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Impasse dans le dossier de l’Université de l’Ontario français

Temps de lecture : 4 minutes

OTTAWA – Les discussions fédéral-provincial sur le dossier de l’Université de l’Ontario français (UOF) sont au point mort et les députés fédéraux, tous partis confondus, reconnaissent que le dossier est actuellement dans une impasse.

BENJAMIN VACHET
bvachet@tfo.org | @BVachet

Après avoir reçu les sous-ministres de l’Éducation et des Affaires francophones de l’Ontario le 7 février dernier, le comité permanent des langues officielles recevait, ce jeudi, leurs homologues fédéraux. Le témoignage de la sous-ministre du Tourisme, des Langues officielles et de la Francophonie, Guylaine Roy, a permis de constater à quel point le dossier est bloqué.

« Nous avons été très actifs à communiquer avec les fonctionnaires provinciaux. Dès novembre, quand nous avons pris connaissance de la décision du gouvernement de l’Ontario [d’annuler, puis de reporter la création de l’Université de l’Ontario français], nous leur avons rappelé que nous étions en attente de projets en éducation provinciaux à financer et qu’ils avaient cette possibilité. Nous les avons même relancés avant et après la date d’échéance. Mais ils nous ont dit très clairement qu’ils n’avaient pas l’intention de déposer une demande. »

Des propos qui contredisent ceux du sous-ministre de la Formation et des Collèges et Universités de l’Ontario, George Zegarac, début février, qui avait indiqué qu’à sa connaissance, aucune discussion n’avait eu lieu entre les fonctionnaires provinciaux et fédéraux sur le dossier.

« Les deux intervenants nous cachent des choses, ne veulent pas tout nous dire et c’est très décevant, car cela ne nous aide pas à trouver une solution », regrettait le porte-parole néo-démocrate en matière de langues officielles, François Choquette, à l’issue de la réunion.

Mulroney ignore Joly

Une chose est sûre, au niveau politique, la communication entre les deux paliers de gouvernement est au point mort. Depuis la première lettre de la ministre du Tourisme, des Langues officielles et de la Francophonie, Mélanie Joly, à la ministre ontarienne des Affaires francophones, Caroline Mulroney, cet automne, qui avait débouché sur une conversation téléphonique, c’est le silence radio.

Le bureau de la ministre Joly indique n’avoir reçu aucune réponse à sa lettre envoyée en début d’année dans laquelle elle annonçait un investissement fédéral de 1,9 million de dollars pour prolonger le mandat du conseil d’administration de l’UOF et invitait la province à faire une demande de financement fédéral, se disant même prête à faire preuve de flexibilité.

« Si Mme Mulroney n’a même pas répondu aux lettres de Mme Joly, c’est insultant et inacceptable ! », juge M. Choquette. « Les propositions du gouvernement fédéral sont extrêmement intéressantes et je ne vois pas comment le gouvernement de l’Ontario peut les refuser. Il faut rouvrir ce dossier ! »

Une source proche du dossier estime que le gouvernement fédéral a fait tout ce qu’il pouvait et que c’est désormais à la province d’agir.

Interrogée par #ONfr, Mme Mulroney, par la voix de son porte-parole Jesse Robichaud, égratigne Mme Joly et le gouvernement libéral.

« En cette année d’élection fédérale et avec les scandales qui se multiplient, la ministre Joly et les libéraux fédéraux sont déterminés à faire de la politique avec cet enjeu, alors que nous travaillons à trouver de vraies solutions. En décembre, la ministre Mulroney et le ministre Fedeli avaient rédigé une lettre aux ministres Joly et Morneau demandant que les Franco-Ontariennes et Franco-Ontariens reçoivent leur juste part du fédéral et la ministre Joly a écrit sans référence à ces revendications. »

Plus de leadership fédéral

Le député néo-démocrate répète que le gouvernement fédéral doit en faire plus.

« Il y a un certain leadership, je ne peux pas le nier, mais je pense qu’il doit être encore plus fort. Il n’y a eu aucune évaluation de la part du gouvernement d’étudier la possibilité d’utiliser son pouvoir de dépenser ni celui de poursuivre l’Ontario en cour, par rapport à ces décisions. Il aurait fallu analyser ces possibilités. Je trouve également inquiétant que les fonctionnaires se parlent, mais pas les sous-ministres, alors qu’on parle d’une crise majeure. »

Le président du comité, le député libéral Denis Paradis juge l’Ontario responsable dans ce dossier.

« Il y a une volonté et une ouverture du gouvernement fédéral, mais il y a une certaine réticence du gouvernement de l’Ontario. À un moment donné, ça nous prend des provinces qui sont au même niveau que nous, au niveau de l’importance des deux langues officielles », a-t-il analysé auprès d’#ONfr. Et d’ajouter : « Je pense que l’opinion publique va être importante là-dedans. »

Rapport au printemps

L’étude du comité permanent des langues officielles dans ce dossier touche à sa fin. Un rapport devrait être produit dans les prochaines semaines, mais le vice-président du comité, le porte-parole aux langues officielles du Parti conservateur du Canada (PCC), Alupa Clarke, ne peut cacher un certain fatalisme.


« On est dans un cul-de-sac politique ! Je pense qu’on n’ira pas plus loin dans les mois à venir » – Alupa Clarke, député conservateur


À long terme, il se montre toutefois confiant.

« L’Université va se faire, un jour, c’est inévitable ! La population canadienne grandit, la population francophone à Toronto grandit. Il y a un besoin ! Je continue de donner le bénéfice du doute à M. Ford quand il dit que c’est une question de déficit budgétaire. Je ne suis pas forcément d’accord, mais je le crois. Et j’espère que lorsque l’équilibre budgétaire sera atteint en Ontario, il respectera sa promesse et ira de l’avant avec le projet. »


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