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Olga Lambert, plus forte que le(s) cancer(s)

Temps de lecture : 6 minutes

[LA RENCONTRE D’ONFR+]

AJAX – Oui ! Olga Lambert est plus forte que le cancer, et plutôt quatre fois qu’une. Cependant, ce n’est pas parce que cette Franco-Ontarienne à l’incroyable résilience a eu la maladie du cancer quatre fois d’affilée, qu’elle vient de recevoir la médaille du Souverain pour les bénévoles des mains de la lieutenante-gouverneure de l’Ontario, Elizabeth Dowdeswell. Loin s’en faut, cette reconnaissance est venue couronner toute une vie de bénévolat passée au service des autres, notamment auprès de la communauté francophone. Retour sur une destinée hors du commun.

« Vous revenez d’un séjour médical en Allemagne. Avant de commencer, et sans indiscrète intention, on a envie de vous demander : comment ça va ?

Ça commence à aller mieux. Avec la résilience en tête et la foi, ça va de mieux en mieux, même si ce quatrième cancer a été beaucoup beaucoup plus difficile que les autres. C’est pour cette raison que j’ai dû partir à l’étranger pour me soigner. Il n’y avait plus aucun traitement pour moi ici, au Canada. C’était ça ou mourir.

J’ai un rendez-vous de suivi à l’hôpital le mois prochain, et je prie Dieu pour qu’ils m’arrêtent le traitement parce qu’il est lourd. Quant à l’indiscrète intention (Rires), je n’ai aucun problème à partager mon état de santé parce que j’estime que c’est important pour dire aux gens c’est bon de vivre, c’est bon de se battre pour la vie. Ça a toujours été ma philosophie depuis le diagnostic de mon premier.

Olga Lambert lors du lever du drapeau franco-ontarien à l’École élémentaire catholique Jean-Paul II, à Whitby. Gracieuseté

Le 1er janvier dernier, vous avez reçu la médaille du Souverain pour les bénévoles. À quoi avez-vous pensé à ce moment précis ?

J’ai pensé à la jeune fille de 22 ans que j’étais quand je suis arrivée au Canada pour la première fois pour poursuivre mes études. Même dans mes rêves d’enfant, je n’avais jamais imaginé recevoir cet honneur. D’autant plus qu’il est venu jusqu’à ma porte et ça, c’est une première !

On n’a jamais remis cette médaille à quelqu’un devant sa maison. Je raconte ça et j’ai en même temps les frissons sur les bras. Ils m’avaient dit que je pouvais inviter des gens à la cérémonie de remise, mais j’ai répondu que ce n’est pas une bonne idée parce que je connais beaucoup de monde et on aurait largement dépassé les 25 personnes autorisées à se rassembler en extérieur. Ils ont alors vite fait d’opter pour une transmission sur YouTube (Rires). Plus sérieusement, cette médaille est comme un nouveau livre de ma vie qui commence.

Est-ce vrai qu’à cette époque vous étiez la seule africaine de l’Université de Moncton ?

C’est vrai. En 1983, j’étais la seule fille africaine de l’université. Il y avait des étudiants africains, mais pas d’étudiantes. Ceci dit, ce fait n’avait aucune incidence, je ne m’étais jamais sentie différente, bien au contraire. Ces années-là étaient les plus belles de ma vie. Je me souviens qu’en 1984 on fêtait le bicentenaire du Nouveau-Brunswick et, vu que j’appartenais à la chorale de l’université, j’ai voyagé partout dans la province pour me produire en concert, un autre celui-là. Ce qui fait que maintenant, je connais le Nouveau-Brunswick comme ma poche. J’ai regardé dernièrement une photo de cette tournée et j’étais toujours la seule fille noire du groupe.

Olga Lambert, bénévole au Fiesta festival d’Oshawa. Gracieuseté

Est-ce que votre parcours dans le bénévolat a commencé à cette époque ?

Quand j’étais à l’Université de Moncton, j’avais un cours de taxation dispensé par un professeur très passionné. Ce dernier nous a demandé un jour de faire du bénévolat durant tout un week-end pour remplir les déclarations d’impôts des personnes qui en avaient besoin. J’ai tout de suite pris goût à aider les autres. D’ailleurs, je continue toujours aujourd’hui à le faire, même si les outils n’ont plus rien à voir avec ceux utilisés à l’époque.

Quand je suis arrivée en Ontario pour mon premier travail, j’ai d’abord commencé à faire la même chose au Centre francophone de Toronto puis, le bouche-à-oreille faisant bien les choses, des personnes de toutes les communautés venaient chez moi pour faire leur déclaration d’impôts.

Justement, quels sont les liens que vous entretenez avec la communauté franco-ontarienne ?

Ils sont très forts. Primo parce que je suis de souche togolaise, et donc je suis moi-même francophone. Secundo, parce que je m’implique dès que je peux dans cette communauté. Par exemple, après m’être rendu compte que, lors d’un travail bénévole au festival multiculturel Carasauga à Mississauga, parmi tous les pays du monde représentés, il n’y avait pas de pays francophone. Je suis partie avec une amie voir les organisateurs et je leur ai fait la remarque. C’est comme ça qu’on a créé, avec une amie, le pavillon Afrique avec une multitude de pays francophones, et ça dure jusqu’à aujourd’hui.

Du reste, j’ai été bénévole dans d’autres festivals avec mes deux enfants pour justement leur transmettre cet amour d’aider les autres sans contrepartie, juste pour le bonheur de le faire tout en apprenant des choses sur notre propre héritage culturel.

Olga Lambert au Festival international de cinéma, littérature et gastronomie qu’elle a initié. Gracieuseté

Est-ce pour cette raison que votre cercle d’amis proches vous surnomme « l’armée française » : parce que vous foncez tête baissée ?

(Rires). Vous êtes bien informé. Je présume qu’ils m’appellent de la sorte parce que je suis très passionnée quand il s’agit de bénévolat. J’ai beaucoup d’énergie physique, alors quand je me lance, je vais jusqu’au bout de ma mission. L’autre raison que je soupçonne est que je marche vite. Je suis aussi stricte avec moi-même et avec les autres. Même si tu es un ami très proche, lorsqu’il s’agit d’un travail bénévole qu’on fait ensemble, il n’y a plus d’amitié qui tienne jusqu’à ce que le travail soit fait.

Vous travaillez depuis 30 ans en tant qu’informaticienne. Beaucoup de vos collègues ont été surpris quand vous avez reçu la médaille du Souverain parce qu’ils ne savaient rien sur votre implication dans le bénévolat. Pourquoi avoir instauré un tel schisme entre votre vie professionnelle et votre vie communautaire ? Peut-on parler d’une double vie ?

Oui, on peut dire ça. Ce sont deux mondes complètement différents que je ne mélange jamais. Dès que je quitte le travail, c’est une autre vie qui commence pour moi, et vice versa. La raison est que je ne veux pas avoir de conflits d’intérêts dans mon travail comme je ne veux pas que mon travail me déconcentre lorsque je fais du bénévolat.

Je vais vous raconter une anecdote. Un jour un de mes employeurs a vu à la télé que j’étais en campagne pour être élue comme conseillère scolaire. Alors il a jugé bon de me faire comprendre qu’il faut que je déclare une situation de conflit d’intérêts alors que j’avais déjà vérifié et je ne l’étais pas. Alors je lui ai répondu : « Cela fait quatre ans que je suis conseillère scolaire sans même que vous le sachiez, c’est la preuve que mon implication dans la vie communautaire n’empiète en aucun cas sur ma vie professionnelle et l’inverse est vrai aussi ». Il n’a rien trouvé à redire.

Olga Lambert (en robe noire), bénévole durant le Mois d’histoire des Noirs. Gracieuseté

Vous avez eu quatre cancers, dont trois différents. Le premier a été diagnostiqué en 2008 et le dernier en pleine pandémie du Coronavirus. Vous ne vous dites jamais « Pourquoi moi ? »

Lorsqu’on m’a diagnostiqué le premier cancer, j’étais effondrée, mais pas pour longtemps. Le déclic était venu de la docteure qui me suivait à l’époque. Elle m’avait dit : « Moi, je vais m’occuper de ton corps et, toi, tu dois t’occuper de ta tête ». Cette phrase résonne encore en moi. Tout ça pour vous dire qu’une grande partie du combat contre la maladie se joue dans la tête et qu’il ne faut pas perdre du temps à en vouloir à l’humanité, il faut se concentrer sur soi. Alors je ne me dis pas « pourquoi moi », mais « pourquoi pas moi ».

Vous avez parlé au début de cet entretien d’un nouveau livre de votre vie qui commence avec cette médaille du Souverain. N’envisagiez-vous pas d’écrire un jour l’histoire de votre vie ?

Ma famille me le demande souvent et je réponds toujours que je ne sais pas écrire (Rires). »


LES DATES-CLÉS D’OLGA LAMBERT :

1960 : Naissance à Paris (France)

1983 : Arrivée au Canada en tant qu’étudiante à l’Université de Moncton

1989 : Premier emploi comme informaticienne au ministère de l’Éducation à Toronto

2008 : Diagnostic du premier cancer (sein)

2020 : Diagnostic du quatrième cancer (abdomen)

2022 : Reçoit de la médaille du Souverain pour les bénévoles

Chaque fin de semaine, ONFR+ rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

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