Passer au contenu Passer au pied de page

Duel franco-ontarien dans Nickel Belt

Temps de lecture : 6 minutes

Les élections fédérales dans Nickel Belt s’annoncent particulièrement déchirantes pour les Franco-Ontariens qui devront notamment choisir entre deux favoris bien connus de la communauté, le député libéral sortant Marc Serré et l’artiste Stef Paquette.

LE CONTEXTE

Dans la circonscription de Nickel Belt qui regroupe une partie de Sudbury, les municipalités de Rivière des Français, de St-Charles et de Nipissing, l’alternance entre le Nouveau Parti démocratique (NPD) et le Parti libéral du Canada (PLC) est de mise depuis 1953.

En 2015, le député néo-démocrate Claude Gravelle n’avait pas résisté à la vague rouge, devancé de quelque 2 500 voix par l’ancien conseiller scolaire pour le Conseil scolaire catholique du Nouvel-Ontario et ancien élu municipal de Nipissing Ouest, Marc Serré. Quatre ans plus tard, ce dernier assure ne rien avoir perdu de son enthousiasme.

« J’adore mon travail et je veux continuer à travailler avec la communauté, les municipalités et les organismes », explique-t-il, insistant sur les résultats obtenus, notamment de l’argent fédéral pour les aînés ou pour brancher St.-Charles et Muskie Bay au réseau national de fibre optique.

« J’ai été très actif pendant quatre ans, j’ai visité tous les coins de notre très grand comté et travaillé avec les municipalités pour plusieurs projets d’infrastructure. »

Source: Élections Canada

Le candidat libéral devra toutefois faire face à un adversaire de taille. L’artiste franco-ontarien Stef Paquette a décidé de faire le saut en politique pour le NPD.

« Ce n’est pas une décision que j’ai prise à la légère. Mais après avoir critiqué de l’extérieur, je veux agir et faire une différence en m’engageant pour le Nord de l’Ontario où j’ai grandi. Je n’ai pas peur de dire que je n’ai pas toutes les réponses, mais mes intentions sont bonnes et quand je vois le travail de France Gélinas [députée provinciale néo-démocrate de Nickel Belt] et son intégrité, ça m’inspire. Elle est ma mentore politique », explique M. Paquette.

La division des votes entre ces deux formations pourrait profiter aux autres candidats, à commencer par la conservatrice Aino Laamanen, défaite en 2015.

« Je pense que nous voulons tous la même chose pour le Canada, mais avons différentes façons de l’atteindre. Les conservateurs, nous voulons un gouvernement plus petit, qui fait attention aux dépenses, diminue les taxes, respecte les lois et fait preuve d’intégrité », dit-elle.

La candidate du Parti vert du Canada, Casey Lalonde, n’en est pas non plus à sa première campagne. En 2014 et 2018, elle a tenté de se faire élire pour les verts au niveau provincial.

« Je suis inquiète pour mon futur et pour celui du monde entier », explique-t-elle. « Les politiques actuelles ne me conviennent pas. Il faut agir vite sur le climat et nous avons un plan pour ça. Je sais que beaucoup de gens hésitent à aller voter, car ils pensent que ça ne fait aucune différence, je pense qu’ils doivent essayer autre chose et écouter ce que nous avons à offrir. »

De son côté, le Parti populaire du Canada (PPC) sera représenté par Mikko Paavola.

ENJEUX

Le député sortant, Marc Serré veut poursuivre le travail effectué. Et notamment dans les domaines des aînés, de la création d’emploi, de l’accès à l’internet haute vitesse et au logement abordable, tout en s’assurant que ni les petites municipalités, ni les zones rurales, ni les Premières Nations ne soient oubliées.

« Les coupures que font des gouvernements conservateurs comme celui de Doug Ford, en Ontario, en ce moment, font encore plus mal dans des régions rurales comme les nôtres où on manque de ressources. C’est parfois frustrant de voir que seules les grandes villes sont considérées », dit-il.

Face à lui, M. Paquette juge que le Nord n’est pas assez bien représenté à Ottawa.

« C’est une très grande circonscription, donc c’est difficile », reconnaît-il. « Mais je pense qu’il faut un député à l’écoute. »

Pour le candidat néo-démocrate, les libéraux n’ont pas livré la marchandise, que ce soit sur la réforme électorale, en matière d’accès au logement et aussi de développement d’internet dans le Nord.

« Dans une circonscription comme la nôtre, l’accès à internet est essentiel pour éviter l’isolement et accéder aux services. Il y a un double problème : on paie plus cher pour moins de service », dénonce-t-il.

La candidate conservatrice, Ainoa Laamanen, surprend pour sa part. Outre la responsabilité fiscale, l’aide au développement des petites et moyennes entreprises et une saine gestion des dépenses publiques, thèmes chers à son parti, elle insiste sur la question environnementale et le développement de l’agriculture locale et du recyclage.

« Mais je ne pense pas que la taxe sur le carbone soit une bonne chose pour diminuer la pollution », clarifie-t-elle. « Dans le Nord, nous avons besoin de notre voiture et ça a donc un impact sur les contribuables. Je suis plus favorable à trouver des incitatifs. »

Cette dépendance à la voiture, Mme Lalonde, chez les verts, voudrait l’atténuer en appuyant le transport en commun. Outre cette priorité, elle cite également le développement de services en santé, notamment en santé mentale, et l’accès à des services de qualité pour les communautés autochtones. Et bien qu’écologiste, elle tend la main à l’industrie minière.

« On est réaliste, on sait qu’on a besoin de minerais et qu’il faut bien le prendre quelque part. On veut travailler avec eux pour développer une approche durable. »

La francophonie vue par les candidats

En matière de francophonie, le candidat libéral cite une nouvelle fois l’aide aux aînés, notamment pour du logement spécifique et des programmes intergénérationnels.

« À l’international, je veux continuer à travailler pour accueillir plus d’immigration francophone », dit M. Serré qui rappelle que Sudbury a été choisie en tant que communauté francophone accueillante.

Son adversaire néo-démocrate veut s’assurer que les services soient offerts dans les deux langues officielles, en prêchant par l’exemple, pendant sa campagne, en offrant tout son matériel dans les deux langues officielles et de qualité égale.

« À Ottawa aussi, je vais vouloir donner l’exemple en n’ayant pas peur d’agir et de parler en français. J’ai dédié une grande partie de ma vie à la communauté franco-ontarienne et ça ne changera pas ! Je suis fier de représenter un parti dont le chef, un francophile, s’est adressé au congrès de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario. »

Ni la candidate conservatrice ni la candidate verte ne parlent le français. Dans une circonscription aussi francophone que Nickel Belt, cela pourrait constituer un frein vers la victoire le 21 octobre prochain.

« Je ne pense pas que ce soit un handicap, car beaucoup de personnes autour de moi parlent le français. J’ai appris l’anglais à dix ans, je pense que je peux apprendre le français », juge toutefois Mme Laamanen.

Son adversaire du Part vert, Casey Lalonde, assure connaître les priorités franco-ontariennes.

« Je pense qu’un des grands enjeux est l’éducation, notamment postsecondaire. C’est une compétence provinciale, mais le fédéral y contribue et on doit investir là-dedans, puisque nous sommes un pays bilingue. »

LES PRINCIPAUX CANDIDATS

 Marc Serré, Parti libéral du Canada

 Aino Laamanen, Parti conservateur du Canada

 Stef Paquette, Nouveau Parti démocratique

 Casey Lalonde, Parti vert du Canada

Mikko Paavola*, Parti populaire du Canada


LA CIRCONSCRIPTION EN BREF 

Nom : Nickel Belt

Population (2016) : 93 772

Électeurs inscrits : 73 466

Revenu médian des ménages : 79 777 $

Proportion de francophones (selon la première langue officielle parlée, déclarée au recensement de 2016) : 38,7 %

Député sortant : Marc Serré, Parti libéral du Canada, depuis 2015

* Le candidat du Parti populaire du Canada n’a pas répondu à nos demandes d’entrevue avant de publier cet article.

Vous aimez ? Faites-le nous savoir !
1+