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L’UOF rate sa cible d’admissions, le recteur demande de la patience

Temps de lecture : 4 minutes

TORONTO – Seuls 19 étudiants issus des écoles secondaires de la province ont fait une demande d’admission à l’Université de l’Ontario français (UOF), auxquels il faut ajouter une vingtaine d’étudiants canadiens et internationaux. Le recteur André Roy misait sur une cohorte « historique » de 200 étudiants pour démarrer la toute première rentrée de septembre.

Ce chiffre rendu public par le Centre de demande d’admission aux universités de l’Ontario (OUAC) n’est pas complètement définitif. Des étudiants non issus des écoles secondaires peuvent encore s’inscrire ou, à l’inverse, des désistements peuvent survenir puisque 17 des 19 étudiants intéressés n’ont pas choisi l’UOF en premier choix.

Cette statistique préliminaire donne toutefois un ordre de grandeur assez précis des effectifs attendus qui contraste avec l’objectif initial de l’UOF.

Lors des portes ouvertes, à la mi-décembre, le vice-recteur Denis Berthiaume, confiant, indiquait avoir déjà reçu entre 30 et 35 demandes d’admission, dont deux tiers provenant de l’étranger, une fourchette « tout à fait normale à ce stade de l’année, car les demandes arrivent généralement en bloc autour du 15 janvier ».

La vague d’inscriptions escomptée en début d’année ne s’est donc pas produite, surtout auprès du public prioritaire que représentent les jeunes Franco-Ontariens.

En dépit d’une campagne de communication marathon auprès des conseils scolaires, dans les médias et jusque sur les panneaux d’affichage de Toronto, l’UOF n’a donc pas su convaincre les centaines d’élèves de 12e année massivement séduits chaque année par l’offre diversifiée des universités anglophones. C’est pourtant pour eux que l’université a été créée, créant un continuum d’apprentissage en français après le palier secondaire.

André Roy : « C’était une cible ambitieuse »

Combatif, le recteur André Roy affirme que ces chiffres vont évoluer.

« Savoir si on va atteindre les 200 étudiants, c’est une autre question », concède-t-il, « mais on va continuer de recevoir les demandes d’admission. On poursuit nos efforts pour accueillir le plus grand nombre d’ici septembre 2021. C’était une cible ambitieuse. Est-ce que j’en aurais voulu plus ? La réponse et oui. Il faut être patient. »

L’approbation tardive des programmes de l’UOF par le ministère des Collèges et Universités a considérablement réduit sa fenêtre de tir pour lancer et développer sa campagne de promotion auprès des jeunes, comparé aux autres universités. L’équipe académique n’a disposé que de trois mois pour promouvoir des programmes originaux.

André Roy, recteur de l’UOF. Source : Site internet de l’Université Concordia

Trop originaux ? C’est en substance ce que pense Fiona Labonté, présidente de la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO).

« L’UOF tente de faire sa place dans un marché où il y a beaucoup d’options, et où la compétition est assez accrue », estime-t-elle. « Il reste encore beaucoup de travail à faire de leur côté pour répondre aux besoins des jeunes. Leurs programmes sont encore très flous pour les jeunes qui cherchent des programmes plus traditionnels. »

« Quand on a un produit qui n’a jamais été testé, c’est difficile de convaincre », justifie M. Roy, persuadé que l’UOF va montée en puissance. Il invoque aussi un « effet COVID-19 » défavorable aux universités de petite taille. L’Université de Hearst a, par exemple, enregistré deux fois moins de demandes d’admission cette année.

« Le message a mis du temps à prendre corps dans le contexte de la pandémie », analyse le recteur. « On aura les étudiants qu’on aura. Ce qui est une garantie avec nous, c’est que ces étudiants qui ont osé nous choisir vont être accompagnés de façon exceptionnelle. »

« Le fait que cette université soit arrivée juste cet automne dans le processus de recrutement peut avoir eu une influence », croit pour sa part Mélina Leroux, la directrice générale de la FESFO. « Ça va prendre du temps aux jeunes pour comprendre ce que veulent dire ces nouveaux programmes et quel est leur impact sur le marché du travail. Si l’UOF se concentre dès maintenant sur les 10e et 11e année, il y aura plus de Franco-Ontariens dans le futur. »

Mélina Leroux, directrice générale de la FESFO. Gracieuseté : FESFO

Rentrée 100 % virtuelle : un scénario probable

L’aménagement intérieur de l’édifice torontois du 9 rue Lower Jarvis se poursuit. De même que le recrutement des professeurs responsables des quatre pôles d’études. Des annonces pourraient intervenir en ce sens dans le courant de la semaine prochaine.

S’il s’accroche encore à l’idée d’une rentrée physique, essentielle à ses yeux pour forger un sentiment d’appartenance, le recteur ne cache pas sa crainte de voir la pandémie contrecarrer ses plans. « On se prépare à tous les scénarios. Si ce lien privilégié n’est pas possible, c’est pas possible. »

Dans un premier temps abandonné par le gouvernement Ford en novembre 2018, le lancement de l’UOF a connu un dénouement positif, sous la pression de la communauté franco-ontarienne avec, en septembre 2019, la signature d’une entente décisive entre Toronto et Ottawa pour cofinancer les huit premières années de fonctionnement de l’université à hauteur de 126 millions de dollars.

La rentrée aura lieu le 7 septembre. Les programmes, transdisciplinaires et collaboratifs s’articuleront autour de quatre baccalauréats spécialisés : Études des cultures numériques, Études de l’économie et des innovations sociales, Études des environnements urbains et Études de la pluralité humaine.

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