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Grève : dénoncés pour leur neutralité, les conseillers scolaires se défendent

Temps de lecture : 4 minutes

OTTAWA – Alors que les membres de l’Association des enseignants et des enseignantes franco-ontariens (AEFO) maintiennent leur grève ce jeudi, la pression est forte sur les conseillers scolaires, accusés de ne pas intervenir dans la crise. Le président de l’Association des conseils scolaires des écoles publiques de l’Ontario (ACÉPO) vole à leur secours. Sous couvert d’anonymat, plusieurs rappellent leur rôle.

Les concessions du gouvernement progressiste-conservateur envers les syndicats, ce mardi, n’ont pas réussi à convaincre les membres de l’AEFO de diminuer la pression. Jeudi, ils  seront dans la rue pour une troisième journée de grève.

La pression demeure élevée et touche aussi les conseillers scolaires. Ces derniers jours, plusieurs d’entre eux ont été interpellés sur les médias sociaux. Des messages leur demandant de prendre position en faveur des enseignants et de mettre la pression sur leurs conseils scolaires respectifs. Une campagne de lettres a également été orchestrée.

« On en reçoit 10-15 quotidiennement depuis quelques jours », explique le président de l’ACÉPO, Denis M. Chartrand. « C’est une manière de mettre la pression sur les conseillers scolaires, même s’ils ne sont pas directement à la table des négociations. Certaines lettres sont plus ou moins sympathiques, mais ça ne me dérange pas. Ça fait partie du processus. Cela dit, pour certains conseillers scolaires, surtout quand ils débutent, ce n’est pas facile. »

Également sollicitée, l’Association franco-ontarienne des conseils scolaires catholiques (AFOCSC) refuse toute entrevue, expliquant « faire confiance au processus mis en place » et « que les dossiers doivent être résolus à la table ».

Intervention en amont

ONFR+ a réussi à joindre plusieurs conseillers scolaires. Tous refusent de parler publiquement, mais ils confirment avoir reçu des appels et des courriels de parents anxieux. Des conversations parfois difficiles durant lesquelles ils ont essayé d’expliquer leur rôle et le fait qu’ils ne sont pas directement impliqués à la table des négociations.

« Comme chaque enseignant individuellement, les conseillers scolaires n’ont pas individuellement leur mot à dire dans les négociations », explique M. Chartrand. « Ils ont été sollicités il y a un an, en prévision des négociations. L’ACÉPO leur a demandé, au sein de chaque conseil scolaire, de définir des priorités pour en dégager un consensus et la position de l’ACÉPO. Depuis que les négociations ont débuté, les conseillers scolaires reçoivent une mise à jour lors des réunions de leurs conseils scolaires respectifs, mais ils n’interviennent plus. »

Points communs

À la table des négociations avec l’AEFO, ce sont l’ACÉPO et l’AFOCSC qui prennent le relais au sein du Conseil des associations d’employeurs (CAE). L’équipe de l’ACÉPO ne compte qu’un seul conseiller scolaire, précise M. Chartrand, auquel s’ajoutent des employés de l’organisme, spécialisés dans les relations de travail, ajoute-t-il.

Un piquet de grève à Ottawa organisé par l’AEFO le 13 février. Archives ONFR+

Si les négociateurs de l’organisme porte-parole des conseils scolaires des écoles publiques francophones sont assis du côté patronal et donc, avec le gouvernement, M. Chartrand assure que depuis le début, l’ACÉPO partage plusieurs demandes du syndicat des enseignants franco-ontariens.

« L’ACÉPO a toujours été contre la hausse du nombre d’élèves en classe et contre les cours en ligne obligatoires. On a aussi demandé le maintien du financement pour les enfants qui ont des besoins spéciaux… On parle aussi des besoins particuliers de nos conseils scolaires francophones et de la réalité en milieu rural. Mais nous sommes des créatures de la province, notre pouvoir est donc seulement d’influencer. Nous n’avons pas le dernier mot. »

Mardi, le ministre de l’Éducation, Stephen Lecce, a finalement annoncé que la taille des classes au secondaire n’atteindra pas 25 élèves comme prévu et a proposé que les cours en ligne soient finalement facultatifs.

Dans sa réaction, l’AEFO n’a pas hésité à s’en prendre aussi aux conseils scolaires.

« À l’AEFO, nous avons un défi supplémentaire, c’est-à-dire l’acharnement des conseils scolaires de ne pas reconnaître le professionnalisme de nos membres et de continuer à imposer des tâches qui ne relève pas de nos membres », a déclaré son président, Rémi Sabourin, par voie de communiqué.

Laconique, M. Chartrand répète que les critiques « font partie du processus » de négociations, comme les lettres.

Un rôle mal compris, disent des conseillers

Mais, un peu dépités par celles-ci, plusieurs conseillers scolaires qui ont accepté de parler à ONFR+ estiment que leur rôle est mal compris.

Pour eux, leur rôle est, certes, d’être la voix de la communauté au sein des conseils scolaires, mais aussi de s’assurer de leur bonne gestion et de respecter les décisions prises une fois qu’elles sont votées. Leur silence, ils l’expliquent pas une volonté de ne pas interférer dans les négociations.

« Quand les négociations commencent, on n’a plus de rôle à jouer. On interviendra ensuite quand l’entente aura été négociée, puis pour ratifier les ententes locales », insiste M. Chartrand.

Les conseillers scolaires interrogés mettent en garde contre une remise en question de l’importance de leur travail auprès du gouvernement afin d’obtenir des ressources adéquates et de faire comprendre les besoins particuliers des écoles de langue française.

Tous rappellent être concernés par les journées de grève, étant eux-mêmes parents et ayant parfois des amis dans le domaine de l’éducation qui sont touchés par la situation actuelle. Si certains sont optimistes, d’autres reconnaissent avoir hâte que la grève se termine et que les négociations aboutissent.

Mais après 27 jours de négociations, aucune entente n’a encore été conclue et au moment de publier cet article aucune nouvelle date de négociations n’avait été annoncée.

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