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Nous ne brûlons pas de livres, disent d’autres conseils scolaires ontariens

Temps de lecture : 4 minutes

Contrairement à leur confrère du Conseil scolaire catholique Providence, plusieurs conseils affirment ne pas brûler de livres traitant des autochtones ou qui seraient offensants. Certains affirment toutefois avoir retiré et recyclé des ressources « inappropriées » des écoles ou encore des contenus jugés « discriminatoires ».

Le sujet fait du bruit depuis que Radio-Canada a révélé cette semaine que le Conseil scolaire catholique Providence aurait détruit en 2019 près de 5 000 livres parlant des autochtones dans un but de réconciliation avec les Premières Nations. Le conseil aurait notamment brûlé certains livres dans une cérémonie de « purification par la flamme », avance un article du radiodiffuseur. Des ouvrages comme Tintin, Lucky Luke et la biographie de l’explorateur Étienne Brûlé ont aussi été retirés, rapporte Radio-Canada.

À quelques pas de Providence, au conseil scolaire Viamonde qui a aussi des écoles dans le Centre-Sud-Ouest de l’Ontario, on affirme avoir déjà entrepris des démarches il y a quelques années afin de retirer des ressources « inappropriées » des écoles.

« À cet effet, l’équipe pédagogique, en collaboration avec l’équipe des écoles sécuritaires et bienveillantes, a constitué une fiche de vérification et accompagné les bibliotechniciens et bibliotechniciennes dans ce processus par des formations. Nous avons recyclé des livres désuets, majoritairement de plus de 20 ans, parlant des autochtones », explique Julie Vanghelder, directrice des communications à Viamonde.

À Ottawa, le Conseil des écoles catholiques du Centre-Est (CECCE) précise n’avoir jamais brûlé de bouquins arguant que « ce sont des outils précieux que nous préservons avec grand soin ».

« Toutefois, certains livres ont été retirés des bibliothèques, puis recyclés, lorsque leur contenu était jugé discriminatoire. Par exemple, Tintin au Congo a été retiré des tablettes du CECCE il y a déjà presque 15 ans », donne en exemple Sandy Chirol, conseillère aux communications et relationniste médias au CECCE.

À proximité du CECCE, le Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario (CEPEO) dit mettre à jour « continuellement » les ressources scolaires, mais « qu’aucun livre ou matériel pédagogique n’a été brûlé ou détruit ».

Le CEPEO affirme porter attention à ce que les élèves et le personnel puissent avoir accès « à du matériel en phase avec les valeurs de diversité, de pluralisme et de valorisation des Premières Nations, Métis et Inuit, défendues par notre conseil ».

« Périodiquement, des ressources sont donc ajoutées, tandis que d’autres, dont le contenu ne correspond pas à nos valeurs (exemples : ouvrages qui véhiculent des clichés et stéréotypes ou qui ont un langage colonisé) sont retirées. Ces ressources sont ensuite entreposées ou recyclées », indique le CEPEO dans une réponse écrite.

Dans le Nord, le le Conseil scolaire catholique Nouvelon (CSC Nouvelon) décrit que « les ressources considérées offensantes, problématiques ou ne reflétant pas nos valeurs » font l’objet d’évaluations.

« Une attention particulière est consacrée à l’achat des livres afin que ceux-ci reflètent les valeurs du conseil et contribuent à l’épanouissement de nos élèves. Le conseil porte également une attention aux ressources qui pourraient avoir un contenu non approprié et qui devraient être retirées des tablettes ou son utilisation devrait se faire de façon plus encadrée. Le CSC Nouvelon confirme n’avoir jamais brûlé de livres ou de ressources. »

  • CECCE : près de 26 000 élèves dans 58 écoles élémentaires et secondaires (Ottawa, Orléans)
  • CEPEO : près de 17 000 élèves 42 écoles élémentaires et secondaires (région d’Ottawa et Est Ontarien)
  • Viamonde : près de 13 000 élèves dans 56 écoles élémentaires et secondaires (Windsor, Niagara)
  • CSC Nouvelon : 6 400 élèves dans 37 écoles élémentaires et secondaires (Grand Sudbury, Chapleau)

Des étiquettes pour avertir

Au Conseil scolaire Viamonde, des ressources jugées offensantes ont toutefois été gardées « pour permettre au personnel enseignant de démontrer des contre-exemples ou pour sensibiliser aux faits historiques. », indique-t-on. Ces étiquettes sont ainsi utilisées pour avertir le matériel seulement mis à la disposition d’enseignants ou aux élèves de manière supervisée.

On donne l’exemple d’une étiquette sur un livre abordant le mot « amérindien ».

« Dans cette ressource se trouve le mot amérindien, un terme utilisé pour représenter le premier peuple de ce pays. Aujourd’hui, le vocabulaire respectueux utilisé pour représenter le premier peuple de l’Île de la Tortue est Premières nations, Métis, Inuit ou autochtones. »

Viamonde dit se fonder notamment sur quelques critères, dont quatre principaux pour « vérifier les ressources » :

  • le respect de la « culture et les communautés abordées »,
  • la pertinence du matériel de façon à ce que celle-ci « soit contextualisée et à refléter la culture locale »,
  • la responsabilité de la ressource à communiquer « des informations justes, authentiques et aussi complètes que possible »
  • la réciprocité, à savoir si la ressource présente la culture qu’elle aborde dans un esprit de réciprocité

On précise aussi se baser sur « des bases de données spécialisées comprenant des indices de valeur ou des blogues aussi spécialisés dans les sélections de livres sur les diversités et l’inclusion ».

Au CECCE, on avance procéder depuis le mois de mai dernier à la création d’un guide « qui saura définir des critères et le processus qui permettront au personnel scolaire de revoir l’utilisation de certains livres ou textes ».

Le CECCE dit croire à l’importance de mettre du matériel et de la littérature « respectueuse ».

« Il est donc important pour le CECCE de retirer les écrits qui exposent ou perpétuent des valeurs discriminatoires, quelles qu’elles soient. (…) De plus, par souci de bienveillance, le conseil procède au retrait des livres contenant des propos jugés irrespectueux. »

Si des plaintes étaient faites pour demander le retrait de ressources, le conseil, ajoute qu’il demanderait à des experts de procéder à une analyse et une évaluation. Le CECCE affirme qu’il « n’hésiterait donc pas à retirer tout livre ou texte faisant mention du mot en “N” » ou encore un cas où le contenu serait jugé discriminatoire.

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