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La francophonie se fraye une petite place au congrès du NPD

Le chef du Nouveau Parti démocratique du Canada, Jagmeet Singh. #Crédit image: Benjamin Vachet

OTTAWA – Si les langues officielles n’étaient pas la priorité des 2 000 néo-démocrates réunis en congrès jusqu’au 18 février, à Ottawa, les militants ont pris position sur le dossier des tests de français pour les nouveaux arrivants. Et les députés du Nouveau Parti démocratique (NPD) assurent que la vision du parti sur la dualité linguistique n’a pas changé.

BENJAMIN VACHET
bvachet@tfo.org | @BVachet

Les langues officielles se sont frayé une place timide dans les débats du congrès du NPD. Les militants ont adopté une résolution demandant au gouvernement libéral de s’assurer que les coûts et l’accessibilité des tests de langue, pour les candidats à l’immigration, soient égaux en français et en anglais.

Cette prise de position, pas nouvelle, vient appuyer le rapport du Commissariat aux langues officielles du Canada qui, en mars 2017, blâmait le gouvernement de n’avoir pas pris les mesures nécessaires pour régler la situation de l’accessibilité des tests de français.

Le député de Drummond et porte-parole aux langues officielles pour le NPD, François Choquette, a compris le message.

«En ramenant le débat, les membres me poussent à continuer de talonner le gouvernement sur cette question en chambre.»

Sur 398 résolutions proposées, seulement deux concernaient véritablement les langues officielles.

La seconde résolution, qui suggérait une révision en profondeur du régime des langues officielles pour refléter l’asymétrie entre la situation du français et de l’anglais et de travailler avec les communautés francophones du pays pour protéger et promouvoir la langue de Champlain, n’a pas été débattue, faute de temps.

 

Statu quo sur les langues officielles

Ceux qui pourraient s’inquiéter d’un changement de positionnement du parti sur les langues officielles, après la sortie controversée de son nouveau chef, Jagmeet Singh, sur le bilinguisme des juges à la Cour suprême du Canada, doivent se rassurer, jure le député Matthew Dubé.

«La position du NPD sur les langues officielles n’a pas changé. On est très fier d’être des défenseurs des langues officielles, partout au Canada. On a eu beaucoup de victoires dans le passé, comme sur le bilinguisme des agents du parlement. On va continuer à pousser ces dossiers-là. M. Singh se décrit lui-même comme un francophile et il veut apprendre et créer des liens avec les francophones.»


«M. Singh parle le français, mais il ne comprend pas les enjeux des francophones en situation minoritaire. Il n’est d’ailleurs sans doute pas le seul chef dans cette situation.» – Peter Graefe, politologue


Le politologue de l’Université McMaster, Peter Graefe, se montre dubitatif.

«La sortie de M. Singh sur les juges bilingues démontre un choc générationnel. Avant, le NPD cherchait davantage à séduire l’électorat francophone, surtout québécois, et poussait donc beaucoup sur le dossier des langues officielles. Mais aujourd’hui, une partie de la population voit ça comme un enjeu des années 60 et cela se reflète au NPD qui s’intéresse davantage à la réconciliation avec les Premières Nations.»

 

Des propositions pour l’Ontario

Province phare de la vague orange de 2011, le Québec a fait l’objet de beaucoup d’attention lors du congrès. Raison sans doute pour laquelle certaines résolutions portaient sur la place du français, dans un parti où les congrès ont longtemps vu l’anglais dominer.

La députée franco-ontarienne d’Algoma-Manitoulin-Kapuskasing, Carol Hugues. Crédit image: Benjamin Vachet

Pour autant, la députée franco-ontarienne d’Algoma-Manitoulin-Kapuskasing, Carol Hugues, assure que l’Ontario n’a pas été oublié.

«Quand on parle de mettre en place un système national d’assurance médicaments ou de lutter pour l’équité salariale, c’est aussi important pour l’Ontario! Nous avons des propositions sur le transport en commun dans les régions rurales qui pourraient être intéressantes pour les gens de ma communauté. Et puis, on se penche sur le développement du Cercle de feu, un dossier qui a besoin de leadership. Actuellement, les Premières Nations sont prêtes, mais le projet n’avance pas à cause du gouvernement.»

 

Confiance maintenue au chef

Sans grande surprise, les militants néo-démocrates ont maintenu leur confiance à M. Singh, élu à la tête du parti il y a un peu plus de quatre mois. Interrogés à savoir s’ils souhaitaient une course à la chefferie, ils se sont prononcés à 90,7 % contre.

Le discours de M. Singh, dans lequel il a alterné l’anglais et un peu moins le français, les a sans doute convaincus. Reprenant les thèmes de prédilection du parti néo-démocrate, il a insisté sur l’importance de lutter contre les inégalités et pour une meilleure justice sociale.

En matière de langues officielles, il a déploré que l’entente Netflix qui, outre qu’elle prévoit une exemption de taxes pour le géant américain, ne donne aucune garantie pour du contenu francophone, a-t-il indiqué.


POUR EN SAVOIR PLUS:

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Benjamin Vachet
Benjamin Vachet
bvachet@tfo.org @BVachet

Originaire de France, Benjamin Vachet vit au Canada depuis plus de douze ans. Titulaire d'un baccalauréat en Administration économique et sociale et d'une maîtrise de journalisme, il a commencé sa carrière en France, avant de la poursuivre au Canada. Il a travaillé pour les hebdomadaires Le Reflet, puis L’Express Ottawa et pour la radio francophone d’Ottawa, Unique FM. Il a rejoint le Groupe Média TFO en 2014. Passionné de politique ontarienne, fédérale et internationale, Benjamin cumule plus de treize années d’expérience en presse écrite, radio et télévision.