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Langues officielles : les conservateurs offensifs, le NPD à la remorque

Temps de lecture : 2 minutes

[ANALYSE]

OTTAWA – Six jours, voilà le temps donné au gouvernement par les militants francophones pour le dépôt d’un projet de modernisation de la Loi sur les langues officielles. Un laps de temps infime jusqu’au 11 décembre, date de la fin des travaux parlementaires, mais une certitude  : la loi emblématique de 1969 ne sera pas revigorée pour cette année.

Au cours des derniers jours, les appels se sont pourtant multipliés pour cette refonte maintes fois promise par les libéraux. À ce jeu de la dénonciation de l’apathie du gouvernement, les conservateurs ont même marqué des points.

Le parti d’Erin O’Toole a emboîté le pas à la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada pour une modernisation rapide. À cet engagement, le nouveau chef a ajouté la forme, renouant même avec le terme des « peuples fondateurs ».

Autre constat : les conservateurs devancent maintenant les néo-démocrates, muets ou presque quant aux combats pour le français. À tel point que depuis les dernières élections, quatre porte-paroles pour les langues officielles ont défilé au Nouveau Parti démocratique (NPD), sans qu’aucun ne convainque.

« La pandémie a pris tout l’oxygène », expliquait récemment son chef Jagmeet Singh à ONFR+ pour justifier le retrait de son parti.

Il y a quelques années, les conservateurs au pouvoir apparaissaient pour beaucoup réticents aux avancées pour les francophones, à l’inverse des néo-démocrates considérés comme des champions. Pourquoi ce changement ?

Objectif séduire le Québec

Tout d’abord, il faut comprendre l’intérêt des conservateurs par une volonté de séduire le Québec. La Belle Province, laquelle envoie 78 des 338 députés à la Chambre des communes, doit être caressée dans le sens du poil. Erin O’Toole, fin politicien, connaît bien cette martingale.

De plus, la défense du français et de la laïcité sont parmi les thèmes privilégiés du populaire premier ministre québécois, François Legault. En promettant de défendre la langue de Molière, d’élargir la Loi 101 aux entreprises de juridiction fédérale et de ne pas s’immiscer dans les affaires de la province, M. O’Toole marque des points.

À l’inverse, les appuis du NPD au Québec ont dégringolé avec la dernière élection, passant à… un seul député. La formation de M. Singh semble mettre de côté ses ambitions de conquérir l’unique province francophone du Canada.

Ces changements sont aussi dus aux personnalités. M. Singh privilégie une vision centrée sur les minorités raciales. Pendant ce temps, les départs des emblématiques Yvon Godin, puis François Choquette, rendent aujourd’hui le parti orphelin d’une voix forte pour les minorités francophones.

Parallèlement, M. O’Toole s’est entouré d’élus ou anciens élus dévoués sur les dossiers francophones. Alupa Clarke en est l’exemple. L’ancien député de Beauport-Limoilou s’était montré le plus critique de son caucus vis-à-vis du gouvernement Trudeau sur le dossier des langues officielles. L’actuel porte-parole, Alain Rayes, est lui connu pour sa pugnacité.

Une modernisation urgente

Quoi qu’il en soit, la modernisation de la LLO presse. Sa refonte pourrait aider par exemple à garantir des services bilingues impeccables de la part d’Air Canada, mais aussi de renforcer le fait de pouvoir travailler en français dans la fonction publique fédérale.

Si l’implication du Bloc est incontestable pour le français, difficile à deviner qui des libéraux, conservateurs et néo-démocrates portera le mieux le dossier des langues officielles dans les prochaines années. En revanche, le statu quo ferait des victimes : les francophones.

Cette analyse est aussi publiée dans le quotidien Le Droit du 5 décembre. 

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