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UOF et Laurentienne : cette double annonce qui secoue l’Ontario français

Temps de lecture : 3 minutes

La journée de lundi fut inquiétante pour l’éducation postsecondaire en français. Dans la même heure, l’annonce de la démission du recteur de l’Université de l’Ontario français (UOF), André Roy, puis les nouvelles révélations sur la situation financière délicate de l’Université Laurentienne, ont pris par surprise les Franco-Ontariens.

« Entre le recteur de l’UOF qui démissionne et les nouvelles de la catastrophe financière de la Laurentienne, quelle sombre journée. Je suis bien inquiète pour l’éducation postsecondaire en Ontario français », a tweeté la politologue Stéphanie Chouinard.

« Coup sur coup : le recteur de l’Université de l’Ontario français démissionne après quelques mois et l’Université Laurentienne se met à l’abri de ses créanciers. Quelle triste journée pour l’éducation supérieure franco-ontarienne », a renchéri de son côté l’historien François-Olivier Dorais.

Le président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), Carol Jolin, préfère voir le verre à moitié à plein.

« On va faire ce qu’on a toujours fait. Nous sommes une communauté résiliente, et quand les défis se présentent, on continue à avancer. Pour l’université, on espère que les choses vont se tasser, et qu’on pourra ouvrir avec le maximum de cours. »

Concernant le recteur démissionnaire à peine six mois après son arrivée, M. Jolin refuse de spéculer, préférant voir une décision « personnelle » malgré la surprise. « On a perdu un capitaine, mais le navire va continuer à avancer. Je suis très confiant. »

Le directeur général du RÉFO, François Hastir. Graciseuseté

Autre organisme directement concerné, le Regroupement étudiant franco-ontarien (RÉFO). C’est le groupe qui avait lancé le projet en premier dès 2012 avec la tenue des États généraux sur le postsecondaire en français.

« L’Université a la possibilité de se développer avec une autre personne », tempère le directeur général, François Hastir. « Comme organisme, on s’attend à ce que l’université fasse des devoirs, que ce soit dans la flexibilité des admissions, la promotion accrue et qu’elle mette tous les moyens pour assurer sa réussite. La balle est dans leur camp. »

Second enjeu après le faible recrutement 

La démission d’André Roy effective depuis vendredi intervient à sept mois de la date d’ouverture prévue pour septembre 2021.

Or, c’est bien cette date qui inquiète, tant l’UOF peine à atteindre sa cible de 200 étudiants pour sa première rentrée. Seuls 19 d’entre eux issus des écoles secondaires de la province ont envoyé un dossier d’admission. Des chiffres obtenus par le Centre de demande d’admission aux universités de l’Ontario (OUAC).

À cette donnée s’ajouterait une vingtaine d’étudiants internationaux.

« On regarde les facteurs, on comprend qu’avec les programmes approuvés seulement en octobre, et la pandémie, les cartes ont été brassées à beaucoup de niveaux », explique M. Hastir.

« Il faut donner la chance au coureur », veut croire M. Jolin. « Les étudiants qui choisiront l’UOF auront un accès quasi individualisé avec leurs enseignants. »

Fiona Labonté, présidente de la FESFO. Gracieuseté : FESFO

Engagée dans la création de l’université dès le début, la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO) aimerait une « continuité » dans le successeur de M. Roy.

« On veut quelqu’un qui connaisse nos volontés, nos besoins. Il existe tant de gens. Le conseil des gouverneurs aura la chance, on l’espère, de trouver quelqu’un », exprime la présidente Fiona Labonté.

« De ce que nous comprenons, il n’y a pas eu assez de présentations sur l’UOF auprès des élèves du secondaire, du fait de la pandémie, mais cela peut changer. »

« Des sous » pour les rénovations à la Laurentienne

À des centaines de kilomètres du futur campus aux abords de Sugar Beach dans la Ville reineune autre institution était aussi à la peine ce lundi. L’Université Laurentienne souhaite dorénavant se mettre à l’abri des créanciers dans « une opération visant à restructurer la gestion financière et opérationnelle de l’Université ».

Arguant des « défis financiers sans précédent », l’université a entamé une procédure de restructuration sous supervision judiciaire en vertu de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies (LACC).

« Ça nous préoccupe un peu, elle avait d’importants projets de rénovation qui ont coûté beaucoup de sous », analyse M. Jolin « mais je ne sais pas si c’est la raison principale ».

« Quelqu’un va être nommé pour donner un coup de main, et trouver des solutions pour résoudre cette situation un peu inquiétante. »

Pour venir en aide à l’établissement sudburois, le ministre des Collèges et Universités, Ross Romano, a annoncé avoir nommé Alan Harrison comme conseiller spécial.

« C’est sûr que pour nous, l’inquiétude, c’est que les « mesures d’austérités » que mettront de l’avant l’université, et la firme mandaté, viennent à moyen terme handicaper l’offre de cours en français », croit le directeur général du RÉFO, François Hastir.

L’Université Laurentienne, soixantenaire depuis 2020, demeure la seule institution bilingue dans la province avec l’Université d’Ottawa.

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