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Langues officielles : « La pandémie a pris tout l’oxygène », défend Singh

Temps de lecture : 4 minutes

[ENTREVUE EXPRESS]

QUI :

Jagmeet Singh est le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD) du Canada depuis 2017.

LE CONTEXTE :

Le gouvernement minoritaire de Justin Trudeau présentait, hier, ses nouvelles orientations en lien avec la lutte contre la COVID-19 et la relance économique. Ce discours du Trône devra recevoir l’appui d’au moins un des partis d’opposition pour maintenir les libéraux au pouvoir. En matière de langues officielles, le premier ministre promet de renforcer la Loi sur les langues officielles.

L’ENJEU :

Très en vue sur la question des langues officielles ces dernières années, notamment avec les députés Yvon Godin et François Choquette, le NPD semble beaucoup moins actif dans ce dossier depuis les dernières élections. En 2017, M. Singh avait fait sourciller plusieurs francophones en remettant en cause l’obligation de bilinguisme des juges à la Cour suprême du Canada, un dossier pourtant défendu par le NPD depuis de nombreuses années, avant de se rétracter.

« Vous aviez fixé deux conditions pour appuyer le discours du Trône : la prolongation de la prestation canadienne d’urgence (PCU) et la mise en place d’un congé de maladie payé aux travailleurs. Ce n’est pas spécifiquement dans le discours. Allez-vous quand même l’appuyer ?

On a clairement dit qu’il y a besoin de deux engagements concrets de la part du gouvernement : qu’il continue d’appuyer les gens et maintienne l’aide au même niveau, soit 2000 $ [par mois] et qu’il mette en place un congé de maladie payé pour tout le monde. Si on a ça dans le projet de loi, on votera oui, car cela nous donnera plus confiance envers ce gouvernement qui a souvent de bons mots, mais qui ne les traduit pas souvent en action.

Dans le discours du Trône, hier, le gouvernement s’engage à renforcer la Loi sur les Langues officielles, mais ne parle plus de la moderniser ni ne donne d’échéancier. Qu’en pensez-vous ?

Le gouvernement est très vague sur cette question ! Il y a des mots, mais on attend encore des actions. Pour moi qui, comme enfant, ai appris la langue de Molière dans une ville complètement anglophone, c’est un dossier très important. Je rêve d’un pays bilingue et il est important de forcer le gouvernement à s’engager davantage sur cette question.

Nous l’avons dit à plusieurs reprises : il est important de moderniser la Loi sur les langues officielles et de renforcer le bilinguisme avec des engagements concrets. Là, le gouvernement est trop vague, sans date ni engagement concret.

Quelle modernisation de la Loi sur les langues officielles proposez-vous ?

Nous écoutons les experts dans ce dossier afin de créer un pays bilingue. Il est essentiel que les Canadiens puissent avoir accès aux services essentiels dans la langue officielle de leur choix. On sait que les services en français ne sont pas accessibles partout. Il faudrait commencer avec ça. On veut aussi une loi plus forte pour arriver à ça.

Depuis les dernières élections, on entend beaucoup moins le NPD sur cet enjeu. Pourquoi ?

Nous sommes en pleine pandémie et ça a pris tout l’oxygène. Nous avons concentré notre travail sur ce dossier, même si ce n’est pas ce qu’on prévoyait quand nous avons été élus et qu’il y en a beaucoup d’autres qui nous préoccupent.

Je tiens aussi à rappeler qu’il y a eu une longue pause après les élections, car le Parti libéral n’avait pas imaginé qu’il serait minoritaire. Le discours du Trône qui a suivi les élections a eu lieu en décembre [le 5 décembre 2019] et notre retour en chambre qu’en février [la reprise des travaux parlementaire a eu lieu le 27 janvier 2020]. Quelques semaines après, c’était la pandémie. Nous avons dû cibler nos efforts là-dessus et je suis fier que nous ayons réussi à changer l’approche du gouvernement libéral en obtenant plus de programmes et d’aide pour les gens.

Le chef du Nouveau Parti démocratique, Jagmeet Singh avec le député Charlie Angus, porte-parole des langues officielles du parti (à droite). Archives ONFR+

À sa décharge, votre porte-parole en matière de langues officielles, Charlie Angus [député de Timmins-Baie James] est responsable de plusieurs dossiers. Pourquoi ne pas nommer quelqu’un d’autre pour les langues officielles ?

C’est effectivement un bon point. Charlie Angus est notamment responsable du dossier de l’éthique, et dans un dossier comme celui-ci, rien n’est vraiment prévisible. Le gouvernement a été plongé dans le scandale We Charity/UNIS et ça a pris beaucoup du temps de M. Angus. Mais il a un véritable amour pour la langue française, d’autant que sa circonscription est très bilingue.

Cela dit, je suis toujours ouvert à cette question et prêt à discuter avec mes députés. Nous avons plusieurs députés bilingues. Et je pense toujours à comment les placer le mieux en fonction des dossiers.

Le NPD s’est beaucoup battu ces dernières années pour le bilinguisme des juges à la Cour suprême du Canada. Allez-vous continuer à pousser ce dossier ?

Oui, on continue d’en faire une priorité. C’était dans notre plateforme et cela fait partie des valeurs du parti.

Récemment, l’Association du Barreau canadien et 36 organismes juridiques ont lancé un appel à « nommer des personnes qualifiées issues des communautés noires, autochtones et de couleur à la magistrature fédérale, notamment à la Cour suprême du Canada ». Mais certains demandent que cela ne se fasse pas en dépit de l’exigence de bilinguisme. On se souvient qu’en 2017, vous aviez une position ambiguë sur le sujet. Selon vous, qu’est-ce que le gouvernement devrait faire, par exemple, s’il a un excellent candidat de la diversité, mais qui ne parle pas le français ?

Je pense qu’on n’a pas à choisir entre l’un et l’autre. Il y a des options. On doit aussi s’assurer d’augmenter le nombre de gens qui parlent le français, en insistant sur l’importance du bilinguisme et en promouvant la langue française. Mais je pense qu’un avocat qui arrive à ce niveau peut apprendre le français. Je suis ouvert aux idées pour atteindre ce but d’une Cour suprême du Canada bilingue.

Mais est-ce que cela veut dire que vous seriez favorable à une candidature unilingue à condition que la personne apprenne ensuite le français ?

Je suis ouvert aux conseils des experts sur cette question et à la formation. J’appuie le principe du bilinguisme à la Cour suprême du Canada.

Quels sont les autres dossiers que vous voulez pousser dans le domaine des langues officielles ?

Pour moi, le grand principe, c’est l’accès aux services fédéraux et en général dans la langue officielle de son choix, à travers le pays. »

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