Français à la Défense : le ministre McGuinty convoqué en comité parlementaire
OTTAWA — Le ministre de la Défense, David McGuinty, sera convoqué en comité parlementaire pour expliquer la décision de son ministère de modifier la langue de travail dans plus de 350 unités, réduisant ainsi la possibilité d’utiliser le français au profit de l’anglais.
Le Comité permanent de la défense nationale a convenu, lundi, d’inviter David McGuinty à venir justifier cette décision, qu’il a lui-même mise sous examen au cours de l’été. Selon le député bloquiste Xavier Barsalou-Duval, la demande présentée par le Bloc Québécois a fait l’objet d’un consensus lors de cette réunion tenue à huis clos. Une motion officielle en ce sens doit être votée ce jeudi au cours d’une séance publique.
« Ça fait des années qu’on dit partout qu’il faut faire plus de place au français dans l’appareil fédéral — et particulièrement à la Défense, où c’est un problème récurrent —, et on voit sortir une directive qui va dans le sens complètement opposé », déplore M. Barsalou-Duval.
Au total, près de 350 unités ont changé de statut linguistique — principalement en passant d’une désignation bilingue à unilingue anglophone —, selon des données de la Défense nationale et des Forces armées canadiennes. Quelques jours après que ces changements ont été révélés dans les médias, le ministre McGuinty a ordonné « l’examen et la révision » des désignations de la langue de travail au sein des Forces armées canadiennes.
- Du statut bilingue au statut unilingue : 174 unités sont passées d’un statut bilingue à unilingue anglophone et 29 d’un statut bilingue à unilingue francophone, pour un total de 203.
- Du statut unilingue au statut bilingue : 67 unités sont passées d’un statut unilingue anglophone à bilingue et 78 d’un statut unilingue francophone à bilingue, pour un total de 145.
(Source : Données du ministère de la Défense nationale en date du 19 août dernier)
Le membre du cabinet de Mark Carney avait alors justifié cet examen en expliquant que « des préoccupations ont été soulevées » et qu’il les prenait « au sérieux ». Les partis d’opposition au Parlement, la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada et le syndicat représentant les employés du ministère de la Défense avaient tous exprimé de vives inquiétudes concernant cette directive.
« Le but de faire venir le ministre en comité, c’est de s’assurer que l’annonce qu’il a faite cet été concernant la révision de la directive n’est pas juste de la frime pour faire baisser la température le temps qu’on passe à autre chose », avance Xavier Barsalou-Duval, qui estime que la directive aurait dû être annulée ou suspendue.
Afin de s’harmoniser avec les régions désignées bilingues par le Conseil du Trésor à l’échelle nationale, la nouvelle politique linguistique redéfinit la langue de travail au sein des unités de la Défense. Désormais, c’est principalement l’emplacement géographique de l’unité ou de l’organisation qui détermine sa langue de travail. Bien que la majorité des unités touchées se situent dans l’Ouest canadien, dans les Maritimes et dans certaines zones de l’Ontario, des unités installées au Québec sont aussi concernées par cette mesure.
La Défense nationale soutenait que l’ancienne approche générait « plusieurs défis » et que les modifications faisaient suite à des plaintes jugées fondées par le Commissariat aux langues officielles.
Déposée à la Chambre des communes et parrainée par le député conservateur Pierre Paul-Hus, une pétition dénonçant cette mesure a recueilli 3451 signatures — un nombre particulièrement élevé pour une initiative parlementaire.
Le ministre de la Défense devrait comparaître devant le comité au cours des prochaines semaines.