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Une société d’histoire pour les Franco-Yukonnais

Temps de lecture : 4 minutes

WHITEHORSE – Le Yukon a, depuis le mois d’avril, une société d’histoire qui se consacre à la contribution des francophones à l’essor du territoire. Cette initiative vient en grande partie de Yann Herry, un historien franco-yukonnais au parcours atypique.

Au début des années 1980, le Yukon est à un tournant. Des mines, qui font l’extraction de divers minéraux, à l’exception des mines d’or, suspendent leurs activités. De nombreux francophones qui travaillent dans ces mines décident alors de converger vers Whitehorse, en attendant que le boulot reprenne.

Le président de la Société d’histoire franco-yukonnaise, Yann Herry, raconte : « Il y avait beaucoup de francophones dans les mines. Les mines ont fait des pauses, et ils se sont rassemblés à Whitehorse, la capitale. Et, tous ces jeunes qui n’avaient pas d’emploi étaient en attente d’une possible reprise ou réouverture des mines qui ne s’est pas produite. Donc les gens ont passé l’hiver ensemble très, très serrés. Il y a des liens qui se sont créés et c’est là que tous ces jeunes ont embarqué pour solidifier l’Association franco-yukonnaise qui avait été créée quelques années auparavant informellement par des mineurs francophones de Whitehorse. »

Mais très vite, ce qui n’était qu’un regroupement social est devenu une plateforme de défense des droits des francophones.

« Quand des jeunes en âge de fonder des familles sont arrivés, ça a été la revendication de droits, de structures et d’institutions. Ça a été très vite. Le premier dossier, c’était Radio-Canada en français. Ensuite, ça a été l’école. Pour les novices que nous étions, c’était des gros dossiers comme créer une école francophone », se souvient M. Herry qui était alors vice-président. « Il y a aussi eu l’incorporation officielle de l’Association franco-yukonnaise, puis les revendications en lien avec la Loi sur les langues officielles au Yukon. »

Des Franco-Yukonnais, Philéas et Zénaïde Gagnon (au centre), devant la mine d’or où ils travaillaient, à Dominion Creek. Source : Archives du Yukon. Coll. R.R. Fortier

Il semble que ces demandes aient été d’abord reçues avec froideur puisque les francophones du Yukon ont eu à démontrer la légitimité de leurs revendications.

« Il y avait beaucoup de travail à faire pour faire prendre conscience aux institutions anglophones que la francophonie a toujours été là », relate Yann Herry.

« L’Association franco-yukonnaise, il faut qu’elle soit reconnue comme présente depuis longtemps, parce qu’il y avait toute l’idée, que la francophonie c’était un mouvement récent. Chez les anglophones on dit ‘‘bon c’est les jeunes qui sont arrivés dans les années 1970, et pourquoi ils réclament quelque chose, quand on a des gens qui viennent de partout’’. Donc il fallait essayer de prouver qu’on était autre chose (que simplement) un autre segment de la population, qu’on était ici depuis les tous débuts », explique M. Herry, ajoutant que l’argumentation comprenait également le principe des deux peuples fondateurs, qui permet aux francophones d’habiter partout au pays et de recevoir des services dans leur langue.

Un parcours hors du commun

Né au Maroc de parents néerlandais, il a vécu en Provence et en Bretagne avant que sa famille ne s’installe à Québec.

Dès 1975, il prend la route pour aller découvrir le Canada, ce qui le conduit notamment dans la vallée du Mackenzie et à Frobisher Bay, nom que portait Iqaluit avant la création du Nunavut.

Après des études en géographie à l’Université Laval, à Québec, et en enseignement à l’Université Memorial de Saint-Jean, à Terre-Neuve, c’est à la Faculté Saint-Jean, en Alberta, que Yann Herry fait une maîtrise qui va le conduire à se consacrer à l’histoire des franco-yukonnais.

« Ma directrice de thèse m’a dit ‘‘Fais quelque chose que tu aimes. Quelque chose sur l’histoire des Franco-Yukonnais ça n’existe pas. Est-ce que tu peux rassembler toute l’information que tu as trouvée pour faire un premier jet sur l’histoire des francophones du Yukon en vue d’un futur curriculum ?’’ Avec cette maîtrise, j’ai commencé à décortiquer l’histoire du Yukon », explique M. Herry.

Il a également cherché à se mettre en contact avec des familles de chercheurs d’or Franco-Yukonnais. Cela l’a conduit au Québec, en France, en Belgique, en Nouvelle-Angleterre, dans les États de Washington et New York.

Plusieurs de ces familles avaient des documents relatifs à la présence d’un des leurs au Yukon. Certaines d’entre elles lui ont confié les documents, alors que d’autres les ont donnés aux archives nationales ou territoriales.

Première cabane à sucre au Yukon. Source : société d’histoire franco-yukonnaise

Mais il constate que la documentation pertinente sur l’histoire des Franco-Yukonnais demeure éparpillée.

« L’histoire a toujours été là et ça a été des projets ponctuels et il n’y avait pas de continuité. Il y avait des personnes qui accumulaient des choses, il y avait plein de petits projets à droite, à gauche, puis là on a décidé qu’il était temps d’avoir une société d’histoire qui se consacre justement à rassembler toutes ces initiatives. La première étape sera de faire un plan stratégique, qui nous permettrait d’accéder à des fonds pour avoir un lieu et un employé », souligne M. Herry.

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