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Sauvegarde du Droit : un combat à mener pour les Franco-Ontariens

Temps de lecture : 2 minutes

[ANALYSE] 

OTTAWA – À force de le voir dans les dépanneurs ou étalé sur les tables des cafés, on avait fini par le croire éternel. Comme tout, le quotidien Le Droit, bien que centenaire, est condamné un jour à une fin.

La semaine dernière, la faillite de Groupe Capitales Médias (GCM) conjuguée au plan de sauvetage de cinq millions de dollars in-extremis du gouvernement québécois est venue brusquement nous rappeler la fragilité de nos médias. Sauf que Le Droit, seul quotidien franco-ontarien, et de surcroît fondé en 1913 pour contester le sinistre Règlement XVII, n’est pas qu’un simple média. Jusqu’au 31 décembre, le voilà en cas sous respirateur artificiel…

Ce faisant, la réaction de la plupart des leaders de la communauté franco-ontarienne n’a pas été à la hauteur de la crise. Certes, la menace pesant sur Le Droit ne déclenche pas un sentiment d’injustice comme peut le faire une décision gouvernementale. Ce fut le cas avec la crise de l’Hôpital Montfort, et plus récemment avec la fin de l’indépendance du Commissariat aux services en français.

Des solutions venant de la communauté

Les esprits chagrins se consoleront peut-être, en se disant que Radio-Canada est là, TFO, les journaux communautaires. C’est oublier que Le Droit, découlant de fonds privés, est pour beaucoup le média le plus capable d’incarner cette indépendance journalistique.

Pour toutes ces raisons, Le Droit représente une institution franco-ontarienne aussi précieuse et vitale que peut l’être le Commissariat aux services en français. Et son salut ne viendra que de la communauté.

Renouvellement des abonnements, prises de parole, interpellation des élus, autant d’outils capables de convaincre un éventuel acquéreur de la valeur du journal des deux côtés de la rivière des Outaouais. Le président et chef de la direction de Québecor, Pierre Karl Péladeau, intéressé par un rachat, serait au moins avisé de la dimension franco-ontarienne du quotidien. Mieux vaut prévenir que guérir…

Pas d’aides gouvernementales en vue

Car ne rêvons pas. La solution pour pérenniser Le Droit ne viendra pas des aides gouvernementales, pas dans le court terme en tout cas. D’ailleurs, la ministre des Affaires francophones de l’Ontario, Caroline Mulroney, a fourni une réponse polie en déclarant qu’une réflexion s’impose. Il y a peu de chances de voir le gouvernement Ford, proche de ses sous, mettre la main à la pâte pour sauver un journal.

Côté fédéral, pas sûr non plus que des idées novatrices se dessinent. Dévoilé en octobre dernier, le Fonds d’appui stratégique aux médias communautaires, doté d’une enveloppe de 10 millions de dollars sur cinq ans, reste difficile à clarifier. Où ira vraiment l’argent ? Vers quels médias ?

Le mois dernier, c’est un groupe d’experts sur le journalisme et la presse écrite qui remettait son rapport final au ministre du Patrimoine canadien et du Multiculturalisme, Pablo Rodriguez. Un document avec une batterie de mesures comme les crédits d’impôt remboursables pour les organismes journalistiques admissibles, ou un crédit d’impôt non remboursable pour les abonnements aux médias numériques canadiens. Bien difficile de savoir si toutes ces belles recommandations verront le jour.

Dans ces deux cas, les choses traînent… Le Droit et d’autres journaux n’ont, eux, plus le temps d’attendre.

Il serait fâcheux qu’un quotidien créé pour donner une place aux Franco-Ontariens dans leur province disparaisse 106 ans plus tard, le tout dans l’indifférence des arrière-petits-enfants de ces francophones bâtisseurs. Plus qu’une nécessité pour les Franco-Ontariens, le combat pour la survie du Droit est un devoir.

Cette analyse est aussi publiée dans le quotidien Le Droit du 26 août.

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