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Un organisme francophone en alphabétisation sauvé in extremis

Temps de lecture : 3 minutes

OTTAWA – Aux prises avec des difficultés financières, le Réseau pour le développement de l’alphabétisme et des compétences (RESDAC) a longtemps été menacé. Aujourd’hui, l’organisme dédié à l’alphabétisation des francophones en contexte minoritaire va mieux, grâce à un financement salvateur.

En août 2019, une entente signée avec le ministère Emploi et Développement social Canada (EDSC) avait permis au RESDAC de sortir la tête de l’eau.

Entre 2016 et 2018, les prises de positions de leaders communautaires et élus s’étaient multipliées pour empêcher la disparition du RESDAC empêtré dans de graves problèmes financiers.

En 2014, le gouvernement fédéral par l’intermédiaire d’Emploi et Développement social Canada (EDSC) avait supprimé le financement de base de l’organisme. Ce dernier comptait jusqu’alors dix employés pour un budget annuel de 600 000 $.

« Le RESDAC n’a jamais été mort », explique sa présidente Mona Audet. « Mais le conseil d’administration avait dû prendre toute la relève, et a survécu sans personnel. Il s’est beaucoup investi pour remettre l’organisation en place. Mais il devenait difficile de mettre les choses en place, aviser les gens, augmenter et développer le réseau tout en faisant de la recherche. »

Discrète sur le montant financier alloué, Mme Audet reconnaît que l’entente « a donné du vent dans les voiles » au RESDAC. « À l’automne 2021, nous voulons faire des projets pour améliorer la vie des personnes apprenantes, notamment sous forme d’alphabétisation familiale. Par ailleurs, nous souhaiterions faire des recherches pour mieux connaître l’impact de la COVID-19 au niveau de l’alphabétisation. »

Sur cette pandémie justement, Mme Audet dresse un constat inquiétant.

« Beaucoup de personnes n’avaient pas les technologies en place. Il a fallu que nos membres s’emploient à offrir de la formation à distance. »

Créé en 1991, le RESDAC se donne pour mission de concerter, coordonner et assurer la cohésion des niveaux d’alphabétisme et de compétences essentielles des adultes francophones de tout le Canada en contexte minoritaire.

De nouveau membre de la FCFA 

En décembre dernier, la situation financière dorénavant stabilisée de l’organisme lui avait permis de devenir à nouveau membre de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada.

« C’est deux bonnes nouvelles plutôt qu’une, parce qu’après quelques années difficiles, la position du RESDAC se stabilise, ce qui lui permet de se joindre à nouveau à la table de la FCFA. Il s’agit d’un organisme tellement important pour nos communautés et je me réjouis qu’il soit avec nous, dans l’action, pour faire valoir les enjeux entourant le dossier crucial de la formation aux adultes », avait déclaré alors le président de la FCFA, Jean Johnson.

Le président de la FCFA, Jean Johnson. Archives ONFR+

L’organisme porte-parole des francophones en situation minoritaire s’était longtemps inquiété de la situation du RESDAC, dénonçant le fait que le gouvernement fédéral n’aurait pas respecté la partie VII de la Loi sur les langues officielles qui impose aux institutions fédérales de prendre des mesures positives pour appuyer le développement des communautés francophones en situation minoritaire.

La renaissance de l’organisme a un impact positif même au niveau provincial. C’est du moins l’avis de la Coalition ontarienne de formation des adultes (COFA), laquelle voit dans le RESDAC l’unique organisme s’occupant du développement des compétences essentielles et de l’alphabétisme au niveau pancanadien.

« Bien que nous sommes financés principalement par le gouvernement provincial, c’est mieux que le gouvernement fédéral offre au RESDAC une situation stable », explique la directrice générale Gabrielle Lopez. « Cela peut permettre un partage d’expertise. Le fait qu’ils aient du financement fait qu’ils vont pouvoir mettre en branle différents projets d’étude et de recherche, dont nous allons pouvoir bénéficier. »

Un Franco-Ontarien sur deux touché 

Selon les chiffres de la COFA, en Ontario, l’analphabétisme toucherait 48  % des francophones pour la littératie et 56  % pour la numératie.

« Aujourd’hui, on parle surtout d’analphabétisme fonctionnel », précise Mme Lopez. « Les gens savent lire en général mais beaucoup ont des difficultés pour lire les instructions comme par exemple une recette de cuisine. Avec la pandémie, l’impact pourrait être grand, car les exigences sont plus grandes, comme par exemple savoir travailler de la maison avec des programmes informatiques. »

Et de conclure : « Quelqu’un qui perd son boulot et travaillait dans une usine par exemple va devoir aller chercher un diplôme pour obtenir un nouvel emploi. Avant, les gens rentraient dans une entreprise sur le tas et pouvaient se débrouiller. Maintenant, c’est différent. »

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