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Valérie Bourque, nouvelle directrice générale de l’ACFO Ottawa

Temps de lecture : 6 minutes

[LA RENCONTRE D’ONFR+]

OTTAWA – Valérie Bourque a succédé il y a quelques semaines à Louis-Alexandre Pen à la direction de l’Association des communautés francophones d’Ottawa (ACFO). La Franco-Ontarienne vient de célébrer ses quatre ans au sein de l’organisme qu’elle a intégré durant la crise de 2018.

« Quel a été le cheminement de votre carrière avant d’être directrice générale de l’ACFO ?

J’ai fait pas mal de choses dans ma vie. J’ai eu des emplois en service à la clientèle et c’est, je crois, ce qui m’aide beaucoup aujourd’hui. C’est toujours bon et tout le monde devrait avoir une expérience en service à la clientèle un jour dans sa vie. Comprendre ce que c’est de travailler avec les gens a, pour ma part, été enrichissant.

En 2017, j’ai aussi décidé de reprendre des études en planification d’événements et j’ai aussi un background de production audiovisuelle.

En septembre 2018, j’ai ensuite commencé à l’ACFO comme coordonnatrice d’événement. J’ai quand même pu faire toutes sortes de choses, parce que quand tu es dans le communautaire, tu touches à tout. Dans le temps, c’était Ajà Besler la directrice générale et elle travaillait vraiment fort. En tout cas, j’ai pu rencontrer du monde et je n’ai pas seulement participé à la création d’événements, mais je me suis investie dans certains projets.

Comment s’est passée votre nomination au poste de directrice générale ?

Cela a été très rapide. J’ai été assez surprise. Depuis septembre 2022, j’étais directrice adjointe de l’ACFO mais, à ce moment-là, on ne savait pas encore que Louis-Alexandre Pen allait partir et laisser le poste de directeur général ouvert. Ce poste était disponible pour tous et j’ai simplement décidé de postuler.

Quelles sont les raisons qui vous ont poussé à postuler ?

C’est quand même une grosse affaire (Rires). En fait, je voulais d’abord avoir le poste de directrice adjointe. J’avais demandé à ce qu’on travaille sur cette idée de poste et je voulais apprendre plus de choses.

Par exemple, le financier et la gestion de budget ou même faire la paye, aussi banale que ça puisse paraître. En soi, voir comment la machine fonctionne parce que ça faisait quand même longtemps que j’étais là.

C’est évident que je me suis déjà dit que si jamais la direction générale se libérait, j’allais peut-être postuler, mais je ne pensais pas que ça arriverait si vite.

C’était aussi un méga défi, mais je me suis sentie capable de le relever. Pourquoi ? Eh bien, pour rester, pour m’impliquer d’une autre façon.

Que représente ce nouveau poste pour vous ?

Je vois ça comme une étape importante dans ma carrière. Je ne mentirais pas quand je dis que je suis un peu nerveuse. C’est tout nouveau pour moi, mais que ce soit au sein de l’ACFO ou à l’extérieur, j’ai beaucoup de soutien et je suis très bien entourée. Je vais relever le défi (Rires).

Est-ce que devenir directrice générale d’un organisme franco-ontarien comme l’ACFO a toujours était un rôle qui vous attirait ?

Non, ce n’était pas dans mes plans, mais c’est comme ça dans la vie : on se fait souvent des plans et ce n’est pas comme ça que cela se passe.

Je n’avais pas non plus pensé à retourner à l’école à 25 ans. Mes rêves dans la vie, c’était d’organiser de grands événements sportifs. Je rêvais même de travailler pour les Jeux olympiques.

Je n’aurais jamais cru intégrer l’ACFO et c’est tant mieux maintenant. C’est fou comme en peu de temps tout peut changer.

Être au cœur de la francophonie n’était-il pas dans les plans non plus ?

En toute honnêteté, avant de travailler à l’ACFO, j’ai toujours été fière francophone. Mon papa est acadien, ma mère est franco-ontarienne et je suis née à Toronto. C’est toujours le français à la maison et je crois qu’il y a toujours eu cette fierté.

Je n’ai jamais été plus activiste que ça, mais dans mon quotidien, j’ai constamment demandé mes services en français. Quand j’arrive sur une machine, je choisis à chaque fois le français. J’ai toujours fait ces petites choses-là et, quand j’ai intégré l’ACFO ça m’a rendue encore plus fière francophone. On est constamment en train de se battre, je l’ai constaté.

Quand je vivais au Nouveau-Brunswick, c’était constant, parce qu’au final, j’ai toujours été une minorité, là-bas, mais aussi, en Ontario.

Toute mon enfance, c’était la télévision en français, la musique en français, les livres en français…

De gauche à droite : Ajà Besler, Valérie Bourque, Marie Renée Faye, Dènik Dorval et Li-Thian Ishimwe. Source : Facebook

Après réflexion, les choix que vous faites au quotidien, c’est du militantisme sans le savoir, non ?

Peut-être bien, oui (Rires). Ne pas céder à l’anglais et toujours demander mes services en français, m’indigner quand il le faut et me battre pour mes droits, c’est le quotidien des francophones.

Avez-vous des attentes particulières auprès du maire de la Ville, Marc Sutcliffe ?

J’attends son appui, parce qu’avec l’ancien maire, on avait l’impression qu’il n’était pas trop sûr et qu’il était hésitant. Avec Mark Sutcliffe, j’ai l’impression qu’il y a moins d’hésitations. Il y a un mouvement politique derrière, c’est certain, mais j’ai eu l’impression qu’il a accepté de répondre à notre appel très rapidement. Le français est tout de même sa langue maternelle.

Après, nous allons aussi rencontrer des conseillers et on va leur expliquer ce qu’est vraiment notre programme. C’est toujours très important quand on arrive au renouvellement d’Ottawa bilingue, d’avoir des gens avec nous et d’avoir l’appui de la Ville.

Puis, ça concerne aussi le Festival franco-ontarien : il faudra s’assurer qu’il n’a pas l’intention de couper les fonds. Ce serait horrible qu’il disparaisse. On veut son appui, mais aussi son point de vue. Cela pourrait être intéressant.

Comment voyez-vous la prochaine année avec l’ACFO ?

En ce moment, je me concentre sur la façon de ramener l’ACFO à la période prépandémie. C’était une belle grande équipe avec de nombreuses idées et plusieurs grands projets. On avait une ligue de sport qui marchait très bien et je pense qu’on va vouloir y retravailler et rajouter de nouveaux sports.

Pour le moment, je veux apprendre sur mon nouveau poste et je sais que j’ai beaucoup à apprendre.

Je veux ramener un certain dynamisme, notamment avec nos stagiaires que nous avions durant l’été. C’était tellement le fun. C’était que quelques mois, mais ils nous ramenaient plein de nouvelles d’idées et ils venaient changer les choses. Par exemple, le drapeau franco-fierté était l’idée d’une de nos stagiaires. Ils laissent une trace et je voudrais vraiment ramener ça. J’aime beaucoup ce programme.

Est-ce qu’il y a un ou des projets qui manquent cruellement à l’ACFO ?

On doit trouver plus de projets, surtout pour les aînés. J’aimerais bien qu’on implique plus les personnes âgées dans ce qu’on fait.

On s’intéresse vraiment à rejoindre les adolescents aussi. C’était déjà dans les plans mais, avec la pandémie, ce n’était plus possible. Donc maintenant, on aimerait plus de projets pour eux.

Récemment, on avait l’Académie du drag, et donc dans l’idée d’un projet similaire, on aimerait se rapprocher des communautés et ainsi travailler sur l’inclusion. On n’est pas parfait, mais on essaie et on veut juste ramener des projets rassembleurs, inclusifs pour toutes les communautés.

Selon vous, quel est l’état du bilinguisme à Ottawa ?

Je pense qu’il y a encore à faire. Il va toujours y avoir des gens qui ne croient pas au bilinguisme, mais Ottawa bilingue fonctionne quand même, je pense. De plus en plus d’anglophones se rendent compte qu’il y a des possibilités pour eux. Ce qu’on leur propose, c’est que leurs événements soient entièrement en français ou alors qu’ils soient bilingues. Oui, il y a des lacunes, c’est vrai et c’est quand même toujours insultant quand on appelle quelque part et qu’il faille prendre un rendez-vous pour avoir un interlocuteur en français.

Quand je suis revenue m’installer à Ottawa après mon temps au Nouveau-Brunswick, je suis allée à Service Ontario pour changer mes plaques. D’abord, je ne me suis pas fait servir en français. Ensuite, la dame qui s’est occupée de moi m’a dit que ça allait sûrement coûter plus cher pour avoir des plaques en français. Or ce n’est pas le cas, mais cette personne pensait que c’était un service supplémentaire. 

Quels sont les projets en cours et/ou que l’on peut espérer voir en 2023 ?

On a eu beaucoup de changements la dernière année, de nombreux départs et de nombreuses arrivées. Maintenant, ça s’est calmé, on reprend notre souffle.

Pour le moment, nous avons un projet de mode qui s’appelle Franco-Chic, nous avons terminé nos ateliers en ligne et la deuxième partie sera d’offrir un cours pour débutant en personne. Ce serait un cours de création et on aimerait ensuite que les personnes montent un défilé de mode.

On continue les podcasts intergénérationnels qui réunissent toujours un ado et un aîné autour d’une table pour parler de différents sujets. C’est très très intéressant, ce sont de bonnes discussions et on aimerait sortir 12 épisodes d’ici au 31 mars. On cherche encore des aînés.

Nous avons notre gala qui s’en vient le 21 février 2023, où il y aura le prix Bernard-Grandmaître qui récompensera neuf lauréats. »


LES DATES-CLÉS DE VALÉRIE BOURQUE :

1993  : Naissance à Toronto

2017  : Reprise des études en planification d’événements

2018  : Commence une carrière à l’ACFO

2018  : Participe à l’organisation de la manifestation contre les coupures du gouvernement Ford

2022  : Devient directrice générale de l’ACFO

Chaque fin de semaine, ONFR+ rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

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