Le Tour de France, une passion discrète mais bien présente chez les francophones d’Ottawa
OTTAWA – Chaque été depuis 1903, le Tour de France fait vibrer des millions de passionnés à travers le monde. Véritable monument du sport international, cette course cycliste de trois semaines s’apprête à connaître son dénouement ce dimanche 27 juillet, après plus de 3000 kilomètres à travers les routes, les cols mythiques et les villages de France. Mais loin de l’Europe, jusqu’à Ottawa, la grande boucle suscite aussi l’attention, parfois silencieuse mais bien réelle, de fervents amateurs francophones.
À 71 ans, Michel Ferland est une figure du cyclisme amateur dans la région. Pratiquant assidu, « je fais encore entre 3000 et 4000 kilomètres par an », dit-il, il suit le Tour de France depuis plus de quarante ans. Ce qu’il apprécie? « La continuité, la stratégie, le courage des coureurs… et le fait que ce soit accessible aujourd’hui avec les services comme FloBikes. » Ce passionné, impliqué dans des clubs locaux et des programmes de formation pour jeunes cyclistes, voit dans le Tour une vitrine essentielle, même au Canada.
Philippe, étudiant à l’Université d’Ottawa, a lui aussi été happé par le Tour, mais d’une manière plus contemporaine : « J’ai découvert le Tour un peu par hasard, dans un magasin de vélo. Il y avait l’écran allumé, j’ai commencé à regarder, et je ne me suis plus arrêté. » Depuis, il suit aussi d’autres grandes courses comme le Giro ou la Vuelta, mais reste fidèle au Tour de France, « la plus grande compétition ».
Un engouement discret, freiné par le décalage horaire
Mais suivre le Tour de France depuis Ottawa n’est pas simple. Entre les horaires matinaux des étapes, souvent entre 8 h et 11 h, heure locale, et la rareté des lieux de diffusion, les fans sont souvent contraints de regarder seuls, à la maison.
« Ce n’est pas comme le soccer ou le hockey. Il n’y a pas de bars sportifs qui diffusent les étapes du matin », observe Philippe. Michel confirme : « Il y a quelques regroupements dans des clubs cyclistes, après des sorties, mais ça reste ponctuel. »
La popularité du Tour reste ainsi circonscrite à un cercle d’initiés, même si l’intérêt semble croître.
« Il y a une évolution, notamment parce qu’on peut plus facilement suivre les courses en direct maintenant », souligne Michel. Philippe, lui, sent un frémissement autour de lui : « Mes proches s’y intéressent davantage, parfois parce que je les ai un peu contaminés! »
Les pros vus comme des modèles… mais lointains
Quand on évoque les cyclistes professionnels, le mot « inspirations » revient souvent. Mais aussi celui de « inaccessibles ». « Les watts qu’ils développent… c’est une autre planète », s’amuse Philippe. Il n’empêche que voir ces athlètes à l’œuvre donne envie de progresser, « d’améliorer ses propres performances, même modestes ». Michel, de son côté, insiste sur l’importance des courses professionnelles comme celles de Montréal et Québec en septembre : « Ce sont de mini-Tour de France chez nous, ça inspire nos jeunes. »
Michael Woods, une fierté locale
Originaire d’Ottawa, Michael Woods est devenu une figure emblématique pour les amateurs de la région. Présent régulièrement sur le Tour, vainqueur d’étape en 2023, il symbolise l’accession du cyclisme canadien à un niveau plus compétitif.
« C’est une très grande fierté de voir le nom de Michael Woods chaque année au Tour de France », souligne Normand Radford, passionné de cyclisme depuis plus de 30 ans. Il nuance toutefois : « Dans mon entourage, c’est partagé. Il y a ceux qui comprennent la passion du vélo et ceux qui ne la comprennent pas du tout. »
Et demain? Le rêve d’un Canadien dans le top 10
Mais que faudrait-il pour qu’un coureur canadien rivalise un jour avec les Pogacar et Vingegaard? Pour Philippe, le frein est structurel : « Il manque des infrastructures, des compétitions amicales, un encadrement. À Ottawa, il y a peu de compétitions de route. Les clubs existent, mais ce n’est pas suffisant pour repérer ou former l’élite. »
Il évoque aussi un manque de reconnaissance culturelle : « En Europe, le vélo est un sport roi. Ici, c’est encore trop perçu comme un loisir. Il faudrait des ponts entre le loisir et le compétitif. »
Michel, de son côté, reste optimiste : « Il y a eu des Canadiens dans plusieurs équipes professionnelles. En voir quatre dans Israel Premier Tech, c’est déjà un accomplissement. Mais pour viser un top 10, il faut un coureur exceptionnel, dans une équipe bâtie autour de lui. Ce n’est pas impossible… mais ce sera long. »