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Recrutement étudiant et communication : le discret recentrage de l’UOF

Temps de lecture : 5 minutes

TORONTO – L’Université de l’Ontario français ne veut pas reproduire les errements du passé. Les objectifs chiffrés d’inscription ont été bannis du discours dominant, le rapprochement avec les écoles franco-ontariennes est devenu prioritaire et la publicité au bord de l’autoroute Gardiner fait partie de l’histoire ancienne, dit-on dans les couloirs du 9, rue Lower Jarvis. À quelques heures de l’inauguration officielle ce vendredi, immersion dans un changement de culture post-Roy : celui de l’ère Ouellette, qui elle aussi pose son lot de questions, à commencer par le logement étudiant et l’avenir physique du carrefour des savoirs et de l’innovation.

« On se tient loin des chiffres car on réalise qu’il y a des conjonctures. Ce qui est important est de préserver la pertinence », explique, prudente, Édith Dumont. La vice-rectrice aux partenariats, collectivités et relations internationales ne s’avance sur aucun objectif d’inscription pour les années à venir. La leçon est retenue.

Pour sa première rentrée, l’université n’a pas atteint la cible fixée à 200 étudiants par son premier recteur, André Roy, qui a fait ses valises six mois après s’être installé dans son fauteuil. Selon les projections qui ont conduit à sa création, l’UOF escompte 1 500 étudiants d’ici 2026. 151 sont actuellement inscrits.

Pour garnir ses salles de classe, l’institution – inaugurée ce vendredi – est sur le pied de guerre depuis plusieurs semaines afin de redresser la barre lors de sa deuxième rentrée qui s’annonce capitale.

Le recteur Pierre Ouellette le martèle depuis son entrée en fonction : « Notre priorité majeure est de recruter dans les écoles secondaires du Centre-Sud-Ouest », un public que l’université n’a pas pu conquérir un an auparavant. Le ministère des Collèges et Universités avait autorisé les programmes de l’UOF à trois mois de la date butoir des inscriptions.

Vers un rééquilibrage Ontario-international

Concentrée au départ sur une clientèle internationale (70 %) et adulte, l’établissement s’est donc rapidement repositionné sur Toronto et le Centre-Sud-Ouest avec un calendrier de rencontres physiques et virtuelles dans les écoles. Les portes ouvertes prévues début décembre seront une épreuve du feu pour la jeune institution.

Sur le radar de l’équipe pédagogique : les élèves, les parents mais aussi les enseignants et conseillers d’orientation qui jouent un rôle souvent déterminant dans le parcours académique des jeunes. Les responsables de pôle d’études sont en train d’élaborer des activités qui leur permettront de rentrer dans les salles de classe en virtuel et de faire comprendre la finalité de leurs programmes respectifs.

Édith Dumont, vice-rectrice aux partenariats, collectivités et relations internationales à l’UOF. Crédit image : Rudy Chabannes

« On ne peut pas juste arriver avec une promotion et des affiches listant nos quatre programmes », avertit la vice-rectrice. « Les enseignants veulent comprendre la pertinence et ça passe par des expériences authentiques d’apprentissage. »

Dans sa précédente approche, l’UOF avait essuyé de vives critiques des futurs étudiants sur l’inadéquation de ses programmes avec leurs besoins. Certaine du bien-fondé de ses programme, l’institution veut dorénavant mieux expliquer ses contenus et leur portée. Le cinquième programme, un baccalauréat en éducation, n’a toujours pas reçu l’aval de la Commission d’évaluation sur la qualité de l’éducation postsecondaire.

De nouveaux programmes « rapidement »

Le recteur affirme que d’autres programmes sont à l’étude avec le souci de « ne pas faire de tort aux universités partenaires ». « On entend les commentaires de la communauté et on va rapidement voir quels programmes on va ajouter », avait-il déclaré en septembre, en entrevue avec ONFR+, au cours d’une webémission du Club canadien.

L’attention portée à la clientèle internationale et adulte perdure, notamment avec les microcertificats, mais « l’emphase est mise sur les élèves du secondaire en Ontario français : c’est pour ça qu’on existe », insiste Mme Dumont.

Pierre Ouellette, recteur de l’Université de l’Ontario français. Source : Twitter UOF

« Attirer des étudiants internationaux est un avantage financier. On ne s’en cache pas, ce sont des revenus additionnels », convient le recteur. « En même temps, on est conscient que la proportion de francophones doit augmenter dans nos communautés. On a besoin de cet apport de l’immigration et les universités en sont un vecteur important et font ensuite en sorte que les immigrants s’intègrent et deviennent actifs dans nos communautés. »

Une fois son financement de démarrage provincial et fédéral épuisé, l’UOF devra assurer sa pérennité financière en scellant avec le ministère des Collèges et Universités une entente de mandat stratégique.

Logement, recherche et carrefour des savoirs : tout n’est pas réglé

En dehors d’une entente avec la résidence Parkside, l’UOF n’a pas été en mesure d’adosser des logements étudiants à son campus. « On a réservé des places dans cette résidence », précise Mme Dumont. « Ça coûte moins cher que d’être en appartement et ça inclut le lunch, des activités socio-culturelles et des services en santé. On a une entente qui certifie que ces services en santé mentale soient en français ».

Par ailleurs, le carrefour des savoirs et de l’innovation n’a pas abouti à une structure physique pour l’heure. Encore au stade virtuel, il ambitionne de jouer le rôle d’interface entre l’espace académique et la communauté, y compris dans la recherche appliquée. « On a une personne dédiée au dossier et 42 partenaires qui se réunissent régulièrement », poursuit la vice-rectrice. « Tout cet écosystème existe mais pas d’une porte à l’autre ».

Elle concède que seul un agrandissement futur pourrait conduire à convertir ce carrefour en lieu physique. « On ne sait pas ce que l’avenir nous réserve ». Le gouvernement fédéral a investi 1,9 million de dollars pour ce projet. Sollicitée sur cette question par ONFR+, l’UOF n’a pas été en mesure de détailler l’utilisation de ces fonds fédéraux, au moment où nous écrivions ces lignes.

Une partie des locaux de l’UOF. Crédit image : Rudy Chabannes

Le volet recherche en lui-même est aussi en construction, l’énergie des derniers mois s’étant surtout focalisée sur l’aménagement du campus et l’offre de cours programmes. « Il va y a voir une place importante pour la recherche », promet M. Ouellette qui voudrait créer un réseau de recherche des petites universités.

L’UOF n’a pas non plus encore exploré les possibilités de délocalisation de son campus dans d’autres villes du Centre-Sud-Ouest, alors que les loyers torontois font rebutent nombre d’étudiants. « Dans notre développement, on n’est pas rendu là encore, concède M. Ouellette.

« On ne renie pas que l’UOF a été fondé sur l’idée de l’accès, mais sur les 225 000 francophones dans le Centre-Sud-Ouest, 65 000 sont à Toronto, un des principaux lieux de francophonie en Ontario. On est conscient de cet enjeu et du défi du logement », dit-il, insistant sur les bénéfices de la comodalité, c’est-à-dire l’accès aux cours à distance comme en présentiel. « Ce n’est pas une solution miracle mais c’est une façon de rester chez soi. »

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