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Des investissements en santé et en éducation dans le budget

Le budget 2018 de l’Ontario a été dévoilé le 28 mars à Toronto. Crédit image : Maxime Delaquis

TORONTO – Le gouvernement de l’Ontario dépose un dernier budget avant les élections. Comme prévu, le ministre des Finances, Charles Sousa, annonce d’importantes dépenses en santé et en éducation, dont un nouveau programme d’assurance médicaments et dentaire au coût de 800 millions de dollars sur deux ans. Toutes ces nouvelles dépenses font en sorte que l’équilibre budgétaire ne sera pas de retour en Ontario avant 2024.

JEAN-FRANÇOIS MORISSETTE
jmorissette@tfo.org | @JFMorissette72

Le nouveau programme pour les médicaments sur ordonnance et les soins dentaires prévoit notamment le remboursement de 80 % du coût des médicaments admissibles jusqu’à concurrence d’un montant annuel de 400 $ pour les personnes seules, de 600 $ pour les couples et de 700 $ pour une famille de quatre personnes avec deux enfants. Cette mesure devrait coûter 800 millions de dollars sur deux ans.

Les aînés toucheront une bonne partie de ce dernier budget avant le scrutin du 7 juin. Dans cette optique, le gouvernement annonce la mise en place d’un nouveau programme, nommé «Bien chez soi pour les aînés».

Cette mesure vise à octroyer une aide financière allant jusqu’à 750 $ par année aux ménages dont un membre est âgé de 75 ans et plus pour les aider à rester à la maison et à compenser les frais d’entretien de leur foyer.

Par ailleurs, le gouvernement de Kathleen Wynne s’engage à créer 30 000 nouveaux lits de soins de longue durée au cours des 10 prochaines années, dont 5 000 nouveaux lits, d’ici 2022.

Ces mesures résulteront à une augmentation de 5 % du budget octroyé au ministère de la Santé, le portant à 61 milliards de dollars.

 

Abandon de l’équilibre budgétaire

Toutes ces dépenses entraîneront des déficits de 6,7 milliards de dollars en 2018-2019. Un retour à l’équilibre budgétaire est toutefois prévu par le gouvernement pour 2024-2025.

Sébastien Lavoie, économiste en chef de la Banque Laurentienne, ne croit pas que ce plan soit «réaliste».

Selon lui, il existe trop d’incertitudes dans les prochaines années pour assurer un retour à l’équilibre budgétaire dans les délais prévus par le gouvernement.

À la fin de cet exercice financier, la dette de la province se chiffrera à 325 milliards de dollars. Le ratio dette versus PIB s’établira à 37 %, un pourcentage jugé «raisonnable», selon l’économiste.

Face au déficit, le ministre des Finances, Charles Sousa, concède que l’Ontario doit faire face des nouveaux défis, dont le protectionnisme des États-Unis.

Pour lui, il est clair que le gouvernement a fait un choix délibéré pour mieux supporter les familles et les aînés, deux groupes qui sortent gagnant de cet exercice financier.

«Nous nous concentrons sur les familles, les étudiants et les aînés en diversifiant l’économie», a-t-il lancé.

À plusieurs reprises dans son discours, le ministre Sousa a martelé qu’il avait fait un choix.


«Nous offrons plus de supports pour ceux qui en ont besoin, plus de supports en santé mentale, en soins dentaires et pour les jeunes familles» – Charles Sousa


Le ministre des Finances ne s’est pas formalisé d’avoir brisé sa promesse de maintenir l’équilibre budgétaire, martelant que plusieurs de ces mesures sont faites dans l’optique de faire croître l’économie et qu’elles vont au-delà d’un cycle électoral.

 

L’éducation n’est pas oubliée

Le gouvernement change sa formule du calcul afin de permettre à plus d’étudiants collégiaux et universitaires provenant de familles à faible revenu d’avoir accès à la gratuité des frais de scolarité. Cette modification n’a cependant pas été chiffrée par le ministère des Finances.

Le ministre des Finances Charles Sousa lors du dévoilement du budget 2018 le 28 mars à Toronto. Crédit image: Maxime Delaquis

La première ministre Wynne choisit aussi de mettre sur pied un fond de 132 millions de dollars sur trois ans afin de développer des programmes d’études post-secondaires mieux adaptés aux réalités du marché du travail.

Dans la même optique, le gouvernement s’engage à fournir un nouveau financement de 935 millions de dollars sur trois ans pour soutenir les entreprises, les étudiants et les diplômés pour créer plus de débouchés à la fin de la scolarité.

Avec ces nouvelles dépenses, le budget du ministère de l’Éducation passera à 28,2 milliards, en hausse de près de 1 milliard dans la prochaine année. Le budget du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Formation professionnelle passe quant à lui à 11,7 milliards dollars.

 

Sans grande surprise

Plusieurs points avaient toutefois déjà été annoncés par la première ministre Wynne au cours des deux dernières semaines. C’est le cas notamment du programme de 2,2 milliards de dollars afin d’offrir gratuitement le service de garde pour les enfants qui ont entre deux ans et demi et l’âge à la maternelle, la veille du dépôt du budget.

Le gouvernement réitère aussi son engagement d’augmenter le financement pour les services en santé mentale, portant à 17 milliards de dollars les fonds disponibles dans le secteur.

Le gouvernement s’engage à augmenter le budget des hôpitaux de plus de 4 % au lieu du 3,3 % déjà prévu l’an dernier. Cette mesure devrait se chiffrer à 822 millions de dollars pour le prochain exercice financier. Par ailleurs, le gouvernement prévoit investir environ 19 milliards de dollars sur 10 ans pour construire et rénover des hôpitaux, dont 2,4 milliards de dollars pour l’hôpital SickKids de Toronto et jusqu’à 1,8 milliard de dollars pour le projet de réaménagement du Campus Civic de l’Hôpital d’Ottawa.

Tel qu’annoncé en grande pompe par le gouvernement Wynne la semaine dernière, le programme d’assurance médicaments sera étendu aux aînés de 65 ans et plus, à partir de l’automne 2019, ce qui coûtera 1 milliard de dollars sur deux ans.

 

Quelques mesures en bref :

  • Accorder 85 millions de dollars de plus sur trois ans pour soutenir la création d’emplois et l’innovation dans le nord de la province
  • L’Ontario investira 1,8 milliard de dollars pour consolider les services offerts aux adultes ayant une déficience intellectuelle.
  • 500 millions de dollars de plus octroyés au cours de la prochaine décennie pour le nouveau Fonds pour la nouvelle économie pour que les entreprises restent compétitives.
  • Afin d’aider les entreprises à compenser la hausse du salaire minimum à 15 $ de l’heure, le gouvernement maintient sa réduction de 22 % du taux de l’impôt sur le revenu des petites entreprises. Cette mesure est en vigueur depuis le 1er janvier 2018.
  • Les hôpitaux dont le stationnement coûte plus de 10 $ par jour devront offrir des laissez-passer réduisant d’au moins 50 % le tarif quotidien maximal pour les visiteurs fréquents.
  • 7 millions de dollars sont octroyés pour la construction de sept sites d’injections supervisés Toronto et à Ottawa afin de lutter contre les opioïdes.
  • En ce qui a trait au cannabis, le gouvernement prévoit que la taxe d’accise fédérale sur la vente du cannabis devrait rapporter 35 millions de dollars. Mais l’implantation du système de magasin devrait coûter aux contribuables 40 millions de dollars. Par contre, dès 2019-2020, l’Ontario estime 115 millions de dollars.

 


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Jean-François Morissette
Jean-François Morissette
jmorissette@tfo.org @jfmorissette72

Jean-François Morissette est un diplômé des programmes de sciences politiques et de journalisme de l’Université Laval, à Québec. Il a évolué au sein de plusieurs médias, dont le journal provincial L’Étoile, qui couvre les dossiers de la communauté francophone du Nouveau-Brunswick. Il a aussi collaboré avec Le Journal de Québec et la Quête. Il couvre le parlement ontarien pour #ONfr.