Projet Alto : 11 députés conservateurs ruraux font pression sur Ottawa
TORONTO – 11 députés conservateurs de l’Est de l’Ontario ont publié une déclaration conjointe remettant en question la gestion du projet Alto de train à grande vitesse (TGV) entre Québec et Toronto par le gouvernement fédéral. Ils demandent notamment des ajustements au tracé pour protéger les terres agricoles, ce quelques jours après le refus d’Ottawa d’agrandir l’aéroport Billy Bishop.
Parmi les élus du caucus de l’Est, représentés par cette déclaration, figurent le député francophone Stéphane Sarrazin (Glengarry—Prescott—Russell) ainsi que les ministres Nolan Quinn (Stormont—Dundas—Glengarry-Sud) et David Piccini (Northumberland—Peterborough-Sud). Ensemble, ils veulent faire entendre la voix des communautés rurales face aux incertitudes du tracé.
Ils y soulignent notamment que « les investissements qui renforcent l’économie de l’Ontario, améliorent les transports et créent des emplois doivent refléter les priorités et les besoins des communautés rurales, des agriculteurs, des familles et des entreprises locales ».
Insistant sur le fait que la confiance du public repose sur une « consultation véritable », le caucus remet en question la démarche d’Ottawa : « Dans le cas d’ALTO, trop de questions restent sans réponse. Trop de voix ont été ignorées. »
Le tracé pressenti pour ce train pouvant atteindre 300 km/h suscite de vives inquiétudes dans l’Est ontarien, où la traversée des zones agricoles fait craindre des expropriations et le morcellement des terres.
Les députés exigent donc que tout futur projet « réduise au minimum les répercussions sur les terres agricoles et bénéficie de l’appui des personnes touchées », promettant de rester aux côtés de leurs municipalités, agriculteurs et résidents.
Une collaboration « extrêmement importante »
Interpellé ce mercredi sur ces tensions grandissantes, le ministre fédéral des Transports, Steven MacKinnon, a cherché à calmer le jeu tout en réaffirmant la volonté d’Ottawa d’aller de l’avant.
« C’est un projet très convoité et très apprécié. Cela a frappé l’imaginaire des Canadiens avec les possibilités qu’il offre […]. Ce sont des possibilités qui font rêver les gens », a soutenu le ministre, ajoutant qu’il était « grand temps que le Canada se joigne au concert des pays qui bénéficient de ce service ».
Conscient des inquiétudes sur le terrain, M. MacKinnon a assuré vouloir maintenir une approche collaborative : « Évidemment, comme avec le Québec, la collaboration avec le gouvernement de l’Ontario est extrêmement importante. Notre gouvernement gère beaucoup de dossiers et entretient une étroite collaboration avec le gouvernement de M. Ford. J’ai moi-même une excellente relation avec M. Sarkaria, et cette collaboration va se poursuivre. »
Reconnaissant que la construction de grands chantiers s’accompagne inévitablement d’inquiétudes, le ministre fédéral a rappelé qu’il incombait aux promoteurs et aux gouvernements d’écouter, de consulter et d’établir des partenariats.
Il y a quelques mois à peine, le ministre MacKinnon lui-même rappelait l’importance capitale de l’appui des provinces en affirmant catégoriquement : « Soyons clairs, il n’y a pas de projet Alto sans Québec. »
Une mise au point survenue alors que le Parti Québécois avait rejeté le projet, le qualifiant de « train de l’unité canadienne ».
L’ombre de Billy Bishop?
Cette annonce du caucus de l’Est de l’Ontario intervient juste après la prise de position défavorable d’Ottawa quant à l’expansion de l’aéroport du centre-ville de Toronto, projet porté par le gouvernement Ford.
Le ministre fédéral des Transports, Steven MacKinnon, avait en effet annoncé vendredi dernier rejeter l’expansion de l’Aéroport Billy Bishop de Toronto. M. MacKinnon invoquait alors des raisons environnementales et l’opposition de 87 % des répondants aux consultations publiques.
Se disant pris de court après des mois de négociations portant sur un soutien réciproque vis-à-vis des grands projets d’infrascture, le ministre ontarien des Transports, Prabmeet Sarkaria, avait réagi ce mardi en conférence de presse, accusant Ottawa de céder à des « groupes marginaux » et questionnant la capacité du gouvernement fédéral à mener à bien de grands chantiers.