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La possibilité d’éviter la grève générale serait très faible

Temps de lecture : 4 minutes

TORONTO – On saura dans les prochaines heure si l’Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens (AEFO) a obtenu gain de cause du gouvernement. Mais cette deuxième journée du round des négociations a peu de chances d’aboutir sur une entente, estiment deux spécialistes.

« Il y a des positions arrêtées des deux côtés », estime l’ancienne vice-présidente de l’AEFO, Lise Routhier Boudeau.

« En fait, il ne semble pas avoir une volonté du gouvernement de revenir sur l’augmentation de la taille des salles de classe, mais les syndicats vont maintenir leurs moyens de pression. L’appui du public est de leurs côtés », analyse celle qui était au cœur de la grève 1997, considéré comme le dernier conflit de grande ampleur entre le gouvernement et les syndicats d’enseignants.

« On est rendu à un moment où la seule solution va être l’arbitrage. C’est une décision difficile, car il y a toujours un côté de la table insatisfait et cela laisse des cicatrices. »

Et d’ajouter : « J’ai l’impression qu’on ne va pas pouvoir être capable d’éviter les grèves. »

Le président de l’AEFO, Rémi Sabourin, lors de l’assemblée annuelle 2019, à Mississauga. Gracieuseté : AEFO

Un avis partagé aussi par Peter Graefe, politologue à l’Université McMaster, dont l’analyse englobe tous les syndicats.

« Dans les deux cas, leur manière de négocier a été de le faire à un niveau public. En énonçant des principes publiquement, il est difficile après de trouver une flexibilité. (…) Les enseignants voient qu’ils ont l’appui des Ontariens, et il y a une inflexibilité des deux camps plus que jamais pour un compromis. »

Pour M. Graefe, le pari de M. Ford d’aller avec une loi spéciale peut être « risqué », mais pourrait aider tout de même le premier ministre ontarien à « joindre sa base électorale ».

Augmentation des salaires des enseignants, mise en place de l’apprentissage électronique, mais surtout augmentation des tailles des classes, autant de points cruciaux ne permettant pas de dégager un accord. Une différence notable avec 2017 où les syndicats avaient rapidement obtenu satisfaction.

Depuis que les conventions sont échues le 31 août, le ministère de l’Éducation et les quatre syndicats d’enseignants n’ont toujours pas réussi à s’entendre.

La OSSTF/FEÉSO maintient sa ligne de conduite

De son côté, la Fédération des enseignants des écoles secondaires (OSSTF/FEÉSO) n’a pas encore annoncé ses intentions pour la semaine prochaine. Mais tout porte à croire que l’organisation – qui représente 60 000 travailleurs en éducation – reconduira sa stratégie de grève tournante, une manière de préserver les élèves et donc conserver le soutien des parents, tout en maintenant la pression sur le gouvernement.

« On fait valoir notre point de vue de façon mesurée et non exagérée », plaide son secrétaire général, Pierre Côté.

« On a d’ailleurs l’appui du public dans notre action. On fait des sondages régulièrement pour le jauger et, jusqu’à date, les Ontariens appuient clairement nos débrayages et nos objectifs. 60 % d’entre eux croient que la grève est justifiée. »

Au-delà des enseignants anglophones du secondaire, son syndicat représente une part significative du personnel administratif, pédagogique et technique œuvrant dans les écoles de langue française.

« Ce personnel de soutien est peu médiatisé mais il remplit une panoplie de tâches essentielles », insiste M. Côté. « Lorsqu’il y a des pressions, comme sur la taille des classes, cela a des répercussions directes et immédiates sur ces professions et sur les élèves. »

Des grévistes en décembre 2019 à North York. Archives ONFR+

Pour le moment, le syndicat se refuse à parler de grève générale mais il est certain que la reprise parlementaire du 18 février va remettre sur le haut de la pile ce dossier embarrassant pour la majorité.

« C’est une opportunité pour le gouvernement de changer son fusil d’épaule », prévient le syndicaliste francophone. « On attend de voir comment il va agir. »

Le leader syndical rappelle qu’un retour au statu quo (abandon des cours en ligne obligatoires et retour aux effectifs par classe initiaux) suffirait à désamorcer l’escalade.

« Pour nous, l’important, c’est un nouveau mandat », rappelle Pierre Côté. « Donc si ça prend un nouveau ministre, ok. Mais il ne faut comprendre que le ministre prend ses ordres du bureau de Ford. En bout de ligne c’est le gouvernement qui décide », conclut-il, lucide et préparé à prolonger le mouvement le temps qu’il faudra.

« On ne fait pas la grève par amusement. Ce n’est pas notre premier choix mais si on en arrive là, c’est parce que ces changements auront un impact négatif à long terme sur le système en entier. »

L’OECTA menace d’une intensification

De sa part, l’Association des enseignantes et des enseignants catholiques anglo-ontariens (OECTA) menace d’intensifier sa grève du zèle dès le mardi 11 février.

Les membres de l’OECTA n’exerceront dès lors que leurs fonctions d’enseignement et de supervision « prévues », explique le syndicat dans un communiqué de presse.

« Bien que ces démarches soient difficiles pour toutes les personnes impliquées, les enseignants catholiques croient sincèrement que ce contretemps à court terme est nécessaire pour exprimer nos préoccupations et maintenir notre système d’éducation publique de classe mondiale », a déclaré la présidente Liz Stuart.

Le syndicat a rencontré les représentants du ministère de l’Éducation pour la dernière fois le lundi 3 février.

« Les discussions ont été respectueuses, mais aucun progrès n’a été réalisé », résume Mme Stuart.

L’OECTA ne sait toujours pas quand la prochaine rencontre aura lieu.

De son côté, la Fédération des enseignantes et des enseignants de l’élémentaire de l’Ontario (FEEO) a organisé une grève toute la journée en fermant les écoles élémentaires publiques anglophones de la province.

Article écrit avec la collaboration de Rudy Chabannes et Didier Pilon 

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