Photo : Laetitia Dogbe/ONFR
Société

L’adhésion de Toronto à l’Association française des municipalités de l’Ontario toujours en suspens

Photo : Laetitia Dogbe/ONFR

TORONTO – Une motion adoptée en 2021 au Comité consultatif des affaires francophones de Toronto et ensuite au Conseil municipal en faveur de l’adhésion de la ville de Toronto à l’Association française des municipalités de l’Ontario (AFMO) semble être passée à la trappe. Alors que s’ouvre ce mercredi à Sudbury, le Congrès annuel de l’AFMO, les membres continuent de courtiser la Ville Reine, qui tarde à répondre à l’appel.

En raison de coupes au sein de son conseil municipal, la ville est sortie de l’AFMO il y a huit ans, après en avoir été membre pendant près de 30 ans. Toutefois, une motion adoptée en 2021 pour la faire adhérer à nouveau semble être restée au stade de recommandation. Alors, que s’est-il passé?

Ayant pris les rênes de l’association un an après l’adoption de la motion en question, l’actuelle présidente de l’AFMO, Michelle Boileau qui occupe également les fonctions de maire de Timmins, affirme qu’à ce jour, l’AFMO n’a reçu aucune cotisation de Toronto depuis 2017.

Michelle Boileau est présidente de l’AFMO depuis septembre 2023. Photo : Inès Rebei/ONFR

L’ancien président de l’AFMO, Roger Sigouin, qui dirige la ville de Hearst, croit que la métropole ne voulait pas contribuer à l’AFMO au montant qui lui avait été fixé. « Dans le temps, la ville payait environ 20 000 $ à l’AFMO. Tout à coup, elle nous a annoncé son intention de payer 5000 $ ». Il explique que les cotisations sont calculées proportionnellement à la taille des municipalités et donc qu’un montant de 5000 $ n’est pas équitable vis-à-vis d’autres villes comme Ottawa ou Windsor.

Le français : une langue qui exclut?

La présidente du Comité des affaires francophones de Toronto et conseillère municipale, Alejandra Bravo, affichait une grande confiance lors de l’adoption de la motion d’adhésion à l’AFMO présentée en 2021. Cinq ans plus tard, cette adhésion ne s’est toujours pas concrétisée. Son bureau n’a pas souhaité répondre à nos questions. « Les discussions concernant l’adhésion entre Toronto et l’AFMO sont en cours, et la Ville n’est pas en mesure de divulguer les détails des négociations passées ou actuelles pour le moment », précise son bureau de communication.

Sous un autre angle, le maire de Moonbeam, Luc Léonard, pense que le flou quant à l’adhésion de Toronto repose sur une question linguistique. « Même dans le nord, on a des municipalités dont les maires sont unilingues anglophones, tout comme Mme Chow. Donc même s’ils participent à nos réunions, ils ne pourront pas comprendre. »

Le maire de Champlain, Normand Riopel, soutient également qu’une fracture culturelle pourrait entrer en jeu : « Toronto est très multiculturelle et les élus sont parfois formés dans une langue différente avec l’anglais comme deuxième langue. Alors si on ajoute le français, ça pourrait ajouter une difficulté. »

Par le passé, l’adhésion de Toronto reposait largement sur la bonne volonté d’élus francophones prêts à défendre le projet, comme la députée actuelle du Parti libéral du Canada, Jennifer McKelvie qui a occupé à l’époque les fonctions de mairesse par intérim.

Toronto laisse sa chaise vide au congrès

Bien que la venue d’une ville de cette taille puisse donner du poids à l’organisme et multiplier les opportunités de collaborations, le retour de la Ville Reine demeure incertain.

Alors que se déroule à Sudbury le congrès de l’AFMO, après un report en septembre en raison d’une restructuration, certains maires n’hésitent pas à afficher leur désir de voir la grande ville se joindre à eux.

Une telle adhésion pourrait encourager le gouvernement à financer l’Association française des municipalités de l’Ontario et à améliorer les services en français dans les municipalités. Chaque année, le processus d’adhésion nécessite généralement une résolution du conseil municipal.

Par ailleurs, rappelons qu’une nouvelle direction de l’AFMO sera élue d’ici la fin mars.