Une vague de fierté devant Mon beau drapeau (nouvelle génération)
OTTAWA – À l’occasion du 50e anniversaire du drapeau franco-ontarien cette année, et du 25e anniversaire de la chanson Mon beau drapeau l’an prochain, le compositeur Brian St-Pierre a réuni des milliers de personnes afin de créer une nouvelle version de son hymne au drapeau. En quelques jours, la vidéo Mon beau drapeau (nouvelle génération) cumule plus de 12 000 vues sur Youtube et des centaines de « j’aime », commentaires et partages sur les différentes plateformes. Ces statistiques, très enviables pour l’Ontario français, démontrent un sentiment d’appartenance toujours bien vivant.
En entrevue avec ONFR, le compositeur Brian St-Pierre déborde de fierté. C’est la première fois que Mon beau drapeau bénéficie d’un vidéoclip officiel, et le résultat va au-delà de ses attentes.
Le compositeur de la chanson originale et chef d’orchestre de cette nouvelle mouture hésite à qualifier son œuvre de We Are The World franco-ontarien, puisque l’intention derrière la chanson est toute autre. C’est pourtant un commentaire qui ressort souvent depuis l’apparition de la nouvelle version sur laquelle s’enchaînent les vedettes francophones de la province.

C’est la plus illustre de ses anciennes élèves (Brian St-Pierre a mené une carrière d’enseignant en musique) qui prête sa voix à la première phrase, alors que Véronic Dicaire entame : « Ils ont fait souche dans ce pays blanc… » Elle est suivie de Robert Paquette, Damien Robitaille, Céleste Lévis, Stef Paquette, Manon Séguin, Kimya, Yan Leduc et les Rats d’Swompe, Sophie Grenier, JOLY, LeFLOFRANCO, Martine Lafontaine (la chanteuse originale de Mon beau drapeau), YAO, Johanne Lefebvre et les chansonniers d’Ottawa, en plus de Brian St-Pierre lui-même.
On aperçoit également Jean-Pierre Perreault au début et à la fin du vidéoclip. L’auteur des paroles de Mon beau drapeau apparaît en homme solitaire, griffonnant dans son cahier ce qui allait devenir un véritable hymne pour sa communauté.

Des ambitions de grandeur
L’objectif de ce vidéoclip était double. Premièrement, réunir des artistes francophones qui réussissent au-delà des frontières de la province, pour stimuler la fierté franco-ontarienne. Ensuite, « Démontrer qu’on est un grand peuple, c’est-à-dire qu’on n’est pas une petite gang. On est une grosse gang. Dans la vidéo, c’est incroyable », se réjouit Brian St-Pierre en pensant aux différents rassemblements où ont eu lieu les tournages.
En plus des artistes énumérés, on retrouve plus de 3000 figurants, la plupart étant des jeunes. C’est Félix Saint-Denis qui a coordonné la présence des caméras dans des endroits comme le Festival franco-ontarien ou le tournoi d’improvisation provincial l’AFOLIE. « 350 adolescents habillés en vert et blanc. C’était hallucinant! » exprime Brian St-Pierre.
L’idée de Mon beau drapeau (nouvelle génération) a germé en février, plus ou moins six mois avant sa sortie officielle. « On a des images… les gens vont penser que ça fait deux ans qu’on filme. Ça n’a pas de bon sens. On ressent une fierté… je suis encore ému ».
Il remercie le Centre franco, qui a offert le plus gros support financier, ainsi que les conseils scolaires francophones, autant publics que catholiques. « S’ils n’avaient pas dit oui, ça ne se serait pas fait. C’est trop immense comme travail. »
Plusieurs autres organismes et entreprises figurent au générique des remerciements.
Comme pour de nombreux projets de Brian St-Pierre, les écoles pourront utiliser la chanson pour des activités en classe. Dans le dossier d’accompagnement, on retrouve entre autres des ateliers de création autour de la chanson et du drapeau et une version karaoké « aux quatre coins de l’Ontario » avec des images de partout en province.
Félix Saint-Denis a élaboré une véritable anthologie de 237 chansons qui parlent de fierté franco-ontarienne, intitulée L’ONTARIE S’ENCHANTE! Chansons et slams qui racontent l’Ontario français.
Brian St-Pierre a créé 25 capsules de huit minutes chacune pour parler de Mon beau drapeau et de différents artistes de la francophonie de la province, dont les 16 qui ont participé au nouveau vidéoclip. La dernière capsule du projet 25 septembre, 25 jours, 25 artistes met l’emphase sur l’hymne franco-ontarien officiel, Notre Place, de Paul Demers et François Dubé, plaçant ainsi les deux œuvres côte à côte et non en compétition.
Légers changements de paroles
L’un des événements où le vidéoclip a été tourné dans les derniers mois est le Gala Trille Or, alors que Brian St-Pierre avait interprété la chanson en duo avec Céleste Lévis. La chanteuse originaire de Timmins avait témoigné de l’importance de Mon beau drapeau dans la construction de sa fierté francophone, dans un endroit où « ce n’était pas cool de parler français. »

Des témoignages du genre, Brian St-Pierre en entend souvent. C’est aussi pour cela qu’avec l’accord de Jean-Pierre Perreault, les paroles de l’hymne au drapeau ont été légèrement modifiées afin d’être plus inclusives.
Déjà, il y a quelques années, la phrase « Je suis Franco-Ontarien » a été mise au pluriel : « Nous sommes Franco-Ontariens. »
En 2025, dans le refrain, l’expression « des Français de l’Ontario » devient « des francos de l’Ontario » afin que tous les francophones puissent s’y identifier.
Une autre phrase porte ce message, comme l’explique Brian St-Pierre. « Il y a des nouveaux arrivants de partout. Fiers d’être venus et d’être restés, ok, on peut dire que c’est vrai pour les francophones de souche française. Mais (les nouveaux arrivants) aussi sont fiers d’être venus, d’être restés et d’être encore là après tant d’années. »
Cette phrase prend un nouveau sens lorsqu’elle est prononcée par YAO. Originaire de la Côte d’Ivoire et arrivé au Canada à 12 ans, il est aujourd’hui l’un des artistes les plus connus de l’Ontario francophone.
Cinq jours de création, 25 ans de fierté
La chanson originale Mon beau drapeau a été créée en cinq jours, suite à une demande du Conseil scolaire de district catholique de l’est ontarien (CSDCEO). C’était en 2001, alors que le drapeau vert et blanc était hissé à Queen’s Park, pour la première fois de façon permanente.
Jean-Pierre Perreault a écrit le texte, Brian St-Pierre a composé la musique et Martine Lafontaine a apposé sa voix.
La chanson devait représenter un lever de drapeau, ce qui explique sa structure en crescendo. La tonalité a été établie afin que « monsieur-madame Tout-le-monde » soit capable de la chanter.

Cette semaine de création a été on ne peut plus efficace, alors que la chanson a rapidement été adoptée par tous les conseils scolaires francophones et reconnue à travers la province. « J’en ressens encore aujourd’hui une grande fierté », lance Brian St-Pierre.
Il est le maître d’œuvre de cette nouvelle version, ayant coréalisé le vidéoclip aux côtés de Jean-Michel Ouimet (Klash média). Les arrangements musicaux ont été faits en duo avec Marc-Antoine Joly, qui signe également le mixage et la mastérisation.