Sudbury, où Internet est à peine plus performant que si l’on partage la connexion de notre téléphone cellulaire », raconte-t-il.

Les hexagones verts indiquent des zones habitées qui n’ont pas accès à Internet haut débit. Gracieuseté : CRTC

Selon les standards du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC), une vitesse de téléchargement de 50 Mbp/s serait nécessaire pour pleinement participer à l’économie.

« Avec une connexion plus lente, on peut certes vérifier ses courriels et naviguer le web, mais dès que l’on doit participer à des conférences vidéo, collaborer à des documents en ligne et transférer des fichiers plus lourds que des images, la connexion ne le permet plus », explique M. Rosairo.

Ces problèmes de vitesse sont d’autant plus exacerbés par la situation actuelle, explique la conseillère municipale de La Nation dans l’Est ontarien, Marie-Noëlle Lanthier.

« Que ça soit pour le télétravail ou pour l’éducation des enfants, les gens utilisent plus Internet », note-t-elle. « Ça ralentit le service, on s’en aperçoit. »

Selon la conseillère, il faut changer notre manière de concevoir l’accès à Internet.

« Internet est devenu un service essentiel, tout comme l’électricité », affirme-t-elle.

« Mais pour l’électricité, on n’accepterait jamais d’aussi grandes disparités entre les régions rurales et urbaines. Mais avec Internet, ça demeure des compagnies privées et on ne peut pas les obliger à offrir des services plus équitables. »

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