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Une campagne de vaccination incertaine en Ontario

Temps de lecture : 3 minutes

[ANALYSE]

TORONTO – Le 19 janvier dernier, Doug Ford avait retrouvé ses formules populistes de la campagne électorale de 2018. Manifestement fâché de la lenteur de la campagne de vaccination, le premier ministre promettait d’être chaque jour au téléphone avec la direction du laboratoire Pfizer s’il avait été à la place de son homologue fédéral, Justin Trudeau.

On ne pouvait pas donner tort à M. Ford. Au jeu des comparaisons, le Canada n’a jamais été dans le train des pays occidentaux les plus rapides à vacciner. Aujourd’hui, seulement un peu plus de 2 millions de Canadiens ont reçu une dose, contre plus de 22 millions de personnes en Grande-Bretagne, ou 82 millions aux États-Unis.  

Une note d’espoir tout de même avec l’approbation récente par Santé publique Canada du vaccin AstraZeneca, et ce vendredi, le feu vert pour celui de Johnson & Johnson.

Plusieurs semaines après cette démonstration d’impatience de la part de M. Ford, la campagne de vaccination semble à priori limpide. L’Ontario a débuté la vaccination des plus de 80 ans. Le gouvernement prévoit commencer à vacciner les plus de 75 ans le 15 avril, les plus de 70 ans le 1er mai, les plus de 65 ans le 1er juin et enfin les plus de 60 ans le 1er juillet.

Mais sur le terrain, les couacs se multiplient : le système de rendez-vous pour un vaccin s’avère très lent. De plus, la stratégie de ne pas fixer de régions prioritaires interroge, d’autant que Toronto, ville la plus touchée par la COVID-19, est en retard dans l’administration des vaccins.

Les chiffres confirment ces hésitations. Ce vendredi, la province avait administré au total 820 714 doses totales, soit un peu plus de 5 700 injections pour 100 000 habitants. C’est sensiblement moins que le Québec, le Manitoba, l’Alberta, et la Colombie-Britannique.

Devant la grogne, le gouvernement Ford a apporté quelques ajouts ce vendredi : l’objectif d’une première dose à tous les Ontariens d’ici le 20 juin, mais aussi la possibilité pour les citoyens souffrant de problèmes de santé d’être vacciné dès avril.

La menace des variants

En dépit de cette course incertaine à la vaccination, l’Ontario peut se targuer d’un succès provisoire. La levée de l’état d’urgence mi-février n’a pas provoqué une hausse des contaminations.

Le nombre de nouveaux cas quotidiens se maintient aux alentours de 1 000, bien loin en somme du sombre pic de 4 249 infections enregistrées le 8 janvier. Les hospitalisations en raison de la COVID-19 ont aussi dégringolé par rapport au retour du temps des fêtes, pour atteindre désormais un plateau stable.

Il serait cependant faux de crier victoire.

Les variants, dont le nombre a quintuplé en février, constituent une menace réelle de voir la courbe repartir à la hausse et déclencher une troisième vague. Les scientifiques estiment même que ces mutations du virus extrêmement contagieuses représenteront 40 % de tous les cas ontariens à la mi-mars.

Pas le droit à l’erreur pour Ford

Alors que la pandémie « célèbre » son premier anniversaire, Doug Ford sait qu’il n’a pas le droit à l’erreur.

Une mauvaise gestion de la campagne vaccinale, et l’angoisse d’une possible troisième vague auraient des conséquences dramatiques pour le parti au pouvoir. D’autant que la COVID-19 restera le dossier prioritaire pour les 15 mois nous séparant de la prochaine élection provinciale.

Le 31 décembre dernier, la démission du ministre des Finances Rod Phillips, englué dans une polémique suscitée par un voyage d’agrément aux Caraïbes, malgré les restrictions sanitaires, avait sonné comme une fausse note pour le gouvernement Ford. Une erreur sans conséquence politique.

En revanche, au 31 décembre 2021, le constat d’un bilan d’incapacité d’avoir réussi à vacciner la grande majorité des Ontariens pourrait cette fois avoir des conséquences plus graves pour le premier ministre.

Cette analyse est aussi publiée dans le quotidien Le Droit du 6 mars.

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