Français : Ottawa ordonne une révision de la politique sur la langue de travail à la Défense
OTTAWA — Le ministre de la Défense nationale, David McGuinty, a annoncé jeudi avoir ordonné « l’examen et la révision » des désignations de la langue de travail au sein des unités des Forces armées canadiennes, qui réduisaient la possibilité d’employer le français au profit de l’anglais.
La semaine dernière, il a été révélé que plus d’une centaine de bureaux au pays passeraient du statut d’unités bilingues à unilingues anglophones en raison d’une directive restreignant l’utilisation du français au sein du ministère. Cette mesure sur la langue de travail touche autant la fonction publique civile que les membres des Forces armées canadiennes (FAC).
Soulignant que « des préoccupations ont été soulevées » récemment concernant cette directive et affirmant les prendre « au sérieux », David McGuinty a ordonné une révision complète de la désignation de la langue de travail dans les unités.
« Cette révision portera sur la manière dont les exigences par rapport à la langue de travail ont été appliquées et sur la capacité de l’approche actuelle à répondre aux besoins opérationnels et à respecter les droits linguistiques de l’Équipe de la Défense, incluant les FAC », a indiqué le ministre de la Défense dans une déclaration transmise jeudi.
Au total, près de 180 unités du ministère de la Défense ont été touchées par ces changements linguistiques, principalement au détriment du français. La désignation de l’anglais comme langue de travail concerne en majorité des locaux situés dans certaines régions des Maritimes, de l’Ouest canadien et de l’Ontario (à l’exception d’Ottawa, de l’Est et de certaines zones du Nord). Au Québec, quelques unités passeront également du statut bilingue à unilingue francophone.
Des inquiétudes soulevées
Au cours des derniers jours, la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA) a dénoncé la mesure, la qualifiant de « mauvaise décision » et estimant qu’il s’agit d’un recul pour le français dans la fonction publique fédérale. La FCFA, qui a d’ailleurs rencontré le ministre McGuinty mercredi, a salué la décision de ce dernier de revoir et d’examiner les désignations de la langue de travail au sein des unités des Forces armées canadiennes.
« Cette annonce est une bonne première étape et nous espérons qu’elle mènera à la remise en place du droit de travailler en français là où il existait auparavant », a déclaré sa présidente, Liane Roy.
L’Union des employés de la Défense nationale (UEDN), qui représente près de 18 000 employés du ministère, a elle aussi exprimé des inquiétudes quant aux droits linguistiques de ses membres.
L’examen annoncé par le ministre McGuinty ne convainc toutefois pas l’opposition conservatrice au Parlement, qui demande que la directive soit mise de côté, soutenant que les libéraux « doivent aller au bout de la démarche et corriger la directive qu’ils ont créée ».
« Le problème fondamental de cette directive est qu’elle fait principalement dépendre la langue de travail d’une unité de son emplacement géographique. Or, les militaires sont affectés partout au pays selon les besoins du service », soutiennent les députés Pierre Paul-Hus, Joël Godin et James Bezan dans un communiqué.
« Un militaire francophone ne devrait pas perdre la possibilité de travailler, de commander ou de progresser professionnellement en français simplement parce qu’il est affecté dans une région majoritairement anglophone », ajoute le trio d’élus conservateurs.
Le ministre de la Défense a indiqué jeudi qu’il comprenait « les préoccupations des francophones et des francophiles » quant à la place du français au pays, soutenant que le gouvernement a le devoir de « protéger et de promouvoir le français partout au Canada, incluant au sein des Forces armées canadiennes ».
« Recevoir des services personnalisés dans l’une ou l’autre des langues officielles est un droit fondamental de chaque membre des FAC », a-t-il déclaré, rappelant que la mesure ne touchait pas les services bilingues offerts au public.
« Les Forces armées canadiennes représentent ce que le Canada a de meilleur. Celles et ceux qui portent l’uniforme le font avec excellence, en français comme en anglais. Le bilinguisme est une force pour les FAC, et le français, une force pour notre pays », a ajouté David McGuinty.
Le Commissariat aux langues officielles (CLO) a indiqué jeudi à ONFR avoir reçu cinq plaintes au sujet de cette directive. Précisant que ses propos étaient limités du fait qu’« une enquête est en cours », la commissaire Kelly Burke affirme avoir « pris connaissance de la décision du ministre McGuinty », ajoutant qu’elle « s’intéressait particulièrement aux répercussions potentielles de cette situation ». Elle rappelle néanmoins s’attendre à ce que « toutes les organisations assujetties à la Loi sur les langues officielles, y compris le ministère de la Défense nationale, respectent leurs obligations linguistiques et l’esprit de la Loi en tout temps ».
Cette situation fait suite à d’autres plaintes qu’avait reçues Kelly Burke concernant le Collège militaire royal de Kingston, où une politique similaire avait mis fin à l’utilisation du français comme langue de travail au sein de l’administration en mai dernier. Le CLO avait alors confirmé, quelques semaines plus tard, l’ouverture d’une enquête dans ce dossier après sept plaintes.