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Maison Fraternité : un nouveau programme en remplacement d’ici avril 2020

Temps de lecture : 3 minutes

OTTAWA – Au lendemain de l’annonce de la fermeture prochaine du Centre résidentiel pour jeunes de la Maison Fraternité, le Réseau local d’intégration des services de santé (RLISS) de Champlain assure qu’un nouveau programme en français sera développé en remplacement d’ici avril 2020.

BENJAMIN VACHET
bvachet@tfo.org | @BVachet

« Le Centre résidentiel pour jeunes a débuté ses opérations en octobre 2012. Six ans plus tard, il est évident que ce programme ne répond pas aux besoins des jeunes francophones. La moitié du temps, les lits sont vides. Il faut se rendre à l’évidence », explique Chantale LeClerc, chef de la direction du RLISS de Champlain.

L’agence de santé régionale justifie ainsi sa décision de ne plus verser, à compter d’avril 2020, la subvention annuelle de 816 600 $ nécessaire pour le fonctionnement du Centre résidentiel pour jeunes. La Maison Fraternité continuera toutefois à offrir des services de jour, au sein des écoles et auprès des parents. Mme LeClerc l’assure : il ne s’agit pas d’une coupure de financement.

« Toute la somme qui était investie pour le centre résidentiel servira à financer un nouveau programme en français pour les jeunes francophones. Ce que nous voulons faire, c’est consulter la communauté, les jeunes et les parents, pour offrir un service qui répondra davantage à leurs besoins. Nous savons que la demande existe pour un programme en français. Nous avons fixé la date d’avril 2020 pour nous laisser le temps de bâtir un nouveau programme et pour qu’il n’y ait pas d’interruption de service. »

Le RLISS promet que le nouveau programme sera offert uniquement en français et dans un environnement francophone. Ce service devrait également demeurer à Ottawa et pourrait se doter d’une composante virtuelle.

« Nous sommes ouverts à toutes les possibilités et méthodes innovatrices », assure Mme LeClerc.

Un service essentiel, dit la Maison Fraternité

Seule institution à offrir ce service uniquement en français en Ontario, le Centre résidentiel pour jeunes de la Maison Fraternité propose cinq lits pour des jeunes de 12 à 21 ans qui souhaitent traiter de façon intensive, pour une durée pouvant aller jusqu’à trois mois, leurs problèmes de dépendance et de toxicomanie.

« Souvent, ce sont des jeunes qui sont rendus à un stade où ils ont brûlé tous les ponts. Ils sont dans le trouble, souffrent de problèmes de santé mentale… Offrir un service résidentiel est essentiel pour leur donner une chance de s’en sortir », plaide le directeur général de la Maison Fraternité, Yvon Lemire.

Mais les chiffres sont là, rétorque Mme LeClerc, qui rapporte des taux d’occupation de 42 % dans la dernière année.

« Quand nous avions ouvert le centre, on pensait que la demande serait bien supérieure à la capacité. On sait que la clientèle est là, potentiellement entre 1 500 et 2 000 personnes. Mais le programme ne répond pas aux besoins. Sur les 105 jeunes à qui on a référé le centre d’avril 2017 à septembre 2018, seulement 27 ont décidé d’y aller. »

La chef de la direction du RLISS de Champlain dit ne pas connaître les raisons de ces taux d’occupation inférieurs aux prévisions, expliquant que la Maison Fraternité a fait les efforts pour faire connaître le programme. Pour M. Lemire, ces efforts étaient d’ailleurs sur le point de payer.

« Nous avons fait des tournées de rencontres pour faire connaître le centre, notamment à l’extérieur de la région. Mais il aurait fallu pouvoir faire des suivis et on manquait de ressources pour le faire. C’est une question de temps, mais je suis convaincu que ça aurait fonctionné. »

Mme LeClerc assure que le RLISS ne ferme pas complètement la porte à cette éventualité.

« On pourrait revenir sur notre décision si la situation change et que finalement, la demande est là. »

Pas une logique de chiffres

Le directeur général de la Maison Fraternité remet en cause la logique chiffrée avancée par le RLISS.

« En 2018, nous avons accueilli 26 jeunes. Peut-être que le centre n’atteint pas l’objectif de 89 % d’occupation qui était fixé, mais que seraient devenus ces jeunes si nous n’avions pas été là ? Le RLISS nous compare au Centre Dave Smith [un centre résidentiel anglophone pour le traitement de la dépendance chez les jeunes], mais il oublie que la population francophone est bien plus petite. »

Si elle reconnaît que les chiffres ne doivent pas être la seule donnée à considérer, Mme LeClerc explique que ceux-ci sont tellement faibles qu’il est difficile de mesurer l’efficacité du programme.

« On ne dit pas que c’est un échec, car cela nous aura appris des choses, mais il faut se rendre à l’évidence. Ça ne répond pas aux besoins et à la demande, comme les chiffres nous l’indiquent. Et ce, même si je ne doute pas que ça ait été bénéfique aux personnes qui y sont allées. »

La Maison Fraternité se dit toutefois prête à présenter un nouveau programme ou à postuler sur un futur appel d’offres du RLISS. L’institution espère ainsi préserver la vingtaine d’emplois qui sont menacés par la fermeture du centre résidentiel.


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