Passer au contenu Passer au pied de page

Toronto : le maire partage sa vision du français dans un contexte multilingue

Temps de lecture : 3 minutes

TORONTO – Pour la première fois depuis son élection, en 2014, le maire de Toronto a participé à une séance de questions/réponses avec les Franco-Torontois. Lors de l’événement organisé par l’organisme de représentation des francophones de la Ville reine, l’Association des communautés francophones de l’Ontario à Toronto (ACFO-Toronto), John Tory a exposé sa vision de la place du français dans la métropole d’un pays bilingue.

« Souvent les gens me demandent pourquoi je parle français lors de points de presse. Pour moi, c’est d’abord une question de respect. Puis, je réponds en disant qu’il y a 100 000 francophones à Toronto. Mais je réalise aujourd’hui que le chiffre que je donnais était trop bas ! Ce serait plutôt 200 000 francophones ! Et ça fait du sens en considérant tous ces gens qui arrivent à Toronto », a soutenu le maire lors de cette rencontre citoyenne virtuelle.

Le premier magistrat de Toronto a fait référence aux immigrants francophones qui arrivent d’Afrique, d’Europe ou même du Québec.

« Peut-être parlent-ils anglais, mais plusieurs préféreraient avoir des services en français », a-t-il admis.

Le président de l’ACFO-Toronto, Serge Paul, a partagé les questions des Franco-Torontois au maire de Toronto, John Tory. Capture écran ONFR+

Questionné par des citoyens sur l’absence de camps de jour municipaux francophones ou de messages bilingues français/anglais dans le métro, surtout financé par des fonds provinciaux et fédéraux, le maire s’est cependant montré plus prudent.

« Dans cette ville, on reconnaît la place spéciale du français comme une de nos langues officielles. Mais il faut être conscient que si on fait cela pour le français, des gens qui parlent d’autres langues, non-officielles celles-là, vont nous dire qu’ils sont des centaines de milliers de gens à parler mandarin, espagnol… ou d’autres langues… et vont dire pourquoi vous ne le faites pas [pour nous]. Et là, on aura des messages dans toutes les langues dans le métro et les gens vont commencer à se plaindre de ça et que ça les dérange », a-t-il expliqué en anglais.

« Ce n’est pas une raison pour ne pas le faire, mais il faut avoir une discussion prudente », a-t-il ajouté.

Le maire de Toronto a souvent parlé de la place du français dans la Ville reine. Mais jamais n’avait-il été aussi loin sur sa vision de la place à laisser à l’une des deux langues officielles du Canada dans le contexte multilingue de Toronto.

En février, la Commission des transports de Toronto avait évoqué son désir d’ajouter des panneaux bilingues dans le métro.

Mais ce sont les propos de son vice-président qui avait plutôt fait les manchettes. « Si on veut pouvoir dire au Québec de ne pas avoir des panneaux unilingues, peut-être qu’on devrait se tenir debout en premier et montrer qu’on est assez grand pour le faire », avait lâché l’avocat, Alan Heisey. Aucune avancée au dossier n’a été rapportée publiquement.

Formulaires en français, mais pas de fonctionnaires francophones

Pendant l’événement virtuel avec le maire, une citoyenne a salué la décision de la Ville d’offrir des formulaires en français dans certains secteurs, mais s’est étonnée de la réaction de l’appareil municipal après coup.

« Dans le domaine du logement social, il existe les formulaires en français, mais quand on les soumet, on nous dit qu’il n’y a pas de capacité à l’interne pour les traiter. À quoi bon avoir les formulaires en français alors que le personnel de la Ville ne peut les utiliser », a-t-elle dit.

John Tory semblait doublement surpris.

« C’est une bonne nouvelle qu’on ait des formulaires en français ! », a-t-il d’abord lancé. « Mais une mauvaise que personne ne puisse les comprendre et les traiter ! », a-t-il poursuivi.

« Évidemment, ça ne fait aucun sens d’avoir des formulaires en français et personne qui comprend en français », a affirmé le maire, promettant d’y voir.

La rencontre a aussi été une occasion pour des citoyens de demander aux maires de penser davantage à la réalité des femmes francophones vulnérables, des immigrants francophones ou des artistes francophones. Certains ont aussi demandé que la police de Toronto sachant lesquels de ses policiers maîtrisent le français.

John Tory a répété que la communauté devait utiliser le Comité consultatif francophone de la Ville pour se faire entendre et faire avancer ces dossiers. Plusieurs observateurs sont cependant déçus de constater l’absence de réalisations concrètes du Comité consultatif depuis les dernières années.

Lors de son premier mandat, John Tory a réinstauré ce comité francophone, aboli par l’ancien maire Rob Ford. Ses autres engagements en matière de francophonie sont cependant restés lettre morte, comme nous le rapportions dans cette capsule, réalisée en 2018.

Ci-dessous, notre vidéo réalisée au moment des élections municipales de 2018, et dressant le bilan francophone du premier mandat de John Tory :

Vous aimez ? Faites-le nous savoir !
5+