Société

Restructuration au CEPEO : les secrétaires protestent de nouveau et dénoncent un manque de transparence

OTTAWA – Un mois après une première manifestation contre le projet de restructuration du Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario, des secrétaires scolaires, syndicalistes et parents ont de nouveau protesté mardi devant les bureaux du CEPEO. Malgré la possibilité désormais offerte aux écoles de demander des dérogations pour éviter certaines coupures, les travailleuses dénoncent toujours des suppressions de postes et des réductions salariales qu’elles jugent injustifiées.

« Pour un conseil en pleine croissance comme le nôtre, ça n’a pas de sens. C’est du jamais vu en 30 ans au CEPEO », lance Christine Couture, présidente de l’unité syndicale SCFP 5335.

La décision du CEPEO de couper 26 postes équivalents temps plein (ETP) dans le cadre d’une « restructuration des tâches administratives lancée en juin 2024 », selon le conseil scolaire, ne passe toujours pas auprès des travailleurs concernés.

« Ces coupures contredisent l’ouverture de nouvelles écoles et la croissance affichée du conseil scolaire », affirme Mme Couture, entourée de travailleurs de l’éducation, de parents et de syndicalistes rassemblés devant les bureaux du CEPEO pour dénoncer la situation.

Ce rassemblement, le deuxième du genre, s’est tenu en marge d’une réunion ordinaire des conseillers scolaires.

Lors du premier rassemblement, il y a un mois, une conseillère scolaire avait demandé un rapport d’analyse sur les raisons de cette restructuration, les démarches entreprises par le conseil et les conséquences possibles de cette décision.

« Nous avons demandé si ce rapport serait présenté ce soir, mais on nous a répondu que ce ne serait pas fait publiquement. Nous nous attendions pourtant à ce qu’il soit rendu public aujourd’hui », s’indigne la présidente du SCFP 5335, qui dénonce un manque de transparence du CEPEO.

Pour en avoir le cœur net, des membres du personnel et du syndicat ont même fait irruption dans la réunion des conseillers scolaires afin d’exprimer leurs inquiétudes quant aux répercussions de ces décisions sur les écoles et les élèves du CEPEO.

Contacté par ONFR, le CEPEO explique qu’il procède à des ajustements de personnel dans le cadre de la planification des effectifs pour l’année scolaire 2026-2027.

« La restructuration vise à optimiser l’efficacité de nos opérations dans une démarche d’amélioration continue et à alléger certaines responsabilités administratives dans les écoles afin de leur permettre de prioriser le service à l’élève », souligne le conseil scolaire.

Le CEPEO ajoute que « les formules de dotation du personnel administratif, incluant les secrétaires d’école, sont prescrites par le ministère de l’Éducation, et le financement est octroyé en fonction de ces paramètres ».

Le conseil scolaire voit également dans les actions récentes du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) « une posture visant à mobiliser leurs membres en prévision de négociations prévues avec le gouvernement de l’Ontario à l’automne ».

Un argument rejeté par le syndicat.

« Pourquoi veut-on équilibrer le budget sur leur dos? »

« Les secrétaires n’ont pas les salaires les plus élevés du conseil scolaire. Pourquoi veut-on équilibrer le budget sur leur dos? », déplore Caroline Lemieux, secrétaire dans une école.

« Personnellement, je pourrais perdre environ 12 000 dollars par année. Avec le coût de la vie actuel, c’est énorme », affirme-t-elle.

« Les secrétaires n’ont pas les salaires les plus élevés du conseil scolaire. Pourquoi veut-on équilibrer le budget sur leur dos? », déplore Caroline Lemieux. Photo : ONFR

Depuis la première manifestation du 28 avril dernier, la principale évolution dans le dossier est la possibilité offerte aux écoles touchées de demander une dérogation afin d’éviter certaines suppressions de postes.

« Par contre, il était clairement mentionné qu’une demande ne garantit pas son acceptation », prévient Mme Lemieux.

« Les dossiers sont toujours à l’étude par le conseil. On devrait avoir une réponse d’ici vendredi », précise pour sa part Christine Couture.

La présidente du SCFP 5335, une section locale représentant quelque 500 travailleurs de l’éducation, de l’administration et de la conciergerie du CEPEO, estime toutefois que ce mécanisme soulève des questions sur l’utilisation des enveloppes budgétaires.

Mme Lemieux insiste aussi sur l’importance du rôle joué par les secrétaires dans les écoles.

« Avant tout, on se bat pour nos élèves. Dans mon école, je connais les 500 élèves par leur prénom et je connais les familles. Une école sans secrétaire, c’est comme enlever le cœur de l’école. »

Christine Couture appelle également les conseillers scolaires à prendre le dossier à bras-le-corps.

« Le ministère de l’Éducation impose des coupures un peu partout, mais il a aussi maintenu les conseils scolaires francophones et leurs conseillers scolaires pour assurer le bon fonctionnement des écoles. Ce qu’on veut faire valoir ce soir, c’est que les conseillers scolaires ont un rôle important à jouer. Ils doivent faire entendre les préoccupations des parents et du public face à cette restructuration », affirme-t-elle.

Malgré cela, les travailleurs assurent vouloir poursuivre leur mobilisation.

« Notre bataille n’est pas terminée. Nous voulons continuer à nous faire entendre et demander au CEPEO de renverser sa décision. Derrière le titre de secrétaire, il y a des humains et des familles. Plusieurs d’entre nous seront placés dans une situation précaire », soutient Mme Lemieux.