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Une rectrice par intérim « francophone » mais ne parlant pas en français à la Laurentienne

Temps de lecture : 3 minutes

SUDBURY – L’Université Laurentienne a fait l’annonce de deux nouvelles dirigeantes par intérim, Sheila Embleton, rectrice, et Brenda Brouwer, vice-rectrice aux études. Dans un courriel de l’établissement, la rectrice est présentée comme francophone, mais incapable de répondre aux questions des médias en français.

« Notre nouvelle rectrice est francophone, mais les entretiens d’aujourd’hui se feront cependant en anglais, car elle a hâte de devenir plus à l’aise pour donner des entrevues en français à l’avenir… L’entretien avec elle devrait être livré en anglais »… Voici ce qu’on pouvait lire dans ledit courriel de l’établissement désigné en vertu la Loi sur les services en français depuis 2014.

Ayant grandi dans un environnement anglophone, celle-ci explique en anglais lors d’une entrevue avec ONFR+ avoir été bilingue avant de déménager pour la Ville reine où elle vit depuis plus de 40 ans.

Sheila Embleton est native d’Ottawa et a déménagé à Toronto où elle est professeure et chercheuse en linguistique à l’Université York.

« À Toronto, il y a très peu d’opportunités de parler en français dans la vie de tous les jours, donc je l’ai perdu », confie-t-elle avant d’ajouter qu’elle a appris d’autres langues entre temps, comme l’allemand.

« Je suis bilingue, mais dans la mauvaise langue », lâche-t-elle avec un rire.

Celle-ci dit cependant comprendre le français, mais simplement ne pas être capable de répondre dans la langue de Molière.

Questionnée sur ses intentions d’apprendre à parler en français, Mme Embleton répond qu’elle compte prendre le temps d’étudier toutes les options disponibles.

« Je pense que trouver du temps pour suivre des cours va être un défi, donc je crois que sera plus un apprentissage quotidien au sein de l’environnement », juge-t-elle en précisant qu’apprendre le français sera une priorité.

Une mise à jour nécessaire

Habitant toujours Toronto, Sheila Embleton a l’intention de venir habiter à Sudbury prochainement tout en conservant sa maison de Toronto.

Elle confie également devoir se mettre à jour concernant la situation du postsecondaire dans le Nord et le dossier entourant la Laurentienne, mais considère que sa neutralité est un atout pour mener les opérations de l’établissement.

Sheila Embleton possède une expérience en tant que doyenne de la Faculté des arts et vice-rectrice aux études à Toronto, ce qui l’aidera grandement dans son travail selon elle.

« Je ne le savais pas, mais je ne connais pas encore assez pour commenter à ce stade-ci, mais mon attention c’est de me tourner complètement vers l’avenir », répond-elle à la question de son soutien éventuel envers le syndicat de L’Association des professeures et professeurs de l’Université Laurentienne (APPUL) qui a demandé une enquête publique sur la crise traversée par l’établissement.

Sur le rétablissement de programmes francophones largement touchés lors des coupes d’avril 2021, celle-ci répond qu’il faudra surtout évaluer ce dont la communauté a besoin, mais qu’elle souhaite œuvrer à améliorer la situation au-delà même de la Laurentienne.

Une nomination validée par l’APPUL

L’APPUL a fait savoir dans un communiqué que le syndicat salue la nomination de ces deux dirigeantes qui sont « très respectées dans le milieu universitaire ».

Celui-ci a tout de même invité les deux nouvelles dirigeantes à collaborer afin de « réformer les structures de gouvernance de la Laurentienne afin de les rendre plus transparentes, plus responsables et plus démocratiques. »

« L’Université de Sudbury a hâte d’engager le dialogue avec vous pour sécuriser un avenir viable pour le secteur universitaire dans le Nord » indique de son côté, Serge Miville, dans un gazouillis.

Sheila Embleton remplacera Tammy Eger, rectrice par intérim et Brenda Brouwer, l’ancienne vice-rectrice intérimaire, Céline Larivière dès le 1er janvier prochain.

En rappel, 72 programmes avaient été supprimés en avril 2021, dont 29 en français et 124 professeurs avaient étés licenciés.

« Du progrès » selon la commissaire

C’est aussi aujourd’hui que la commissaire aux services en français de l’Ontario Kelly Burke a publié son troisième rapport annuel.  

Celle-ci en a profité pour faire savoir que son bureau a reçu les premières mises à jour concernant les applications de ses 19 recommandations à l’Université Laurentienne, au ministère des Collèges et Universités ainsi qu’au ministère des Affaires francophones de l’Ontario, à la suite de son rapport-choc de mars dernier.

Rapport Burke Ombudsman services en français
La commissaire aux services en français, Kelly Burke. Archives ONFR+

Six mois après avoir tranché que l’établissement avait enfreint la Loi sur les services en français dans son processus de restructuration, Kelly Burke a fait savoir mercredi matin qu’elle a constaté des améliorations au sein de l’Université Laurentienne.

Le rapport de progrès touche, selon Kelly Burke, trois thèmes inclus dans son rapport, soit la communication entre les trois entités, une consultation vis-à-vis des obligations qui découlent de la désignation de l’établissement, ainsi que la responsabilisation et la rigueur autour de cette dernière.

« Dans les trois cas, j’estime qu’il y a du progrès qui s’est fait », conclut-elle.

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