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Le fédéral prolonge le financement de l’Université de l’Ontario français d’un an

OTTAWA – Le gouvernement fédéral annonce, ce dimanche, l’injection d’une somme de 1,9 million de dollars pour permettre le maintien du projet d’Université de l’Ontario français (UOF).

BENJAMIN VACHET
bvachet@tfo.org | @BVachet

À deux jours de la date fatidique du 15 janvier – date à laquelle le financement provincial de l’Université de l’Ontario français (UOF) arrivera à son terme – la ministre du Tourisme, des Langues officielles et de la Francophonie, Mélanie Joly, a offert un précieux répit aux acteurs du projet, en annonçant que le fédéral prendra le relais jusqu’en janvier 2020.

Dans une lettre adressée à la ministre des Affaires francophones Caroline Mulroney, et dont #ONfr a obtenu copie, la ministre Joly déplore que la fin du financement provincial de l’UOF « entraînera des pertes d’emplois et mettra en péril le travail préparatoire déjà effectué envers ce projet qui fait l’unanimité au sein de la communauté et bénéficie de soutien partout au pays ».

« Je m’inquiète des répercussions de cette décision sur la vitalité de la communauté franco-ontarienne », écrit-elle.

Ottawa versera donc 1,9 million de dollars à l’équipe de l’UOF pour appuyer ses travaux de mise en place du Carrefour francophone du savoir et de l’innovation au centre-ville de Toronto. Ce projet vise à regrouper la future université franco-ontarienne et une quinzaine d’institutions et d’organismes pour qu’ils collaborent.

« C’est un rêve de la communauté francophone de Toronto depuis longtemps de regrouper les organismes sous un même toit pour leur permettre de travailler ensemble. Le projet d’université a été créé autour de cette idée de constituer un carrefour francophone avec différents organismes en éducation, en culture, en accueil et intégration des nouveaux arrivants… L’idée est de collaborer et d’offrir à nos futurs étudiants des possibilités d’apprentissage. Ce sera un fort francophone dont fera partie l’Université de l’Ontario français », explique la présidente du conseil de gouvernance de l’UOF, Dyane Adam.

En agissant ainsi, le gouvernement fédéral peut financer directement l’équipe de Mme Adam pour qu’elle travaille sur le projet du carrefour, sans passer par la province.

« Ça permet de maintenir en vie le projet d’université et il faut saluer le leadership du gouvernement fédéral dans ce dossier », souligne Mme Adam. 

Encore beaucoup de travail

Mais il reste encore beaucoup à faire, reconnaît l’ancienne commissaire aux langues officielles du Canada. Car pour que l’université voie le jour, il faudra que la province y contribue également, comme l’a rappelé la ministre Joly dans sa lettre à Mme Mulroney.

« Soyons clair, la responsabilité revient au gouvernement de l’Ontario de mener à bien ce projet. »

En novembre dernier, le gouvernement progressiste-conservateur de Doug Ford avait annoncé l’abandon du projet d’université, puis sa remise à plus tard, pour des raisons budgétaires, ce qui lui avait valu une vague de critiques à travers le pays.

« On espère que cette pause, qui n’a pas été définie dans le temps par le gouvernement, sera la plus courte possible. On va travailler avec Mme Mulroney et Mme Fullerton [ministre de la Formation et des Collèges et Universités] pour trouver une solution », dit Mme Adam, rappelant que la décision a été prise sans aucune consultation. Mme Adam doit rencontrer le bureau de Mme Mulroney ce lundi.

Sur les médias sociaux, l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) n’a pas tardé à réagir en remerciant le gouvernement fédéral pour son investissement financier d’un an.

« La subvention permettra à l’institution de garder ses employés, plus travailler sur un pan important du projet : le carrefour communautaire », a gazouillé l’organisme, ajoutant son intention de poursuivre son travail avec les gouvernements provincial et fédéral afin de trouver des solutions pour assurer la survie à long terme de l’UOF.

En entrevue avec #ONfr, le président de l’AFO, Carol Jolin parle « d’une manche de gagné », mais il rappelle que le gouvernement provincial doit s’entendre avec le fédéral et lui présenter une demande de financement pour la future institution postsecondaire.

« Ça nous donne un sursis d’un an. » 

Le fédéral flexible sur le financement

Le gouvernement fédéral, par la voix de la ministre Joly, a invité à plusieurs reprises l’Ontario à lui faire cette demande. Après avoir fait la sourde oreille, la ministre Mulroney avait ouvert la porte à de telles discussions, en décembre, mais celles-ci n’ont pour l’heure pas abouti.

Le coût de démarrage de l’UOF est évalué à 84 millions $ sur huit ans. Une somme qui pourrait être financée à moitié par le gouvernement fédéral.

Dans sa lettre à Mme Mulroney, la ministre Joly réitère son offre et ouvre même la porte à la solution proposée par l’AFO. Afin de laisser le temps au gouvernement Ford d’assainir les finances de la province comme il dit le souhaiter, l’organisme porte-parole des Franco-Ontariens suggérait que le gouvernement fédéral finance les quatre premières années du démarrage de l’UOF, puis que la province prenne le relais.

« Je vous rappelle que, dans la mesure où une telle entente [provinciale-fédérale] serait conclue, les programmes fédéraux ont la flexibilité nécessaire pour couvrir les coûts de démarrage de l’Université de l’Ontario français au cours des premières années du projet, dans la mesure où la contribution provinciale sera versée au cours des années suivantes », précise Mme Joly.

« C’est une solution avec un bon potentiel, car ça permet de respecter les priorités du gouvernement en matière de finances, sans compromettre le projet d’université. Ça laisserait quatre ans au gouvernement pour améliorer les finances de la province », explique M. Jolin.

Ouverture en 2020 ?

Malgré cette annonce encourageante, il paraît de moins en moins probable que l’objectif d’accueillir les 300 premiers étudiants de l’UOF en 2020 aboutisse. D’autant que les programmes proposés n’ont toujours pas été validés par la ministre de la Formation et des Collèges et Universités, Merrilee Fullerton, malgré une demande déposée début octobre. Mais Mme Adam reste confiante.

« C’est sûr que plus on avance, plus ce sera difficile. Mais si le gouvernement ontarien donne son accord d’ici quelques semaines, c’est encore possible, d’autant que nous avons un site qui nous attend. »

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le lundi 14 janvier à 10h31.


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