#Francophonie, #Ontario

Une pétition pour dénoncer les factures unilingues à Ottawa

Crédit image: montage #ONfr

OTTAWA – Un citoyen ottavien a mis en ligne une pétition pour dénoncer l’unilinguisme à la Ville d’Ottawa. Denis LaRose regrette la décision de la municipalité d’envoyer ses factures pour les services d’eau et d’égout dans une seule langue à compter du 1er janvier.

BENJAMIN VACHET
bvachet@tfo.org | @BVachet

À partir de 2018, les résidents devront indiquer à la Ville d’Ottawa s’ils souhaitent recevoir la version papier de leur facture en français ou en anglais. Faute de communiquer leur préférence, la municipalité utilisera les renseignements concernant le soutien scolaire pour faire en sorte que les factures d’eau soient émises dans la langue appropriée.

Jusqu’ici, la version papier des factures pour les services d’eau et d’égout de la Ville d’Ottawa était émise en français et en anglais.

Cette décision a suscité de nombreuses critiques dans la communauté francophone de la capitale nationale, après avoir été révélée par le quotidien LeDroit.

Originaire d’Ottawa et résident du quartier de la Cote-de-Sable, Denis LaRose a décidé de lancer une pétition en ligne, il y a une semaine, afin de «protester contre l’unilinguisme anglophone qui s’instaure à la Ville d’Ottawa».

«J’ai lancé cette pétition pour informer les gens et aussi parce que je trouve cette décision ridicule. Ce n’est déjà pas toujours facile de parler en français quand on fait affaire avec la municipalité, on a parfois du mal à se faire servir malgré les efforts et on se sent souvent mal à l’aise. Cette décision est une forme d’intimidation. Pensez-vous vraiment que les gens vont avoir le temps d’aller en ligne pour changer leur langue de choix? Et comment cela va se passer pour les familles bilingues qui devront choisir entre le français et l’anglais? De plus, s’ils ne le font pas, la Ville va se fier au soutien scolaire qui, par défaut, va vers les conseils scolaires publiques anglophones», explique M. LaRose à #ONfr.

Le résident d’Ottawa juge particulièrement ironique que cette décision intervienne alors que la députée d’Ottawa-Vanier, Nathalie Des Rosiers, a récemment présenté un projet de loi privé pour reconnaître le caractère bilingue d’Ottawa.

«La municipalité ferait mieux de s’inspirer de la politique proactive instituée à la cour provinciale d’Ontario où on facilite l’accueil des francophones en les dirigeant vers des services en français!», ajoute M. LaRose, faisant référence au projet pilote au palais de justice d’Ottawa qui deviendra permanent, tel qu’annoncé par le procureur général de l’Ontario, Yasir Naqvi.

Au moment de publier cet article, la pétition de M. LaRose avait recueilli quelque 190 signatures.

 

«Le français doit être visible»

L’organisme Dialogue Canada a réagi par communiqué, vendredi dernier, jugeant ce changement comme un glissement dangereux pour le bilinguisme dans la capitale nationale.

«Cela peut bien sembler anodin, mais chaque geste de cette sorte, pour quelque motif que ce soit, est une érosion des services en français et mène directement vers la fin du bilinguisme. C’est le saignement par les petites coupures», déclarait Gilles Ménard, de Dialogue Canada, dans un communiqué.

Sur les médias sociaux, plusieurs internautes regrettent une décision qui va réduire la visibilité du français dans la communauté majoritaire anglophone.

«Notre langue a besoin d’être visible par la majorité», dénonce notamment l’ancien président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), Denis Vaillancourt.

 

Des renseignements erronés, assure la Ville

Joint par #ONfr, le bureau du maire Jim Watson a voulu minimiser l’impact de cette mesure, souhaitant «rectifier certains renseignements erronés qui ont récemment été publiés».

Dans un échange de courriels, on assure que la nouvelle facture d’eau et d’égouts «continuera d’être disponible pour les résidents dans les deux langues officielles sur le portail MonServiceOttawa et comprendra une fonctionnalité permettant de passer de l’anglais au français et vice versa».

Les modifications apportées s’expliqueraient, selon la Ville, par l’ajout de plusieurs informations détaillées sur la nouvelle facture d’eau et d’égout, mais respecteraient la Politique de bilinguisme de la Ville, assure-t-on du même souffle.

La Ville d’Ottawa dit avoir pris cette décision pour faire des économies et souhaite encourager ses résidents à opter pour une version virtuelle de leur facture, expliquant mener une campagne de promotion du portail MonServiceOttawa depuis août.


«Pourquoi changer quelque chose qui fonctionne?» – Soukaina Boutiyeb, présidente ACFO Ottawa


Le maire Jim Watson, et Soukaina Boutiyeb. Crédit image: Archives #ONfr.

La présidente de l’Association des communautés francophones d’Ottawa (ACFO Ottawa), Soukaina Boutiyeb dit surveiller la situation de très près.

«C’est sur notre radar et nous sommes en conversation avec les services en français de la Ville d’Ottawa qui connaissent nos inquiétudes. Cette décision est contraire au principe de l’offre active des services en français et la Ville devrait plutôt encourager ses résidents à utiliser les services en ligne, au lieu de supprimer tout de suite la facture papier bilingue. Il faudrait aussi prévoir un mécanisme pour informer les nouveaux résidents qu’ils peuvent recevoir leur facture en français.»

La présidente de l’ACFO Ottawa indique que ce dossier sera à l’ordre du jour de la rencontre à venir de l’organisme avec le maire Jim Watson.

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Benjamin Vachet
Benjamin Vachet
bvachet@tfo.org @BVachet

Originaire de France, Benjamin Vachet vit au Canada depuis plus de douze ans. Titulaire d'un baccalauréat en Administration économique et sociale et d'une maîtrise de journalisme, il a commencé sa carrière en France, avant de la poursuivre au Canada. Il a travaillé pour les hebdomadaires Le Reflet, puis L’Express Ottawa et pour la radio francophone d’Ottawa, Unique FM. Il a rejoint le Groupe Média TFO en 2014. Passionné de politique ontarienne, fédérale et internationale, Benjamin cumule plus de treize années d’expérience en presse écrite, radio et télévision.