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Trille Or: «J’ai grandi», affirme Yao

[ENTREVUE EXPRESS]

QUI:

L’artiste ottavien d’origine togolaise Yao a dominé la soirée de récompenses des Trille Or, jeudi soir, en remportant trois prix: «meilleur spectacle», «artiste solo», et «coup de cœur des médias».

LE CONTEXTE:

Le gala biennal organisé au Centre des Arts Shenkman et télédiffusé à travers le pays est l’occasion pour les artistes francophones de se distinguer. Bien que plusieurs fois nominé, notamment en 2015, Yao n’y avait jamais gagné le moindre prix.

«Malgré huit nominations en 2015, vous n’aviez pas obtenu de récompenses. Ce soir, les choses ont changé. Peut-on parler de revanche?

(Rires). Je n’utiliserais pas le mot revanche, mais un peu. C’est un beau retournement de situation d’avoir neuf nominations cette année, et d’en gagner trois. En quatre ans, j’ai grandi, je me suis plongé dans mon projet, j’ai vraiment été chercher toutes les ressources pour grandir. Les gens ont vu mon album LAPSUS sortir en 2016, et ils ont vu le travail qu’on était capable de faire. En quatre ans, je me suis marié, je suis devenu papa, la vie m’a fait grandir. Je suis un autre artiste.

Des trois prix reçus ce soir, est-ce qu’il y’en a un plus important pour vous?

(Hésitations). Les trois sont très convoités, et un bel aboutissement. Le prix «meilleur spectacle» est quand même quelque chose, car on a pris du temps pour le bâtir avec mon équipe.

On voulait que les gens viennent dans une salle de spectacle en se disant qu’ils oublient leur quotidien, et vivent quelque chose. En anglais, on dit d’ailleurs un live show, parce que ça donne vie à la musique. C’est pour ça que le spectacle s’appelait Nomade, je voulais faire voyager les gens, avec une gamme d’émotions.

Qu’est-ce que ça représente un Gala comme les Trille Or?

C’est une grande fête, c’est une famille, mais c’est aussi un moment de réflexion sur notre identité culturelle, notre avenir en tant qu’artiste. On dit que la musique, c’est l’art d’un peuple, on arrive à reconnaître toute une génération à travers son art. Dans l’ère dans laquelle on évolue, avec les difficultés politiques et de l’industrie, je pense que c’est encore plus important de ne pas rester muet, de parler.

Au moment de recevoir les récompenses, vous avez scandé «Nous sommes, nous serons», la devise de la résistance franco-ontarienne. Est-ce que la Résistance était présente ce soir?

La Résistance était très présente. Je ne pense pas qu’il y avait une message politique dans cette soirée des Trille Or, mais les artistes ont un message politique à véhiculer.

Avec les coupures que l’on voit, on se sent menacé. Par exemple, les 5 millions de dollars de coupures au Conseil des arts de l’Ontario, le Fonds de l’Ontario Créatif qui perd 55 % de son financement… Une langue est véhiculée à travers sa culture, mais une culture est aussi véhiculée à travers sa langue, donc s’attaquer à une culture, c’est attaquer une langue, les deux sont indissociables.»

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