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L’achat local porte fruit pour les agriculteurs franco-ontariens

Temps de lecture : 3 minutes

Des températures trop chaudes, des récoltes moins bonnes, mais des ventes records. Voilà comment s’est passée la saison des agriculteurs franco-ontariens, dont la saison à l’ère de la COVID-19 aura eu des effets plus positifs que négatifs pour certains.

« Avec la vague locale en juin et juillet, on a eu des ventes records… On a eu près de 30 % de plus en ventes en 2020 qu’en 2019. Au bout de la ligne, c’est près de 20 % en profit net », confie Jacques Lamoureux, le propriétaire des Jardins Lamoureux, une ferme de fruits et légumes d’Hawkesbury.

C’est la même chose pour Isabelle Spence-Legault, propriétaire de la ferme J’me champs bien, située à Cache Bay dans le Nord ontarien, et basée aussi dans la production maraîchère.

« Mes commandes de mai à juin étaient au moins le double des dernières années… Il a même fallu dire non à des gens. J’avais fait une pré-vente et j’avais tout vendu rapidement. »

L’effervescence autour de l’achat local aura porté fruit pour les producteurs de fruits et légumes, mais aura été surprenante en raison de la difficulté des récoltes.

« La récolte de fraises a été la moins bonne en 25 ans », donne en exemple Jacques Lamoureux. « Les fraises n’aiment pas la chaleur et il a fait beaucoup trop chaud en juin et juillet. On a eu de bonnes ventes pour les framboises et bleuets, mais le fruit ne se gardait pas, car il faisait trop chaud. »

Une tendance mondiale

Comment expliquer que les Canadiens ont décidé de se tourner vers les cultivateurs pour l’achat local ?

« Il y a eu une sensibilisation au niveau de la vente. En temps de crise, les gens sont plus conscients d’où viennent les aliments. Il y a eu un engouement pour les marques canadiennes. C’est la même chose en Europe. C’est un phénomène assez mondial », explique Sylvain Charlebois, professeur en agriculture à l’Université Dalhousie.

Ce dernier croit qu’il est encore trop tôt pour dire si cette tendance va se maintenir dans les prochaines années.

« On l’ignore, c’est difficile à dire. De plus en plus de provinces s’intéressent à produire plus de produits localement. Il ne faut pas oublier que les gens vont acheter des produits qui sont abordables… Je pense qu’il y a une conscientisation. On est encore dans cette pandémie là pour longtemps, alors c’est possible qu’il y ait des changements de comportements, mais c’est encore trop tôt pour dire si ça va être un changement permanent à long terme », ajoute l’expert de l’Université Dalhousie.

Prix et production à la hausse en 2021

Après avoir connu une bonne année, les agriculteurs s’attendent à un retour du balancier l’an prochain.

« Les fournisseurs ont vraiment vu que nos profits ont augmenté, alors le coût de la semence et des plants vont augmenter, ça c’est garanti. Je peux vous garantir que ce n’est pas tout le profit qui va tomber dans mes poches, quelqu’un d’autre va en ramasser un pourcentage, c’est officiel », explique Jacques Lamoureux qui ajoute que le mois d’août aura été beaucoup plus calme que les deux précédents.

Ce dernier indique que les coûts des légumes ont considérablement augmenté.

« Le premier facteur qui explique ça, c’est le manque de main d’œuvre et le deuxième est qu’on a eu un été très très chaud et ça n’aura pas été bon pour les récoltes. »

Toutefois, les cultivateurs franco-ontariens croient que la pandémie leur a permis de se rapprocher de la compétition des gros commerces.

« Je ne vais pas au supermarché souvent, mais je suis rendu surpris quand je vois que les denrées périssables, comme les fruits et légumes, sont rendues plus chères que notre prix de vente. Ce n’était pas comme ça en 2012, quand j’ai commencé à faire la vente. C’est rendu de plus en plus cher avec les changements climatiques », affirme Isabelle Spencer-Legault.

Pas une bonne saison pour le lait

Alors que les producteurs maraîchers se réjouissent des derniers mois, c’est un peu le contraire pour les producteurs laitiers qui ont connu une saison plus difficile.

« J’ai eu un manque à gagner de 40 000 $ », lance Marc Quesnel, producteur laitier de Moose Creek.

« Ma première coupe de foin, qui est ma grosse coupe normalement, a été près de la moitié de ce qu’elle est d’habitude. Lors de ma deuxième coupe, on a eu des insectes qui sont venus piquer dans la luzerne, alors le rendement a été coupé de plus de la moitié. La troisième coupe a été meilleure que d’habitude et ça va nous permettre de passer l’hiver. Jusqu’au mois d’août, on se demandait où l’on aurait pu aller chercher du foin, mais la troisième coupe nous a sauvés », poursuit-il.

Ce dernier se considère chanceux d’avoir ses assurances pour couvrir ses arrières dans ses pertes. Il n’a pas la même chance avec les autorités fédérales.

« J’ai reçu 40 000 $ en prêt, mais ça reste un prêt. Comme producteur laitier, on attend toujours un chèque du gouvernement en raison des ententes commerciales avec l’Europe. On en a reçu une partie, mais ça aiderait beaucoup d’avoir la totalité dans les prochains mois. »

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