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Un recueil de poèmes contre les coupes de Doug Ford

En novembre dernier, «Le poème rapaillé», s’est répandue comme une traînée de poudre sur les réseaux sociaux Crédit image: Poètes franco-ontariens

TORONTO – La mobilisation pour protéger les institutions et acquis francophones connaîtra un nouveau chapitre grâce aux auteurs et poètes de l’Ontario français. Dans un contexte d’incertitude, un recueil de poèmes inédits verra le jour prochainement.

ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER
efgauthier@tfo.org | @etiennefg

«Le poème, c’est quelque chose qui part du cœur. La pensée l’habite, ça va de soi. Ça a une force de frappe. Il réagit dans l’immédiat, mais avec une mémoire profonde et transporte beaucoup d’émotions et de réflexions», explique Andrée Lacelle. «Le poème, c’est l’acte d’être. C’est l’acte d’être au monde et à part entière, dans notre vie intime et collective», renchérit-elle.

Le recueil franco-ontarien voit le jour dans le contexte de la crise linguistique déclenchée par le gouvernement de Doug Ford. Il devrait compter des dizaines de poèmes d’autant d’auteurs qui ont des liens forts avec l’Ontario français. Andrée Lacelle, qui est la poétesse officielle francophone de la Ville d’Ottawa, en assure la direction littéraire.

En novembre dernier, elle a lancé une première offensive littéraire de pair avec une vingtaine d’autres poètes. «Le poème rapaillé, dire la lumière de notre colère», s’est répandu comme une traînée de poudre. «Nous voulions maintenant faire quelque chose qui allait résonner, mais aussi qui allait avoir des retombées durables. Le livre était le support tout désigné», affirme Mme Lacelle.

«Un appel de textes a été envoyé le 21 décembre à des poètes franco-ontariens qui habitent dans la province ou ailleurs au pays. Déjà, on a eu des dizaines de réponses», se réjouit-elle.

La poète Andrée Lacelle. Gracieuseté: Andrée Lacelle.

Les poètes ont jusqu’au 2 février pour se faire entendre. Ils peuvent s’approprier différents thèmes: «Tenir tête à une autorité», «Un sentiment qui demeure vivace en dépit de ce qui le menace», «Qui résiste, qui a de la cohésion» «Résistance des matériaux et résistance électrique» et «Ce qui résiste au temps, aux causes de dissolution».

Les chambardements des derniers mois qui frappent de plein fouet la communauté francophone inquiètent grandement Andrée Lacelle. «C’est dingue ce qui se passe. Les coupes évoquées au Conseil des arts de l’Ontario auront de l’impact pour nous. Déjà, il y avait des bourses limitées. C’est inquiétant et ça aura encore plus de conséquences pour les auteurs francophones que pour les auteurs anglophones», réagit-elle.

Une situation politique qui s’ajoute aux défis du monde de l’édition franco-ontarienne. «Pour les artistes, nous avons toujours eu une situation précaire pour relayer nos œuvres. Au Québec, l’accès au marché demeure très timide. On pourrait parler beaucoup plus de nos livres. Et il faut commencer ici en Ontario, que nos médias couvrent plus nos œuvres et nos activités», dit-elle. «Il faut commencer ici en étant fiers de ce qu’on fait», ajoute Mme Lacelle.

Le recueil de poèmes devrait paraître début mai. L’ouvrage sera édité par la maison Prise de Parole.

«Nous allons faire un petit format qu’on va essayer de vendre le moins cher possible. Il sera lancé à Hearst, dans ce village gaulois francophone. Nous allons aussi tenir des événements dans plusieurs régions de l’Ontario», explique Stéphane Cormier, codirecteur général et directeur de la commercialisation pour Prise de Parole. «Il y a une affirmation des poètes et des artistes en réaction aux coupures et c’est dans l’identité de notre maison d’édition de faire entendre cette parole. On espère avoir le plus résonance possible», ajoute-t-il.

Une copie dédicacée pourrait être envoyée au premier ministre Doug Ford, même si Andrée Lacelle doute de son intérêt pour l’ouvrage.

«Je pense qu’il est loin de ça. Il est irrécupérable. Ce n’est pas son registre. Il a plutôt une nature de quelqu’un qui détruit. C’est une personnalité de tyran où tout se rapporte à lui. Il fait preuve d’une grande fermeture», affirme la poète. «On va s’en occuper!», ajoute-t-elle.

Si le livre doit paraître plus tard au printemps, ses participants devraient prendre part à une soirée spéciale dédiée à la résistance franco-ontarienne, lors du Salon du livre de l’Outaouais.

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Étienne Fortin-Gauthier
Étienne Fortin-Gauthier
efgauthier@tfo.org @etiennefg

Étienne Fortin-Gauthier est journaliste depuis une dizaine d’années. Il a collaboré à plusieurs grands médias canadiens et européens, dont La Presse Canadienne, le quotidien La Presse, l’Agence France-Presse et le groupe de presse L’Avenir (Belgique). Il s’est initié aux dossiers de la francophonie canadienne lors d’un séjour au Réseau francophone d’Amérique, qui travaille de près avec les stations radiophoniques francophones en milieu minoritaire. Étienne est diplômé de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon, à Toronto, et du programme bidisciplinaire en communication et science politique de l’Université de Montréal.