Le conseil d'administration du Salon du livre du Grand Sudbury, de gauche à droite : Maxime Cayouette, Johanne Melançon, Jacqueline Gauthier, Geneviève LeBlanc, Sonya Malaborza et Julie Boissonneault Photo: Geneviève LeBlanc
Culture

Racines et solidarité interprovinciale au menu du 13e Salon du livre de Sudbury

Le conseil d'administration du Salon du livre du Grand Sudbury, de gauche à droite : Maxime Cayouette, Johanne Melançon, Jacqueline Gauthier, Geneviève LeBlanc, Sonya Malaborza et Julie Boissonneault Photo: Geneviève LeBlanc

SUDBURY – Le Salon du livre du Grand Sudbury (SLGS) lance aujourd’hui sa 13e édition à la Place des Arts, sous le thème « Histoire de nos racines ». Désormais annuel, l’événement mise sur une programmation ancrée dans le récit historique et un partenariat stratégique avec l’Abitibi pour pallier les défis de distribution du livre francophone dans le Nord.

Pour Geneviève LeBlanc, directrice générale et artistique du Salon, cette édition 2026 marque une étape de maturité. 

Après avoir adopté un rythme annuel pour répondre à la soif culturelle du Nouvel-Ontario, le Salon resserre sa ligne éditoriale autour d’un thème porteur : l’identité par l’histoire.

Cette année, la programmation délaisse quelque peu la poésie et le théâtre pour se concentrer sur le récit de vie et le fait historique. « J’ai choisi ce thème parce qu’on a réuni des auteurs qui parlent de l’histoire de leurs communautés, qu’elles soient d’ici ou d’ailleurs », explique Mme LeBlanc.

Ce choix vise à mettre à l’honneur des œuvres comme la bande dessinée documentaire Du sang sur la neige de Jacques Poirier ou les romans de Doric Germain, le Salon se fait ainsi le gardien de la mémoire collective. 

La tragédie de Reesor Siding, conflit syndical sanglant de 1963, sera au centre des discussions, illustrant la volonté du Salon d’être un lieu de réflexion sur les luttes qui ont façonné le Nord.

Le milieu minier sous la loupe des chercheurs 

Parmi les récits de vie mis à l’honneur, le lancement du 104e document historique de la Société historique du Nouvel-Ontario (SHNO) s’annonce comme un moment fort de cette édition. 

Intitulé Des vies sous la terre, des vies sur la terre, cet ouvrage est le fruit d’une collaboration entre trois professeurs de l’Université Laurentienne : Rachid Bagaoui, Donald Dennie et Simon Laflamme.

Le livre recense la mémoire collective de l’industrie minière à travers les témoignages de 28 retraités du bassin de Sudbury, dont 11 entretiens menés en français. Au-delà du travail technique, les auteurs brossent un portrait humain touchant aux loisirs, à la famille et à la culture ouvrière. 

Le public pourra assister au lancement officiel et à une causerie animée par la professeure émérite Julie Boissonneault ce samedi 9 mai, à 11 h 30, au Bistro de la Place des Arts. Pour l’occasion, d’autres titres historiques de la SHNO portant sur les mines de la région seront également disponibles.

L’an dernier, la 12e édition avait marqué une première avec plusieurs activités hors des murs, comme la veillée littéraire au Refettorio du YES Theatre de samedi soir. Photo : Inès Rebei/ONFR

L’axe Sudbury-Abitibi : pallier l’absence locale

La réalité économique du livre francophone hors Québec demeure un défi de taille selon l’organisme : la présence physique des maisons d’édition québécoises est en diminution depuis une décennie, un phénomène accentué par l’explosion des frais de livraison.

Pour contrer cet isolement et compenser la fermeture de la librairie Panache en juillet 2025, le SLGS mise sur une solidarité transfrontalière avec l’Abitibi. Cette année, la librairie L’Encrage, située à environ 330 kilomètres de Sudbury, à Rouyn-Noranda, agit à titre de libraire officiel du Salon.

L’équipe québécoise a d’ailleurs pris ses quartiers dans l’ancien local de la boutique Panache, au cœur de la Place des Arts, afin d’assurer la vente des ouvrages durant toute la fin de semaine. « Ils se déplacent pour représenter toutes les maisons d’édition qui ne pouvaient pas physiquement y être », précise la directrice.

En plus de l’offre du Regroupement des éditeurs franco-canadiens (RÉFC), L’Encrage apporte dans ses bagages les catalogues de grands distributeurs québécois comme Socadis, Imidia et Prologue. 

« Il va y avoir une très belle variété de titres qui viennent de toutes sortes de maisons d’édition du Québec »
— Geneviève LeBlanc

Cette logistique de distribution soulève également la question des liens internes au Nouvel-Ontario. Interrogée sur une potentielle collaboration avec la nouvelle librairie 10-04 de Hearst  qui a ouvert ses portes en décembre dernier, Mme LeBlanc se montre ouverte, tout en soulignant les défis de main-d’œuvre : « Ce serait certainement une conversation pour l’année prochaine. L’Encrage a plusieurs succursales et peut déléguer des employés, alors que Hearst est un plus petit projet pour l’instant. » 

Le Salon n’exclut toutefois pas de bâtir un axe littéraire plus fort entre les deux pôles du Nord à l’avenir. Par ailleurs, une vente spéciale des derniers stocks de l’ancienne librairie Panache est prévue au cours de l’année.

La participation scolaire toujours au rendez-vous

Si le grand public est attendu en nombre, c’est dans les écoles que le Salon joue sa partie la plus cruciale. 

Le volet scolaire ne montre aucun signe d’essoufflement : plus de 70 ateliers seront répartis dans 30 écoles des conseils catholiques et publics. 

Ces prévisions s’inscrivent dans une tendance de fréquentation stable pour l’organisme, qui a attiré entre 6700 et 7400 visiteurs lors de ses trois dernières éditions, tout en maintenant un volet scolaire robuste dépassant systématiquement les 80 ateliers en classe.

« On avait peur de perdre des membres en passant à un format annuel, mais les conseils scolaires ont signé avec nous pour la troisième année consécutive », se réjouit Mme LeBlanc.

Le samedi sera d’ailleurs entièrement dédié aux familles, avec une innovation scénique : les enfants seront invités à s’installer directement sur la scène de la Grande Salle pour le spectacle Yassama et la calebasse aux cauris, créant une proximité inédite avec les artistes.

Enfin, cette année, le spectacle de Major et Moran, présenté en partenariat avec La Slague, se tiendra le 14 mai à la Grande Salle de la Place des Arts. Ce décalage après la clôture de la foire vise à favoriser l’achat de livres durant le week-end principal.

Cette soirée constitue d’ailleurs l’unique prestation confirmée du duo en Ontario pour cette tournée avant leur retour au Québec.